Michel Diviné : osez demander de l'aide pour faire votre deuil

Osez demander de l’aide pour faire votre deuil.

Écrit par Sarah Diviné

Peut-être avez-vous, chez vous, une photo dans un tiroir que vous n'ouvrez plus ou retournée contre le mur. Ou un numéro que vous n'avez pas eu le courage d'enlever de votre téléphone. Vous attendez que le temps arrange les choses. Et pourtant, des mois plus tard, la même douleur revient intacte, au moindre déclencheur qui vous la rappelle.

Michel Diviné connaît cette douleur de l'intérieur. Orphelin de père à cinq ans, il est psychothérapeute depuis plus de vingt-cinq ans après une carrière dans l'ingénierie et l’informatique. Il accompagne aujourd'hui des personnes touchées par le deuil, en séances de constellations familiales et d'EMDR, pour qu'elles retrouvent la paix avec leur passé. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont 100 vies… 100 destinées (Éditions Guy Trédaniel), Sur le chemin de l'âme (Éditions du Phénomène), À chacun sa place (Encre), La communication bienveillante (Éditions Jouvence) et S'épanouir en 6 étapes.

Sa conviction, après des centaines d'accompagnements, est simple. Une blessure se cicatrise par la présence d’un professionnel qui vous accompagne, et non en attendant que cela passe avec le temps. Trois principes reviennent sans cesse, qu'il applique avec chaque personne qu'il reçoit.

LÂCHEZ CE QUI VOUS SEMBLAIT INDISPENSABLE

Qu'est-ce qu'un deuil ?

Un deuil, c'est accepter de lâcher quelqu'un ou quelque chose que vous croyiez indispensable à votre vie. Vous pensez que la disparition de cette personne serait la catastrophe. Et c’est ce qui arrive. Vous découvrez, souvent des mois plus tard, que vous pouvez continuer à vivre sans elle.

Une leçon qui se répète

Les personnes au chômage vivent une version de ce deuil. Elles font le deuil d'une responsabilité professionnelle. Elles doutent d'abord de ne pouvoir exister sans emploi. Puis elles se rendent compte qu'elles peuvent vivre sans. Chaque deuil suit ce même processus. Vous croyez d'abord ne jamais pouvoir vous en passer. Puis vous apprenez que vous pouvez. Cette leçon, répétée deuil après deuil, construit peu à peu votre capacité à traverser les suivantes.

FAITES-VOUS ACCOMPAGNER, CHANGEZ DE TRAJECTOIRE

Vous avez peut-être envie de rejoindre la personne décédée

Les étapes du deuil théorisées par Elisabeth Kübler-Ross, en particulier celle de la colère, ne correspondent pas à ce que Michel Diviné observe en séance. Pour lui, l'étape essentielle est la tristesse, parfois doublée d'une envie inconsciente de rejoindre la personne disparue.

La tristesse, quand elle est authentique, vous invite à demander de l'aide et à retrouver confiance dans la vie, plutôt qu'à vous en méfier.

« Je suis triste d'avoir perdu quelque chose. Et puis je passe de l'envie de rejoindre quelqu'un, pour dire non, je vis et je prends plaisir à vivre », résume-t-il. Se faire accompagner donne un nom à cette envie, plutôt que de la taire. Vous pouvez alors choisir, en conscience, de vivre le reste de votre vie.

Osez vous faire aider par un thérapeute

Consulter un thérapeute demande parfois plus de courage que d'en parler à vos collègues ou à vos proches. Osez franchir ce pas. Se faire accompagner, que ce soit par des constellations familiales ou par l'EMDR, est indispensable pour transformer un deuil en passage salutaire plutôt qu'en blessure qui s'installe.

Les constellations familiales cherchent à réintégrer les personnes exclues d'un système familial, un grand-parent au destin difficile, un enfant perdu, un partenaire précédent. Sans le savoir, vous pouvez porter le comportement ou la croyance de quelqu'un que vous n'avez jamais connu.

Michel Diviné cite le cas d'une personne qui avait peur de rouler sur l'autoroute. La constellation a révélé qu'un de ses ancêtres avait perdu un frère d'armes à la guerre en conduisant. La peur ne lui appartenait pas. Elle appartenait à une fidélité inconsciente envers son système familial.

