Vivre le deuil : transformer la douleur de la séparation en force de vie

Avez-vous l'impression de vivre à crédit depuis la perte d’un être cher ? Depuis combien de temps portez-vous cette douleur, cette tristesse qui revient par vagues ou cette sensation de vide qui vous accompagne chaque jour ?

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du "syndrome d'abandon" cher aux psychologues ou des "5 blessures" de Lise Bourbeau qui évoque cette blessure d'abandon. Mais que se cache-t-il vraiment derrière ces mots ?

Et si ce qu'on appelle "abandon" était en réalité un piège ? Un concept qui vous maintient dans la douleur en accusant l'autre, au lieu de vous orienter vers la véritable solution ?

Paradoxalement, rester attaché à nos morts les empêche de partir en paix... et nous empêche de vivre dans la joie. Découvrez comment transformer cette douleur en force de vie en honorant leur mémoire tout en vous autorisant à célébrer votre propre existence.

Prendre conscience de votre état intérieur

Quand un deuil surgit, de manière inopinée ou attendue, il arrive que la personne vivante veuille retenir la personne morte en vivant dans une zone grise. Cette « voie du milieu », entre la mort et la vie, ressemble à celle suivie par certains bouddhistes qui ne reconnaissent ni la mort, ni la naissance, conformément aux enseignements de Bouddha. En effet, Bouddha ne voulait pas se sentir responsable de la mort de sa mère morte en couches et a inventé un modèle qui lui convenait et qui le déculpabilisait.

Ces personnes se conduisent aussi comme Hamlet déclarant « être ou ne pas être (vivant) » et qui confondent mourir et dormir. Shakespeare avait perdu une sœur, Anne, s’est marié avec une femme se prénommant aussi Anne et ses protagonistes, tels Hamlet et Ophélie ou Roméo et Juliette n’ont pas l’occasion de célébrer la vie dans leur couple, Roméo se suicidant pour rejoindre Juliette.

Laisser partir les défunts que l’on retient

Alors, que faire après un deuil, un manque ou une perte ? La réponse est simple et difficile à appliquer : célébrer votre propre vie. Et plus vous acceptez d’être en vie, plus les morts se réjouissent. En effet, imaginez la personne morte en train de vous regarder quand vous pleurez en pensant à elle. Que peut-elle ressentir ? Se réjouit-elle de votre comportement ? Elle préfèrerait sûrement se réjouir de votre joie d’être en vie en pensant à elle plutôt que de ne pas accepter un événement inévitable.

Les personnes qui refusent de laisser partir une personne morte vivent avec des fantômes qu’elles portent en elle, les retenant alors que ces morts ne demandent qu’à partir pour être en paix. Ce deuil non résolu peut être vécu physiquement, un membre du corps représentant alors un membre décédé de la famille. Une douleur à l’épaule ou à un bras, un mal de ventre rappellent la personne retenue psychologiquement et un torticolis évite de regarder la personne absente à sa droite ou à sa gauche. Je l’ai vécu personnellement le jour où, faisant le deuil de mon père mort quand j’avais 5 ans, une boule de chaleur s’est répandue dans mon ventre, la vie reprenant le dessus sur ce fantôme que je retenais et que j’ai laissé partir ce jour-là.

Se libérer d’une intrication systémique ou personnelle

Un deuil peut être systémique (lié à votre système familial) ou personnel et, dans les deux cas, il est possible que vous ne soyez pas en paix avec la mort d’un de vos parents, voulant le sauver en remplaçant la personne qui lui manque. Ceci que les parents soient réellement morts ou encore vivants.

Les intrications systémiques

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous vous faites autant de souci pour vos parents ? Pourquoi vous avez tant de mal à quitter le cocon familial ou pourquoi vous vous sentez responsable du bonheur ou du malheur de votre mère ou de votre père ?

Ce comportement excessif pourrait révéler une intrication systémique inconsciente. Vous pourriez avoir pris la place d'un oncle, d'une tante, d'un frère ou d'une sœur décédé(e), d’une grand-mère ou d’un grand-père - parfois même avant votre naissance.

Reconnaissez-vous ces signes ?

