Sonia Barkallah : les expériences de mort imminente

Ce qu'ils ont vécu en frôlant la mort, la science ne sait toujours pas l'expliquer

Depuis plus de 20 ans, la réalisatrice Sonia Barkallah recueille des témoignages inexplicables.

Vous voyez un tunnel avec, au bout, une lumière irradiante d'amour, une lumière extraordinaire qui ne brûle pas.

EMI, QU'EST-CE QUE C'EST ?

Une Expérience de Mort Imminente désigne le vécu d’une personne frôlant la mort, et, quelquefois, sans réelle mise en danger vitale. Les caractéristiques les plus fréquentes sont une sensation d’être détaché de son corps, la vision d’un tunnel, d’une lumière intense et d’un sentiment de paix profonde.

Des personnes ayant été déclarées cliniquement mortes rapportent des faits précis, ce que leur état aurait dû rendre impossible.

Sonia Barkallah recueille ces témoignages sur les expériences de mort imminente et a organisé en 2006 un colloque international à Martigues. Autrice du livre Et si cela vous arrivait, chez Le Lotus et l'Éléphant, elle a aussi réalisé les documentaires Faux départ et Témoins.

Elle est convaincue que ces expériences peuvent contribuer à la médecine et à la connaissance.

Ils ont vécu ce qu’ils n’auraient pas dû vivre

Le cas Jacques Baranowski

Ancien footballeur professionnel, il est déclaré cliniquement mort suite à un accident de voiture en 1981. Sorti de son corps, il entend Danièle, l'infirmière, téléphoner avec sa mère biologique, avec laquelle il n'avait plus de contact, et voit le chirurgien rédiger son acte de décès, un morceau de ruban adhésif tenant ses lunettes. À son réveil, il répète mot pour mot la conversation de l’infirmière qui confirme chaque détail.

Irène, non-voyante mais témoin oculaire

Irène Badini devint aveugle en 1972 suite à un accident de la route. Alors qu’elle est dans le coma, elle décrit un membre du personnel qui met dans la poche de sa blouse les bijoux qu'on venait de lui retirer, et un enfant croisé dans le service, la couleur de sa peau et de ses yeux. À son réveil, une enquête confirme ces faits, alors que les examens prouvent sa cécité totale.

Toute une famille, la même vision

Entouré de sa femme Anne et de leur fils Pierre-Alexandre, Jean-Pierre Postel, anesthésiste-réanimateur, vécut en 2007 la mort de son père. Tous les trois décrivent, séparément, une brume, un tunnel bleu et une lumière blanche intense. « J'ai vu ce tunnel, je peux en décrire la couleur, c'était du bleu », raconte Jean-Pierre Postel. Il voit une silhouette hésitante qui lui dit. « Tu peux y aller, vas-y. Il n'y a aucun danger, pars, c'est bon, tu peux plonger. » Le médecin est désormais convaincu de l’existence d’une après-mort.

CE QU'ILS ONT VÉCU

Le tunnel, la lumière, un sentiment de paix

À 14 ans, Sonia Barkallah vit une sortie de corps, sans que sa vie soit en danger. « Je n'ai pas vu mon corps, mais je savais que j'étais au-dessus », se souvient-elle. Une EMI répond à un cadre que le docteur Raymond Moody, psychiatre américain, fut le premier à documenter systématiquement.

Il publie La vie après la vie, l'ouvrage fondateur sur les expériences de mort imminente. Il identifie des points communs dans les récits de personnes qui frôlent la mort.

  • Un sentiment de détachement du corps, suivi d'un état de bien-être.
  • Se retrouver au plafond et observer le personnel médical.
  • Traverser les murs et de se déplacer par la pensée, se retrouver instantanément aux côtés d'un proche, dans une salle d'attente ou chez lui.
  • La vision d’un tunnel, puis de la lumière.
  • La rencontre avec des êtres ou des personnes décédées, qui invitent à revenir dans son corps quand le moment de leur mort n'est pas venu.

