L'âme ne cherche pas le confort, elle cherche à vous faire grandir

Interview réalisée par Sarah Diviné

Avez-vous déjà eu cette sensation de vivre à côté de votre propre vie ? Cette impression qu'il existe en vous quelque chose de plus grand, de plus vrai, que ce que vous montrez au quotidien ? Cette petite voix qui vous souffle que vous n'êtes pas tout à fait en train de vivre la vie qui vous correspond ? Si ces mots trouvent un écho, c'est peut-être que votre âme cherche à se faire entendre.

Jenna Blossoms accompagne depuis plus de dix ans des personnes à se reconnecter à leur âme et à leur mission de vie. Sa conviction, au cœur de son nouveau livre À l'écoute de votre âme, bouscule les idées reçues sur la spiritualité, l'âme ne cherche pas le confort, elle cherche à vous faire grandir. On l'imagine souvent comme une source de paix et d'apaisement. Jenna raconte l'inverse, une force qui vous pousse hors de votre zone de confort, vers ce que vous n'êtes pas encore.

Elle nous livre les clés qu'elle a elle-même découvertes sur son propre chemin, semées d'exercices simples pour retrouver ce lien avec votre âme. Elle en parle avec Sarah Diviné.

CE QU'EST VRAIMENT L'ÂME

Comment définirais-tu l'âme, pour quelqu'un qui a du mal à se connecter à ce concept ?

C'est vrai que ça paraît un concept éthéré, difficile à saisir. Pour moi, l'âme est notre essence divine. Elle cherche à comprendre qui elle est. Elle explore, elle fait l'expérience d'elle-même, elle découvre son potentiel, et elle chemine vers ce qu'elle peut devenir. À un moment donné, un élan puissant l'a poussée à s'incarner sur Terre, pour vivre l'expérience concrète, faite de contrastes, de la vie terrestre.

Quelle est la différence entre l'âme et la personnalité ?

Notre personnalité n'est pas notre âme, même si elle peut en porter l'empreinte. Elle nous sert surtout à interagir avec le monde terrestre. Ce qu'on appelle l'ego, ou le petit soi, reste très utile. Avec une identité propre, on peut faire des choix et interagir avec le monde. L'évolution de l'âme suit une autre logique que celle de devenir meilleur ou de corriger ses défauts. C'est plutôt comme une fleur qui existe déjà en puissance dans la graine. Elle a simplement envie d'explorer ce qu'elle peut devenir.

UNE VOCATION QUI REMONTE À L'ENFANCE

As-tu toujours été connectée à ton âme ?

Oui, je peux affirmer que j'ai toujours eu cette conscience qu'il y avait quelque chose d'autre. C'était une quête très forte depuis que je suis petite. Très tôt, dès ma jeune adolescence, je me suis intéressée à des réflexions métaphysiques et spirituelles, à toutes les traditions du monde.

D'où venait ce soutien, cette ouverture, dans ta famille ?

Dans ma famille maternelle, chez les femmes, il y avait cette ouverture spirituelle, notamment parce qu'il y a eu beaucoup de deuils. Un de mes cousins est mort à vingt ans, et il devait être mon parrain. Il est décédé pendant que j'étais dans le ventre de ma mère. Après ça, ma grand-mère, qui avait déjà des capacités, a vu sa médiumnité s'activer très fortement. Mais c'était il y a vingt-cinq ans, et ce n'était pas un sujet qu'on abordait facilement, c'était très tabou, ancré dans une culture italienne où on parlait d'avoir le fluide, mais à voix basse. J'ai lu très jeune, vers treize ou quatorze ans, Le Livre des esprits d'Allan Kardec, que ma mère avait depuis toujours. Ça a été comme une résonance, enfin des mots pour ce que je vivais depuis longtemps.

LE MOMENT OÙ TOUT A BASCULÉ

Tu parles d'un moment clé à vingt ans. Que s'est-il passé ?

C'était la fin de mes études, j'étais en master, et je me sentais tirée entre deux mondes. Je voyais bien que j'étais en train de prendre un chemin très universitaire, humanitaire, presque politique. Et en même temps, il y avait cette part de moi très spirituelle, très intuitive, que je ne savais qu'en faire, et que je fermais, parce que dans le milieu universitaire, ça n'avait pas sa place. J'étais très triste, je me sentais vide à l'intérieur. Et puis il y a eu ce voyage en Inde, qui m'a beaucoup reconnectée. Ensuite, pendant une séance avec une thérapeute, pour la première fois, j'ai eu cet espace pour m'exprimer. Mon âme a vraiment parlé, il y a eu cette phrase qui a émergé, "je prends la responsabilité de ma mission d'âme". Je l'ai écrite sur un post-it, mon corps s'est mis à vibrer, j'ai eu chaud, comme un courant électrique qui me traversait.

Qu'est-ce que ça a changé concrètement dans ta vie ?