Pendant la séance, un représentant se met à la place de la personne concernée et laisse venir des mouvements, des sensations, des mots, spontanément. Ces liens invisibles, une fois révélés, se dénouent. Vous pouvez alors être en paix avec le destin de vos ancêtres, avancer sur votre chemin avec plus de légèreté, et devenir plus orienté vie.

Cicatrisez votre traumatisme avec l'EMDR

L'EMDR utilise le mouvement des yeux ou de légers tapotements pour désamorcer la charge émotionnelle d'un souvenir douloureux. Le travail commence par accepter la mort de la personne, que ce soit par l'EMDR, l'hypnose ou les constellations familiales. Ensuite, tout dépend de ce que provoque le souvenir. Si une photo du disparu vous fait encore souffrir à la regarder, rangez-la le temps qu'il faut. Si elle vous ramène de bons souvenirs, laissez-la en vue, accompagnée d'une pensée de gratitude plutôt que de tristesse.

Un client de Michel Diviné vivait avec son frère. Après la mort de ce dernier, une amie fumeuse lui a un jour demandé une cigarette. Il lui a proposé celles de son frère, encore dans le tiroir. Michel Diviné lui a conseillé, « jetez tout ». Garder les objets d'un proche disparu à portée de main réactive la détresse, à chaque fois qu'on les croise.

Quand la tristesse dure et se transforme en colère, c'est le signal qu'il faut vous faire aider, une idée qu'il emprunte au thérapeute Bert Hellinger. Ce basculement est ce qui distingue un deuil qui suit son cours d'un deuil qui reste figé dans le passé.

CÉLÉBREZ SA VIE ET OSEZ AVANCER

Traverser un deuil, c'est aussi apprendre à honorer le destin de ceux que vous avez perdus, ou que vous pourriez perdre, plutôt que d'essayer de les sauver ou de les retenir malgré eux.

Un enfant perturbé se fait du souci pour ses parents

Un enfant a besoin de sentir ses parents proches de lui. Dès que l'un d'eux semble vouloir s'éloigner, même simplement pour vivre sa propre vie, l'enfant peut se sentir en danger, sans le comprendre lui-même. Certains vont, sans en avoir conscience, jusqu'à tomber malade pour garder l'attention du parent et le retenir.

Michel Diviné a reçu un père et son fils en constellation pour cette raison. Allongés tous les deux au sol, il a fait dire au père, « laisse-moi tranquille, j'ai envie de partir », et le fils répondait, « je ne veux pas ». En résistant, le fils essayait, sans le savoir, d'empêcher son père de se sentir libre de vivre, par peur de le perdre. Honorer le destin du parent, c'est accepter qu'il a le droit de vivre sa vie comme il l'entend, plutôt que vouloir le retenir ou le sauver malgré lui.

En prenant soin de vous, vous faites du bien à vos enfants

Il raconte aussi le cas d'un jeune homme de dix-huit ans, agoraphobe, dont la mère avait fait des tentatives de suicide. Michel Diviné lui a proposé un travail en EMDR sur la mort de sa mère, pour qu'il puisse arrêter de se faire du souci pour elle et vivre sa propre vie. Le jeune homme a refusé, préférant continuer à s'inquiéter.

C'est finalement la mère qui est venue se faire accompagner, et qui est allée mieux de son côté. Libéré de ce poids, le fils est parti voyager en Chine peu de temps après.

C'est l'exercice que Michel Diviné pratique lui-même. Sa mère a vécu jusqu'à quatre-vingt-seize ans. Il continue, toutes ces années plus tard, d'imaginer son père à ses côtés.

Clé pratique : honorer quelqu'un que vous avez perdu

  • Installez-vous au calme et imaginez la personne assise ou debout à vos côtés.
  • Remerciez-la intérieurement de l'avoir connue pendant toutes ces années, même si le compte est court.
  • Formulez la gratitude simplement, par exemple « je te remercie de t'avoir connu pendant tant d'années ».
  • Terminez par une phrase simple à voix haute ou intérieure, « je reste, je reste en vie ».
  • Revenez à cet exercice aussi souvent que nécessaire, la gratitude n'ayant pas de date limite d’utilisation.

Vous pouvez pleurer. Vous pouvez continuer à vivre. Les deux à la fois. Faites-vous accompagner. Devenez plus orienté vie. Laissez la vie reprendre sa place, à côté de ce que vous avez perdu, pas à sa place.

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 20

Novembre 2026

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