Faire la paix avec ses émotions, grâce à Kevin Finel
Le dernier livre de Kevin Finel part d’un constat simple… et alarmant : la majorité d’entre nous souffre de ne pas savoir gérer ses émotions. Or ces fameuses émotions s’apprivoisent assez facilement, pour peu qu’on s’y attarde un instant. C’est ce que nous vous proposons ici. Pour que, plus jamais, nous ne soyons en guerre avec ces mouvements intérieurs.

Passionné par la conscience depuis toujours, doté d’un talent inné pour interagir avec, Kevin Finel a 17 ans quand il ouvre son premier cabinet d’hypnothérapeute. Aujourd’hui directeur de l’Académie de Recherche et de Connaissance en Hypnose Ericksonienne (ARCHE), formateur en hypnose, praticien et auteur de plusieurs ouvrages sur l’auto-hypnose, il a à coeur de transmettre des outils simples et efficaces pour aider ses contemporains à retrouver la paix et la sérénité, dans le monde agité et anxiogène dans lequel nous évoluons. Dans son dernier opus, Faire la paix avec ses émotions, édité chez Leduc, l’expert propose trente exercices d’auto-hypnose, pour nous permettre de ne plus nous laisser submerger par nos tempêtes émotionnelles.
Car, comme il le souligne dès son introduction, nous souffrons tous d'une mauvaise gestion des émotions. C'est un sujet d'une importance capitale et qui, pourtant, n'est jamais enseigné, ni par la famille, ni dans notre parcours scolaire. Une véritable « terra incognita » qui s'oppose à l'idée même de bien-être, pour soi comme pour les autres. Kevin Finel dénonce cette absence d'éducation comme un vide. “On part du principe que les compétences qu'on appelle aujourd'hui les compétences transversales, comme savoir communiquer, savoir gérer ses émotions, savoir apprendre, les gens doivent les apprendre sur le tas. Cette approche nous fait perdre un temps et une qualité de vie incroyables. Alors qu’on pourrait consacrer un vrai temps à ces apprentissages”.
Pour Kevin Finel, il est urgent de considérer que l'éducation émotionnelle est « toute aussi importante que d'apprendre à lire ou à écrire. Si un jour, et ça nous arrive à tous, je vis une difficulté de vie, normalement, si j'ai cette compétence, je la dépasse facilement. Alors que si je n'ai pas cette compétence, elle me terrasse. »
La gestion émotionnelle, un parcours personnel
Face à nos émotions, la société nous habitue trop souvent à « mettre un mouchoir par-dessus et surtout ne pas en parler, à les cacher ». Et c’est ainsi qu’une émotion qui ne s’exprime pas finit par se manifester d’une autre manière. Bien que certaines écoles alternatives s'y essaient, elles ne concernent qu'une infime partie de la population. De fait, pour une immense majorité de personnes, ces questions-là arrivent « très tard dans une vie », alors que tout ce temps passé à compenser ne fait qu'aggraver un mal-être latent.
Kevin Finel a quant à lui été confronté très tôt à la question de la gestion émotionnelle. C’est pour accompagner ses camarades dans la préparation de leurs examens, déjà confrontés à la gestion du stress, qu’il a ouvert son premier cabinet d’hypnothérapeute très jeune. Pour lui, une chose est certaine : la gestion émotionnelle est centrale, qu’il s'agisse d'un deuil, d'un psycho-trauma ou d'une simple anxiété. En thérapie, « on se retrouve à faire de l'éducation émotionnelle et de la psychopédagogie ». Pour lui, il est essentiel de faire la part des choses et d’aider les gens à comprendre la nature de leurs émotions. D’autant qu’elles portent un message et ne sont pas nécessairement négatives : l’accompagnement permet de « reconnecter à certaines émotions, d'accepter par exemple la colère parce qu'elle est utile, qu'elle sert à quelque chose. Chaque émotion a une facette constructive et une facette destructrice. Il faut le savoir ! On s'aperçoit que les gens ont souvent peur de leurs émotions, peur de la colère, peur de la peur et même peur parfois de l’amour… C'est assez étrange, mais comme on renie beaucoup nos émotions, tout finit par faire peur. »
Le livre de Kevin Finel, Faire la paix avec ses émotions, est né de ce constat. C'est un livre « très pratique et pragmatique » pensé pour être une « première couche » d’accompagnement, en toute autonomie. Le but n'est pas de remplacer une thérapie, mais de donner au lecteur les clés pour « reprendre un peu sa vie en main ».