  • Vous vous comportez davantage comme le parent de vos parents que comme leur enfant.
  • Vous ressentez une peur inexplicable à l'idée de les quitter ou de voyager loin d'eux.
  • Vous avez choisi un partenaire beaucoup plus âgé ou vous évitez les relations durables pour rester "disponible".
  • Votre orientation sexuelle vous maintient naturellement sans descendance, vous gardant disponible pour vos parents .
  • Vous souffrez d'agoraphobie ou refusez de passer votre permis de conduire sans raison apparente.

Dans tous les cas, on veut remplacer l’être manquant aux yeux des parents, la mère la plupart du temps. Elle se fera du souci pour vous, vous confondant avec l’enfant mort, avorté, une fausse couche ou une fécondation in vitro qui a échoué. Ou elle se réjouira de la présence d’une belle-fille remplaçant une fille morte dont elle aura du mal à se séparer.

Parfois, ce sentiment d'abandon vient simplement de l'absence d'un parent. C'est particulièrement vrai pour les enfants adoptés qui peuvent passer leur vie à chercher leur père ou leur mère biologique, leur demandant "Pourquoi m'as-tu abandonné ?"

Dans les cas les plus extrêmes, si l'enfant imagine que ce parent est mort, il peut même vouloir le rejoindre.

Les intrications personnelles

Dans ce cas, la personne morte a été connue de son vivant. Ce peut être un membre de la famille, un frère, une sœur, un enfant, une relation amoureuse ou une relation purement amicale. La dynamique risque d’être la même, de vivre dans une zone grise pour rester en contact avec la personne morte, telle tatie Danielle parlant à son mari mort en s’adressant à sa photo.

Le deuil est double dans le cas où une personne a perdu un frère ou une sœur et un conjoint. Cherchant son âme sœur, en réalité son frère ou sa sœur morte, elle sera amoureuse d’une personne suicidaire ou exerçant un métier dangereux comme policier, militaire ou pompier. Et quand survient la mort de son conjoint, elle cumule deux deuils qui risquent de durer toute sa vie.

La mort d’un enfant est toujours un traumatisme, qu’il s’agisse d’une fausse couche, d’un avortement ou d’une fécondation in vitro. Elle peut entraîner une rupture dans le couple si les parents ne l’assument pas ensemble. Dans le cas d’avortements, la mère risque d’être en colère contre le père et les hommes pour ne pas porter sa responsabilité et se déclarer bloquée ou ne pas avancer dans la vie. Le père risque de voir ses projets avorter dans sa vie, les confondant avec l’enfant mort.

Osez célébrer la vie

Dans tous les cas la solution est dans l’acceptation de la vie donnée par les parents et de se réjouir d’être en vie.

Les symptômes

Les premiers symptômes d’un deuil non résolu sont :

  • La détresse ressentie en pensant à la mort de la personne que l’on a connue ou la vision de la mort des parents, qu’ils soient réellement morts ou non.
  • Celle ressentie en pensant à sa propre mort. La mort de l’être cher renvoie souvent à la sienne et la plupart du temps, les personnes qui ne sont pas en paix avec la mort d’autrui ne sont pas en paix avec la leur. L’exception notable est dans le cas d’anorexie où la fille est en paix avec sa mort mais pas avec celle de son père.

Dans le phénomène appelé « la nuit noire de l’âme », suite à un traumatisme, la personne doute du sens de sa vie et du soutien qu’il peut avoir de son âme… ou de sa mort.

Paradoxalement, la mort apaise et des grands sportifs s’en approchent au péril de leur vie. Si vous vivez une telle période, une solution consiste à se faire du bien dans un premier temps et de comprendre le message sur le sens de votre vie dans un deuxième temps. Vous pouvez toujours imaginer la personne morte dans les bras de sa mort pour être en paix et honorer son destin.

Le résultat est souvent un saut spirituel qui consiste à accepter de vous en remettre à votre âme, à vous abandonner à ce qui vous conduit, même si vous ne le comprenez pas.

Les phrases de résolution suggèrent la gratitude envers la personne morte

Faire le deuil consiste donc à accepter le manque et à « revenir à la vie ». Quand le deuil dure longtemps, la tristesse cache la colère… pour ne pas avoir à dire merci à la vie ou à l’être aimé. Vous pouvez tester par la phrase « es-tu toujours en colère contre elle parce qu’elle est morte ? » (et non abandonnée) pour qu’elle s’en rendre compte.