Mon intuition s'est rouverte, vraiment fois mille. J'étais réveillée toutes les nuits parce que j'avais des messages, j'avais un grand carnet à côté de mon lit et j'écrivais. Puis il y a eu un blog, que j'ai eu beaucoup de résistance à créer, mais que j'ai fini par partager, un tout petit peu d'abord, puis ça a fait boule de neige. Ensuite sont venues les vidéos. C'est un coming out spirituel, j'aime bien le dire ainsi, que d'annoncer qu'on va parler de ces thématiques-là.

POURQUOI L'ÂME NE CHERCHE PAS LE CONFORT

Pourquoi dis-tu que l'âme ne cherche pas le confort ?

Puisque l'âme a cette volonté si forte de grandir, d'explorer, de devenir plus que ce qu'elle n'est, elle va chercher à se confronter à ses propres limites, pas nécessairement à travers de grandes épreuves, mais pour devenir ce qu'elle n'est pas encore. Ça peut prendre la forme d'un projet professionnel qui laisse notre famille perplexe, ou d'une remise en question importante.

L'âme ne cherche pas le confort, elle va chercher à nous faire pousser des ailes.

Et parfois, ces ailes naissent d'une séparation, d'un deuil, d'une transition.

Comment sait-on si on est désaligné avec son âme ?

On le sent d'abord sur un plan intérieur, avec un manque de sens et d'épanouissement de manière générale. On peut se regarder dans le miroir et se demander qui on est devenu, quelle est cette vie qu'on a prise. Souvent, on réalise que nos choix ont été guidés par un besoin de sécurité, de statut social, ou par un conditionnement familial, plutôt que par nos parties les plus profondes. Ça ne veut pas dire que ce sont de mauvais choix, mais ça demande du courage de se regarder et de se dire que peut-être, cette vie s'est éloignée de qui on est vraiment.

Qu'est-ce que l'âme aime, alors, si ce n'est pas le confort ?

Elle aime vivre pleinement, elle aime aimer. Elle a des envies différentes de celles de l'ego. Elle a envie de dessiner, par exemple, non pas pour faire un magnifique dessin ou en tirer de l'argent, mais simplement parce qu'elle a envie de s'exprimer. L'âme est l'artiste de la vie. À chaque choix qu'on fait, elle met un coup de pinceau sur la toile. Quand on garde les rênes de la création pour soi, la toile reste peu colorée, et l'âme reste un peu déçue.

VIVRE EN ACCORD AVEC SON ÂME, AU QUOTIDIEN

Tu proposes un exercice appelé « l'œuvre d'âme ». En quoi consiste-t-il ?

C'est un exercice que j'appelle l'œuvre d'âme, un peu comme un tableau de visualisation, mais l'idée n'est pas de mettre une voiture ou ce qu'on veut manifester. C'est plutôt de se permettre, par le collage ou le dessin, de laisser l'âme prendre forme et s'exprimer, à l'instant présent. On peut se retrouver avec une image qui n'a a priori aucun sens pour nous, et qui pourtant nous parle. J'ai eu une personne en stage qui, sans comprendre pourquoi, avait collé des images liées à l'Inde. Elle y est partie quelque temps après, et ce voyage a été transformateur pour elle. Son âme le savait déjà.

Est-ce que notre âme a déjà choisi notre destin, ou avons-nous le libre arbitre ?

L'âme a de grandes idées de chapitres pour son incarnation, et surtout des intentions, par exemple développer son courage, ou guérir un lien avec quelqu'un. Pour que ces intentions se réalisent, elle choisit des circonstances de base, la famille, la culture, le corps. Ensuite, il y a des points de passage tout au long du chemin, une rencontre, un travail, un déménagement, où notre âme est comme magnétisée. Mais on peut résister à cet appel, ou s'ouvrir à lui. C'est là que le libre arbitre s'exprime pleinement, à travers nos choix.

Tu cites un livre sur les regrets des personnes en fin de vie. Pourquoi cette référence te touche autant ?

C'est un livre écrit par une personne qui a travaillé en soins palliatifs pendant des années.

J'ai vécu la vie que les autres attendaient de moi.

C'est le regret principal qu'elle a entendu, encore et encore, chez les personnes en fin de vie. On est souvent plus proche de son âme au moment de la naissance et au moment de la mort, parce qu'on se détache du matériel. Ce qui est magnifique, c'est de ne pas attendre d'être sur son lit de mort pour se poser ces questions.

Un dernier message pour celles et ceux qui veulent se reconnecter à leur âme ?

Un mot qui me vient, c'est oser. On pense souvent qu'oser, c'est faire un truc qui nous fait peur. Mais l'âme nous invite justement à ça. Alors la question à se poser, c'est où est-ce que je sens que je suis invité à oser, et où j'ai plutôt de la résistance. Ça peut être un projet, une conversation, s'habiller différemment, ou simplement être honnête avec soi-même.

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 20

Novembre 2026

Le numéro
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