Sonia Barkallah résume ce schéma comme un résumé de la mort imminente. Certaines personnes reviennent avec un accès à une connaissance universelle. D'autres obtiennent des facultés nouvelles, parlent des langues inconnues ou développent des capacités extrasensorielles.

En 2006, Anita Moorjani a un cancer lymphatique au stade 4 et elle n'a plus que 36 heures à vivre, le corps couvert de lésions et de tumeurs. Pendant son EMI, son père et sa meilleure amie, tout deux décédés, lui explique l’objectif de sa maladie. « Je devais retourner et vivre une vie libérée de la peur, et je savais que mon corps guérirait avec cette connaissance nouvelle », raconte-t-elle. Ses tumeurs régressent de 70 % en 4 jours, et 2 semaines plus tard, les médecins constatent la rémission totale du cancer.

Jamais séparés

Cette certitude d'être toujours accompagné est une constante des témoignages d’EMI. Face à des médecins qui validaient publiquement la réalité de leurs expériences, de nombreuses personnes ont osé, pour la première fois, raconter leur histoire lors de son premier colloque, à Martigues

Dans son film Témoins, une femme prénommée Amira décrit avoir été enveloppée par l'amour, comme une source de chaleur qui la tenait dans ses bras.

Je crois que c'est le propre des EMI, ils comprennent qu'on n'est jamais séparés.

Sonia Barkallah

La plupart des personnes revenant d'une EMI n’a plus peur de la mort. Celles qui reviennent gardent une forme de nostalgie de cet amour inconditionnel qu'elles ont vécu.

Fabienne Raoul, ingénieure dans le domaine nucléaire, se décrit comme étant une personne rationnelle et fermée avant son EMI. Le 10 février 2004, victime d'un malaise cardiaque, elle se retrouve dans un espace lumineux, accueillie par des êtres de lumière disposés en arc de cercle, dans un amour inconditionnel et une joie indescriptible. Réanimée par un collègue secouriste, elle revient à contrecœur. Elle est aujourd'hui sophrologue et secouriste bénévole.

Quand l'expérience vire au cauchemar

Les EMI vécues négativement existent aussi dans une forte proportion. « Ce n'est pas parce que vous vivez une expérience négative que vous êtes une mauvaise personne », insiste-t-elle.

Jean-Gérard Dubois, dessinateur, a vécu une EMI effrayante lors d'une opération chirurgicale. Sous anesthésie, il se voit tomber dans un vide sans fond, dans l'obscurité et le silence, voyant disparaître ses membres l’un après l’autre.

Pour lui, cette expérience a confirmé des traits de caractère déjà présents. « La vie est belle, on a une chance inouïe, on doit dire merci tous les jours. L'Amour, l'Amour, l'Amour, il n'y a que ça. Le reste, c'est du remplissage », résume-t-il.

VRAI OU FAUX ?

  • Une EMI ne peut arriver qu'en étant en état de mort clinique ? Faux. Elle peut survenir quand vous êtes en pleine santé, en méditation ou en cueillant des fleurs, dans un état modifié de conscience.
  • Toutes les EMI se ressemblent-elles ? Non. Le tunnel et la lumière reviennent souvent, mais chaque expérience a ses caractéristiques qui portent un message unique à la personne concernée.
  • La peur de la mort disparaît-elle définitivement après une EMI ? Le plus souvent, oui. Et certaines personnes en ont la nostalgie.
  • Les enfants peuvent-ils vivre une EMI ? Oui. Le docteur Melvin Morse leur a consacré une étude entière.
  • Peut-on vivre une EMI à plusieurs en même temps ? C'est extrêmement rare. La famille Postel en est l'exemple : chacun a décrit séparément le même tunnel bleu et la même lumière. On appelle ça une EMI partagée — et c'est encore différent de vivre exactement la même EMI simultanément, ce qui existe mais reste encore plus rare.
  • Une personne aveugle peut-elle « voir » pendant une EMI ? Elle perçoit une information sans que ses yeux en soient la source.