L’auto-hypnose, une plasticité cérébrale au service du changement
Certains sceptiques ou inquiets voient l’hypnose comme un mystère réservé à quelques rares « marabouts ». Kevin Finel, lui, s'emploie à en faire une pratique accessible à tous. Il souligne que l'hypnose et l'auto-hypnose questionnent notre rapport à la réalité. « Nous avons l'illusion d'être en rapport avec le réel mais notre cerveau, nos images mentales et les récits que l'on se fait créent un tissu, une trame qui nous empêche d’avoir un vrai rapport direct au monde ». En réalité, l'auto-hypnose consiste à « apprendre à manipuler cette frontière entre nous et la réalité ». Via nos conditionnements et les histoires qu’on se raconte en permanence, nous sommes déjà tous « sous une forme d’auto-hypnose ». Par la pratique, il est possible de « reprendre les rênes » et de façonner notre subjectivité « comme une pâte à modeler ».
Pour Kevin Finel, ce n'est pas l'hypnose qui est incroyable, mais plutôt le fait que « on ne sache pas l’utiliser parce qu'on ne nous l’apprend pas ». Notre cerveau est capable de « plein de choses qui sont ordinaires mais qu'on ne sait pas utiliser. L’hypnose nous permet juste de recréer l'accès à ces choses-là ». Il insiste d'ailleurs sur un point : l’auto-hypnose n’a rien à voir avec l'autosuggestion, qui, elle, est « très très superficielle et qui ne marche pas ». Il s'agit d'un processus plus profond, qu'il appelle « l'introspection hypnotique », un double mouvement qui nous permet de rentrer en profonde compréhension de soi, pour ensuite mieux interagir avec l'extérieur. Pour lui, on devrait pouvoir nettoyer son esprit comme son corps, et avoir le réflexe de prendre soin de nos pensées comme on « prend une douche ou qu’on se lave les dents ».
Un des concepts fascinants qu’il aborde est la relation entre les pensées et les émotions. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce ne sont pas nos pensées qui créent les émotions, c’est le contraire : « D'abord on a une émotion et puis ensuite, on la justifie. Des recherches montrent d’ailleurs que lorsqu’on déclenche artificiellement une émotion chez une personne en stimulant une partie de son cerveau, cette personne trouvera tout de suite une justification à cette émotion. »
Kevin Finel explique que « ce qu'on se raconte, c'est souvent une histoire construite après coup par rapport à nos émotions ». Ainsi, celui qui s'énerve à cause d'une queue de poisson en voiture n'est pas seulement ulcéré par l'événement, mais par « toute l'histoire, son histoire qui est derrière ça et qui fait que, ce jour-là, elle va s'énerver un peu plus ». L'hypnose permet de sentir ces « courants » intérieurs et de les rendre conscients pour pouvoir « commencer à interagir avec eux ».
Le corps, le passé et l'armure : démêler les nœuds émotionnels
L’expert souligne que les émotions ont un impact profond sur le corps. Une émotion vécue, même si elle n'est pas exprimée, « notre corps s'en rappelle ». Faire comme si elle n'avait pas existé peut fonctionner sur de petites choses, mais pour des émotions importantes, il faut « aller les regarder. Si on ne le fait pas, une blessure peut instiller ensuite de la méfiance par exemple », créant un cycle qui se répète et qui va donner une certaine tournure à notre vie. Kevin Finel utilise la métaphore de « quelqu'un qui met une armure » pour se protéger. L'intention est bonne, mais « ça va quand même très fortement limiter le vécu de cette personne-là après ».
Il insiste sur le fait que, quel que soit notre passé, il ne nous détermine pas : « La plupart des thérapies visent à aider les gens à reprendre leur capacité à décider qui ils sont, quelque soit leur passé ». Il a vu des personnes avec des vies « d'une difficulté et même d'une horreur quelquefois accablantes » et qui arrivent à s'épanouir. Il s’agit alors de « transcender, de sublimer son parcours », et non pas de faire comme si ça n'existait pas. Pour Kevin Finel, « nettoyer ce vécu émotionnel, c’est un acte de libération. On peut alors comprendre que ce que je suis aujourd'hui n'a pas besoin d'être déterminé par mon passé ».
D’après la psychologie évolutionniste, « toutes nos émotions sont reliées à des fonctions de survie. La culpabilité, par exemple, a pu prendre part à la sélection naturelle car elle nous pousse à contribuer au groupe. La tristesse, elle, est une émotion très très belle parce qu'elle nous permet de faire le deuil et de passer à autre chose. Mais dans notre société moderne, qui ne correspond plus à celle de nos ancêtres, ces émotions peuvent devenir contre-productives. Comme par exemple la culpabilité, survalorisée de nos jours et qui détruit beaucoup de personnes. Notre cerveau est encore câblé par rapport à la société de nos ancêtres. Son câblage ne peut pas changer en quelques générations ».
Pour l’expert, l’auto-hypnose est une pratique idéale pour apaiser nos émotions « car elle permet de créer un dialogue entre notre partie consciente et notre partie instinctive et émotionnelle ». Dans son livre, il propose un processus progressif, qui commence par des exercices simples et efficaces pour gérer les émotions à court terme, et qui se poursuit avec un travail plus profond pour mieux se comprendre.
