Mylène Muller : changer de vie en 15 minutes par jour

Écrit par Julie Destouches

Ancienne « plus jeune inspectrice des finances publiques de France », Mylène Muller a fait un choix radical : tourner son regard vers elle, apaiser le mental et « mettre l’amour en action ». Avec 52 défis de 15 minutes par jour, elle nous montre que « tout est déjà là ».

Du choc au déclic : « Mon corps a dit stop »

« J’étais la plus jeune inspectrice des finances publiques de France », raconte Mylène Muller. Une vie « pas mal du tout », dit-elle, mais traversée par « un grand malaise » : « Je n’étais pas exactement là où je devais être. Mes valeurs et mes besoins étaient complètement bousculés. Quatorze ans de carrière à tenir bon, persuadée que « la vie, c’était comme ça », jusqu’au jour où « le corps a dit stop ». En février 2015, pendant sa deuxième grossesse, elle vit un « décollement du placenta » et reste « alitée pendant 3 mois ». « Le premier diagnostic, c’était que j’étais en train de perdre mon enfant. J’ai eu si peur de perdre mon bébé ! Cette pause forcée a été révélatrice. » Pour la première fois de sa vie, le temps s’étire, s’ouvre et, avec lui, les questions fondamentales. « On n’est tellement pas habitué à s’écouter que là, c’est comme s’il y avait tout qui remontait d’un coup. » Mylène nomme cette frontière franchie « la ligne rouge. Il y a deux moyens d’avoir ce déclic : l’éclair de sagesse dont parle Eckhart Tolle dans « Le pouvoir du moment présent » ou dépasser la ligne rouge, quand c’est notre corps qui dit stop. » Deux moments décisifs jalonnent cette traversée. D’abord, un roman conseillé par sa mère, pourtant pas du tout spirituelle, « Demain est un autre jour » de Laurie Nelson Spielman : « L’héroïne avait laissé de côté toutes ses aspirations de jeunesse. J’ai énormément pleuré en le lisant. Il y a vraiment quelque chose qui résonnait en moi. » Puis la musique, son refuge : « Je compose de la musique et des paroles me sont venues : “Ma vie ne me ressemble pas”. Là encore, les larmes se sont mises à couler. J’ai compris que ce malaise que je ressentais, c’était ce décalage entre celle que je suis et la vie que je mène. »

52 défis, 15 minutes par jour : « Tout est déjà là »

De cette crise naît une décision simple et radicale : « J’ai décidé de me lancer un challenge : un défi par semaine pour reprendre ma vie en main. » Pendant deux ans, Mylène relève une centaine de défis qu’elle partage sur son blog, « Les Défis des Filles Zen ». De cette matière vivante sortira son premier livre, « Cap de créer la vie qui te ressemble », bâti sur « 52 défis » « choisis pour leur impact » : « Toutes les actions qu’on met en place ne se valent pas. Il y a des pas de géant et puis ces petites zones de confort dans lesquelles on tourne en rond. » Ce que propose Mylène est d’une pragmatique douceur : « Pour transformer sa vie, je ne propose pas 15 minutes de lecture mais plutôt 15 minutes d’écriture. Il y a des actions à mener, mais rien d’insurmontable je vous rassure. » Les exercices se glissent « dans la vie de tous les jours, pendant une conversation, pendant une tâche ménagère ou au travail ». Pour relever ses défis, « on n’a pas besoin de temps en plus : on peut simplement vivre autrement des instants de tous les jours. » Face à ce constat du décalage entre nos aspirations et la réalité, on peut s’interroger : comment se fait-il que nous soyons si nombreux à vivre une vie qui ne nous ressemble pas ? « La vérité, c’est que personne ne nous a appris les comportements, les compétences essentielles pour être heureuse, trouver du sens et nous épanouir pleinement. Personne ne nous apprend à l’école à nous écouter, à apaiser nos pensées, à gérer nos émotions, à écouter notre voix intérieure. » D’où l’importance de « tourner son regard vers soi », “d’apaiser le mental » et de « remettre de la conscience » dans notre quotidien.

Parmi les pratiques phares de Mylène, on trouve la détox digitale, le miracle morning, mais aussi l’écoute active, la météo intérieure ou encore le body scan : « Porter son attention sur sa respiration ou ses sensations physiques permet d’apaiser un peu cette voix qui parle en permanence. » Dans son livre, elle rappelle qu’après « deux mois » de pratique régulière, on observe « environ 40 % » de réduction des symptômes d’anxiété. Mais, elle insiste : « l’objectif ultime, c’est l’instant de tous les jours », pas « la petite pratique isolée ». « Le plus important, ce n’est pas la destination, c’est le processus renouvelé à chaque instant. » Cette hygiène de l’attention est un enjeu de société : « L’attention, c’est une denrée de plus en plus rare. Les gens font trois choses en même temps, happés par les écrans. Le vrai challenge, c’est de résister. » Retrouver le fil du réel passe par des gestes simples : marcher en conscience, écouter les oiseaux, arrêter la course du temps comme lorsqu’on joue ou qu’on écoute de la musique et que chaque respiration nous ancre dans le présent.