CE QUE LA SCIENCE PEINE ENCORE À EXPLIQUER

Un laboratoire, une échelle, une définition dépassée

Le laboratoire ayant le plus de publications sur ce sujet est à Liège, en Belgique. Le Coma Science Group étudie les crises d'épilepsie, les syncopes et les états provoqués par certaines substances. Il a créé une nouvelle échelle, la NDE Scale, qui prend en compte les expériences négatives contrairement à l'ancienne échelle Greyson.

Cette recherche est différente de l'hallucination, qui suppose des perceptions vécues les yeux ouverts, déconnectées du réel.

Le neurologue Steven Laureys, qui dirigeait ce laboratoire avant de rejoindre le Centre CERVO à Québec, est réservé face à l'hypothèse d'une conscience délocalisée du cerveau.

Tester avant d'interpréter

Le chercheur Sam Parnia, avec le neuropsychiatre Peter Fenwick, lance en 2002 puis en 2008 une étude dans 25 hôpitaux britanniques. Son idée est de mettre des images visibles uniquement depuis le plafond, pour vérifier si les patients qui sortent de leur corps peuvent vraiment les voir.

Sur 450 arrêts cardiaques recensés en un an, 65 patients survivent, et 7 gardent un souvenir de cette période où leur cerveau aurait dû rester inactif. Aucun ne rapporte être sorti de son corps ni avoir vu d’image cachée.

En 2015, son étude AWARE, menée sur 2 000 tentatives de réanimation, donne des résultats comparables. Sur 300 survivants, 7 rapportent une EMI et 2 disent avoir eu conscience de leur environnement. Un seul cas est vérifiable dans le détail, mais le patient ne reconnaît pas la cible visuelle cachée.

En 2019, les premiers résultats du projet AWARE 2 sont présentés. Sur 21 patients interrogés après un arrêt cardiaque de plus de 5 minutes, 4 rapportent des souvenirs explicites. Un sentiment de paix et de joie revient dans 95 % des cas, une lumière dans 86 %, un tunnel dans 59 %. Une seule personne sur 19 reconnaît correctement un son diffusé pendant sa réanimation, et aucune ne reconnaît le test visuel.

Sonia Barkallah propose une piste similaire. Filmer les salles d'attente des hôpitaux permettrait de vérifier les souvenirs rapportés par les personnes qui sortent de leur corps pendant une EMI. Ce protocole attend encore les autorisations nécessaires pour être lancé.

Elle distingue les faits qui ont pu être vérifiés, comme une perception à distance, et la preuve d'une vie après la mort. Ces deux questions distinctes appellent des méthodes de recherche différentes.

Vers une reconnaissance clinique

Le docteur Melvin Morse, pédiatre à Seattle, a consacré une étude entière aux enfants qui ont vécu une EMI. Il leur faisait dessiner leur expérience, des dessins où apparaissent nettement le tunnel, la lumière et leur corps vu depuis le plafond.

20 ans après ses premières recherches, ce phénomène d’EMI est encore difficilement accepté. « Je préfère de loin que ce soit la médecine qui s'empare du sujet plutôt que des sectes », affirme-t-elle. Les mouvements sectaires restent, selon elle, prompts à récupérer des personnes fragilisées en quête d'écoute.

CHIFFRE CLÉ

Des dizaines d'études

Le sujet est documenté par la recherche clinique depuis des décennies, à travers de nombreuses thèses de médecine et études menées dans le monde entier

En 2009, elle fonde avec le docteur Jean-Pierre Postel le Centre national d'étude et d'information sur la conscience. Elle veut fédérer une équipe pluridisciplinaire autour d'un comité scientifique.

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 20

Novembre 2026

Le numéro
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