Cette rencontre avec soi-même est un parcours. Kevin Finel souligne qu’il est normal de rechuter, « ça fait partie du processus. L'important n'est pas de ne plus jamais ressentir de la colère ou de la peur, mais de pouvoir en faire quelque chose ». Le but n'est pas de maîtriser ou de contrôler ses émotions, ce qui mènerait à la rigidité. Le but est d'aller « de mieux en mieux » en travaillant avec souplesse dans l’accueil et la compréhension de notre sphère émotionnelle.
En fin de compte, l’auto-hypnose offre une voie pour cesser de faire la guerre à ses émotions. C’est une invitation à se défaire des carcans, à accueillir la mixité de nos ressentis. « C'est une démarche profondément humaine qui nous ramène à la souplesse plutôt qu’à la rigidité. Pour faire la paix, et ne pas partir en guerre contre les émotions que je n’aime pas. Et refuser ces injonctions de la société comme : si t'es un homme, tu ne pleures pas. C'est ça, faire la guerre aux émotions. Mieux vaut se demander : qu’est-ce qu'elle me raconte cette tristesse ? Qu'est-ce que je peux en apprendre et, surtout, qu'est-ce que je peux en faire ? »
Le livre de Kevin Finel, Faire la paix avec ses émotions, n'est pas seulement un recueil d'exercices. C'est un guide pour un voyage intérieur, un acte d’hygiène de l'esprit, qui nous rend plus conscients, plus résilients et, in fine, plus libres de notre passé et de notre subjectivité pour embrasser la vie avec sérénité.
Encadré extrait du livre « Faire la paix avec ses émotions », publié aux éditions Leduc, avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur. Testez-vous ! Relevez le nombre de A, B, C ou D qui vous correspondent.
Le point sur votre mindset
1. Lorsque vous êtes stressé ou anxieux, vous :
A. Cherchez du réconfort auprès des autres.
B. Préférez vous isoler.
C. Trouvez des solutions pratiques.
D. Ignorez souvent ces sentiments.
2. Vos premières relations avec vos parents étaient :
A. Chaleureuses et sécurisantes.
B. Compliquées ou conflictuelles.
C. Distantes.
D. Peu mémorables ou floues.
3. Concernant vos rêves :
A. Vous ne vous souvenez pas souvent de vos rêves.
B. Vous avez des rêves où vous vous sentez menacé.
C. Vos rêves sont généralement agréables.
D. Vos rêves sont variés, sans thème précis.
4. Face aux conflits, vous :
A. Cherchez un compromis.
B. Vous sentez très affecté et réagissez impulsivement.
C. Évitez les conflits.
D. Imposez votre point de vue.
5. Votre réaction face aux compliments est de :
A. Les accepter facilement et vous sentir valorisé.
B. Vous sentir mal à l’aise ou douter de leur sincérité.
C. Les rejeter, les considérant comme non mérités.
D. Être indifférent.
6. Penser à votre enfance vous fait :
A. Éprouver de la nostalgie et de l’affection.
B. Ressentir de la tristesse ou de l’anxiété.
C. Pas grand-chose ou alors vos souvenirs sont flous.
D. Vous concentrer plutôt sur le présent.
Interprétation :
◄ Majoritairement A : vos réponses suggèrent que vous avez une bonne capacité à établir des liens sécurisants et positifs avec les autres. Vous semblez bien gérer vos émotions et valoriser les relations de soutien. Cela peut indiquer que vos expériences précoces ont contribué à un développement émotionnel stable.
◄ Majoritairement B : il est possible que vous ayez des difficultés avec l’anxiété et la gestion des conflits, pouvant refléter des angoisses plus profondes ou des expériences conflictuelles durant votre enfance.
◄ Majoritairement C : vos réponses indiquent que vous pourriez éviter les confrontations et être quelque peu distant dans vos relations. Cela peut signaler une certaine réticence à former des liens étroits, peut-être due à des manques affectifs dans votre passé.
◄ Majoritairement D : vous tendez à ignorer ou minimiser l’impact de vos émotions, ce qui peut être un signe de protection ou de déni. Se concentrer sur le présent est positif, mais il pourrait être utile d’examiner si des expériences passées non résolues influencent votre vie actuelle.
Hypnothérapeute, formateur et auteur, Kevin Finel est fondateur de l’ARCHE et du centre de recherche PRISME. Il a formé des milliers de praticiens et contribue à faire reconnaître l’hypnose comme une approche sérieuse et scientifique. Son livre « Faire la paix avec ses émotions » (Leduc, 2024) est une référence accessible et pratique pour apprendre à réguler ses émotions grâce à l’auto-hypnose.
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Crédit photo (for Kevin) :
Michel Restany
Author
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.



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