Mylène pose un diagnostic lucide sur notre époque : « Peut-être qu’on veut faire plus, peut-être qu’on subit plus d’injonctions et que les outils numériques utilisent nos biais cognitifs pour qu’on passe de plus en plus de temps avec eux ». Alors, comment ne pas « se laisser totalement happer » ? En réhabilitant la présence. « Chaque instant est la plus belle occasion de pratique », dit-elle, et « ce que nous propose l’instant présent, c’est la meilleure leçon pour nous ». Autrement dit, « vivre autrement des instants de tous les jours » plutôt que d’additionner des rituels hors-sol.

Mylène est pianiste, la musique a donc joué ce rôle d’ancrage. Mais des petits gestes tout simples aussi : « Mettre les mains sur le cœur », respirer, s’écouter… Ces gestes retissent un lien au corps, à la gratitude et au miracle de la vie ». Enfant hypersensible, elle somatisait déjà beaucoup : « Je faisais énormément d’angines. Une fois par mois, j’étais malade. Et déjà enfant, j’ai eu une intuition. Je me suis dit que ce n’était pas juste parce que je n’écoutais mon corps que quand j’étais malade. » Cette prise de conscience est devenue une boussole pour l’adulte qu’elle est devenue : « Redonner à notre corps toute sa place permet d’apaiser le mental et d’entendre notre intuition. »

Ombres et lumière : « Si on rejette une partie de nous-mêmes, on se trompe »

À rebours du « tout positif », Mylène appelle à l’authenticité : « Je crois que si on rejette une partie de nous-mêmes, on se trompe de développement personnel, on est dans une forme d’illusion. Accueillir nos zones d’ombre, c’est permettre à notre lumière unique de briller, d’étinceler avec sa couleur qui lui est propre ». Deux défis incarnent cette pédagogie. D’abord, la visualisation sur la vie idéale : « Ce que j’aime dans ce défi, c’est qu’il permet de voir que tout est déjà là. On n’a pas besoin d’attendre quoi que ce soit pour ressentir ce qu’on a envie de ressentir. » Autre défi majeur, l’accueil des zones d’ombre : « Pas pour chercher à les supprimer mais dans la reconnaissance de ce qu’elles sont. » Cette coexistence du clair et de l’obscur est ce qui rend notre présence suffisante, « inutile d’accéder à des choses compliquées ». Pour autant, ce chemin de transformation n’élude pas les difficultés : « Nos portes d’entrée vers l’amour sont souvent nos souffrances. Plus on parvient à ressentir des émotions d’une intensité forte dans une direction, plus on peut les ressentir dans l’autre sens. » Un mantra résume bien son intention : « Mettre l’amour en action. »

Pour qualifier sa méthode, Mylène a choisi un acronyme que tous les enfants connaissent : CAP ! Pour le « Coaching d’Alignement de Projet ». « Le coaching classique considère la personne comme un mental qui va résoudre ses problèmes. J’avais besoin d’une approche beaucoup plus complète, corps, cœur, esprit. J’ai créé ce pont entre la lumière et la matière, toujours pour incarner l’amour dans l’action. » Et reprendre notre pouvoir sur le déroulement de nos existences. Car l’essentiel du temps, nous sommes tous en “pilotage automatique”. Le mental a pris trop de place. On vit 99 %, peut-être 99,99 % de notre temps, dans notre tête. Retrouver le corps et le cœur, c’est apaiser l’activité mentale et remettre de la conscience afin de passer du savoir intellectuel à quelque chose d’intégré, ressenti et vécu. Tourner notre regard vers nous-mêmes, c’est le point de départ de toute transformation. »

Cette exigence s’accompagne d’un sens de l’équilibre : « J’ai voulu garder l’équilibre entre le passé, le présent et le futur. On voit beaucoup de gens dans le développement personnel qui fuient le présent pour se focaliser vers des objectifs. J’aime ces pratiques, mais il faut les enrober de beaucoup de présence à soi. C’est la base ! » Et de rappeler : « On ne fait plus de développement personnel en 2025 comme en 2015. Après la frénésie des débuts, l’heure est à l’intégration, sans performance, mais avec constance ».