Voici quelques phrases salutaires qui peuvent vous aider à accepter le destin d’autrui et à retrouver votre joie de vivre :

  • Dans tous les cas, vous pouvez lui dire « je te laisse partir avec amour » ou « je vis encore un peu et j’irai te rejoindre », « je te remercie de t’avoir connu pendant X année ».
  • A vos parents : « Je te remercie pour la vie que tu m’as donnée » et rajouter si vous voulez « je reste, j’en fais mon affaire ».
  • A une personne avec laquelle l’on a vécu : « Je te remercie du temps que nous avons passé ensemble ».
  • A un enfant avorté : « Je te remercie d’avoir fait de la place pour moi et je te donne une place dans mon cœur ».
  • A sa mort : « Quand le moment sera venu, je serai prêt. D’ici là, regarde-moi avec bienveillance ».
  • A son âme : « Je te remercie de prendre soin de moi ».

Ainsi, vous faites preuve d’humilité en acceptant la vie et de gratitude en la célébrant. Vous pouvez aussi adopter un rituel quotidien pour renforcer ces deux attitudes comme, par exemple, dire merci à la vie le matin quand vous vous réveillez.

En conclusion, retourner à la vie

Le deuil est une occasion d’accepter sa vie et celle d’autrui. Dans le cas d’intrication systémique, libérez-vous du souci que vous vous faites pour vos parents en les remerciant de la vie qu’ils vous ont donnée. Dans le cas d’intrication personnelle, remerciez les défunts d’avoir partagé leur vie pendant un certain temps. Cette gratitude effacera la colère qui se cache derrière une tristesse inutile. Et remerciez leur mort d’en prendre soin en l’imaginant serrer l’être mort dans ses bras.

Author

Michel Diviné

Ingénieur de formation (Polytechnique, Stanford) reconverti dans l'accompagnement thérapeutique depuis + de 20 ans, Michel Diviné est un expert en constellations familiales, en EMDR, en Hypnose Ericksonienne et en travail de réconciliation avec les parents selon Jirina Prekop. Auteur de plusieurs ouvrages, dont certains préfacés par Bert Hellinger, il partage son expertise à travers ses blogs et ses ateliers réguliers en France et en Suisse. Découvrez-en plus sur ses blogs Psythérapeute, Constellations Familiales et Communication Bienveillante. 

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 11

Novembre 2025

Le numéro
ÉditoL'eau ne combat jamais la pierre2 min de lectureLe dossierFaire la paix avec ses émotions, grâce à Kevin FinelLe dernier livre de Kevin Finel part d’un constat simple… et alarmant : la majorité d’entre nous souffre de ne pas savoir gérer ses émotions. Or ces fameuses émotions s’apprivoisent assez facilement, pour peu qu’on s’y attarde un instant. C’est ce que nous vous proposons ici. Pour que, plus jamais, nous ne soyons en guerre avec ces mouvements intérieurs.Kevin Finel10 min de lectureEntretiensMylène Muller : changer de vie en 15 minutes par jourMylène Muller8 min de lectureExploration intérieureJulie Beischel et Stéphane Allix : la médiumnité à l'épreuve de la scienceStéphane Allix5 min de lectureBrèves & agendaLa douceur de novembre : 5 invitations à la bienveillanceNovembre nous invite à la douceur, celle qu'on s'accorde et celle qu'on offre au monde. Dans cette période où tout nous pousse vers l'intérieur, c'est le moment parfait pour redécouvrir l'art de prendre soin de soi sans culpabiliser.4 min de lecturePsychologie & relationsÊtre son propre amoureuxÊtre en Amour : n’est-ce pas notre grande quête, qu’elle soit consciente ou inconsciente ?Maïtie Trelaün4 min de lectureEntretiensDu cockpit à l'ashram : la transformation spirituelle d'une pilote de ligneIsabelle Bacquenois naviguait à des milliers de mètres d'altitude, mais c'est au ras du sol qu'elle a trouvé son équilibre. Son parcours illustre comment une crise profonde peut devenir le point de départ d'une transformation radicale.Isabelle Bacquenois4 min de lecture

En vidéo

avec Michel Diviné, et sur le même sujet