Dans ses programmes comme dans son livre, l’itération est clé de la méthode de Mylène. Elle aime pour ça l’image du judo que pratique son fils : « Quand on a grimpé toutes les couleurs de ceinture et qu’on arrive au-delà de la ceinture noire, on repasse à la ceinture blanche, qui devient alors plus large. Ça retrace l’idée du cycle. Nous sommes tous des éternels apprenants », sourit-elle. « À chaque instant, on a le choix de se reconnecter à soi ».

À ceux qui jugent le développement personnel comme une démarche égoïste et autocentrée, Mylène Muller répond : « Ce travail n’a rien d’égoïste, au contraire : c’est un cadeau pour les autres et pour le monde. Une personne sereine apaise son entourage. Une personne blessée transmet ses blessures. En brisant la chaîne de transmission des blessures, nous changeons la texture de nos liens : ce que l’autre fait, dit, ressent, ça lui appartient. Ma façon de réagir, elle, m’appartient. » Depuis qu’elle a décidé de relever un défi par semaine et de partager son aventure sur son blog, Mylène a touché 8 millions de lectrices. Elle a créé une école de coaching et, plus récemment, un bilan de compétences pour aider les personnes à trouver le métier qui leur ressemble. « Un métier, ça ne fait pas tout, mais il impacte énormément nos vies. Quand nos valeurs et nos besoins sont nourris, tout change. » Comme la vie est en mouvement perpétuel, nous sommes toutes et tous amenés à changer. C’est pourquoi la posture d’éternel apprenant est si précieuse. Et c’est peut-être la plus belle promesse de ce livre né d’une épreuve et d’une mélodie. Réaliser que chaque jour, quelques minutes suffisent pour créer la vie qui nous ressemble, non pas en courant vers un horizon lointain, mais en choisissant, ici et maintenant, le geste le plus simple : « se reconnecter à soi. Car tout est déjà là. »

Mylène Muller est conférencière, coach et fondatrice des « Défis des Filles Zen », de « Cap Coaching School » et de « Mon métier me ressemble ». Plus de 100 000 personnes lisent sa newsletter, son blog et ses vidéos ont touché plus de 13 millions de coeurs et d’esprits, et des centaines de milliers de femmes cheminent à ses côtés à travers ses programmes et contenus autour d’une méthode unique et novatrice : le Coaching de l’Alignement au Projet.

Retrouvez Mylène Muller sur Facebook et sur son podcast « Toi qui me ressemble »

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 11

Novembre 2025

Le numéro
ÉditoL'eau ne combat jamais la pierre2 min de lectureLe dossierFaire la paix avec ses émotions, grâce à Kevin FinelLe dernier livre de Kevin Finel part d’un constat simple… et alarmant : la majorité d’entre nous souffre de ne pas savoir gérer ses émotions. Or ces fameuses émotions s’apprivoisent assez facilement, pour peu qu’on s’y attarde un instant. C’est ce que nous vous proposons ici. Pour que, plus jamais, nous ne soyons en guerre avec ces mouvements intérieurs.Kevin Finel10 min de lecturePsychologie & relationsVivre le deuil : transformer la douleur de la séparation en force de vieAvez-vous l'impression de vivre à crédit depuis la perte d’un être cher ? Depuis combien de temps portez-vous cette douleur, cette tristesse qui revient par vagues ou cette sensation de vide qui vous accompagne chaque jour ?Michel Diviné8 min de lectureExploration intérieureJulie Beischel et Stéphane Allix : la médiumnité à l'épreuve de la scienceStéphane Allix5 min de lectureBrèves & agendaLa douceur de novembre : 5 invitations à la bienveillanceNovembre nous invite à la douceur, celle qu'on s'accorde et celle qu'on offre au monde. Dans cette période où tout nous pousse vers l'intérieur, c'est le moment parfait pour redécouvrir l'art de prendre soin de soi sans culpabiliser.4 min de lecturePsychologie & relationsÊtre son propre amoureuxÊtre en Amour : n’est-ce pas notre grande quête, qu’elle soit consciente ou inconsciente ?Maïtie Trelaün4 min de lectureEntretiensDu cockpit à l'ashram : la transformation spirituelle d'une pilote de ligneIsabelle Bacquenois naviguait à des milliers de mètres d'altitude, mais c'est au ras du sol qu'elle a trouvé son équilibre. Son parcours illustre comment une crise profonde peut devenir le point de départ d'une transformation radicale.Isabelle Bacquenois4 min de lecture

En vidéo

avec Mylène Muller, et sur le même sujet