Virginie Robert : si les défunts reviennent, c'est pour régler quelque chose
Interview réalisée par Julie Destouches


Virginie Robert est médium depuis vingt-six ans. Un accident de voiture, à l'âge de vingt ans, a ouvert chez elle une capacité à entendre, puis à accueillir les défunts. Elle a aujourd'hui quarante ans, et a passé la décennie qui a suivi son accident à apprendre à distinguer ce qui relevait d'un vrai message de ce qui n'en était pas. Elle a publié plusieurs livres aux éditions Le Duc, dont Conversations avec l'au-delà, sur ce qui se passe au moment de la désincarnation, et son dernier livre, Je me libère des mémoires familiales et karmiques, né après le décès de sa grand-mère et la révélation de secrets de famille. Elle en parle avec Julie Destouches.

Une vocation née d'un accident
Comment as-tu découvert que tu étais médium ?
À l'âge de vingt ans, j'ai eu un accident de voiture. À mon réveil à l'hôpital, j'ai commencé à entendre des voix. Pendant un moment, tu te demandes si tu es devenue folle, tu te tais parce que tu as peur de finir dans le service de psychiatrie à côté. En fait, avant que les défunts prennent de la place, c'est d'abord mon guide qui s'est présenté. Il m'a guidé, et il continue de le faire aujourd'hui. Pendant à peu près dix ans, j'ai testé énormément de choses. Je suis allée à l'encontre de ce que je recevais comme message, j'ai fait beaucoup d'erreurs volontaires, pour pouvoir vraiment faire confiance aujourd'hui à cent pour cent à ce que je reçois.
Mais ton premier contact avec l'au-delà remonte à avant cet accident, non ?
Oui, le jour où mon père est décédé, je l'ai eu dans ma chambre. J'avais dix-sept ans, donc c'était avant l'accident. Comme si on m'avait préparée à ça. Le téléphone sonne chez moi, ma mère décroche, et moi je suis assise par terre dans ma chambre. Mon père s'invite à ce moment-là, il y a un échange, une étreinte, et je comprends qu'il est délivré. Il avait eu un parcours de vie difficile, il s'était retrouvé à la rue, il était alcoolique. Ce que je retiens, c'est ce sentiment de délivrance. Il va bien, il est en paix. Ça m'est resté tout au long de ma vie, cette certitude que le corps physique s'arrête, mais que la conscience continue.

Ce que les défunts viennent vraiment faire
On imagine souvent la médiumnité comme le fait de recevoir un message d'un défunt qu'on a soi-même sollicité. C'est ta pratique ?

Non, c'est même l'inverse. Les défunts s'invitent à moi, mais ils ne viennent pas dire coucou, tout va bien, je suis passée de l'autre côté. Non, c'est à chaque fois pour régler une problématique avec la personne que j'ai en consultation. Je ne fais pas de séance individuelle en médiumnité où les gens viennent avec une photo pour demander un message de leur défunt. C'est dans les séances que je fais pour d'autres raisons qu'un défunt s'invite, pour venir déverrouiller quelque chose. Je trouve ça beaucoup plus beau, et ça a plus de sens.

Une capacité qui appartient à tous
Est-ce que cette capacité à communiquer avec les défunts est réservée à certaines personnes ?
Non, pour moi, on est tous médiums. On a tous des ressentis, des sens qui peuvent se développer. Certaines personnes ont ce chemin de vie pour aider d'autres personnes, mais nous avons tous ces capacités au départ. Ce qui change, c'est la façon dont elles s'expriment. Certains vont ressentir dans le corps, d'autres vont entendre, d'autres vont voir. Le plus important, c'est d'abord d'apprendre à se connaître.

Le travail sur soi joue un rôle dans cette capacité à communiquer ?
Complètement. Il y a cette aptitude à écouter, à développer, et il y a en parallèle notre part humaine, avec ses failles, ses fragilités, ses forces. Plus tu travailles sur toi, plus tu libères certaines choses, et plus la communication devient fluide. C'est une histoire de travail sur soi, pas d'aptitude. Et c'est important, parce qu'un défunt qui se manifeste vient pour régler une problématique.
Ce qui pèse sur l'âme, et comment l'alléger
On compare parfois ton rôle à celui d'une psychologue, mais pour les morts. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
Quand un défunt se présente à moi, ce n'est presque jamais pour dire que tout va bien. Ça représente à peine cinq pour cent des séances. La plupart du temps, c'est parce qu'il y a quelque chose sur la conscience, un mensonge, une culpabilité, un regret, et l'âme a besoin que ça se règle pour pouvoir cheminer. Je prends le cas des personnes qui se sont suicidées, c'est souvent très lourd. Mais avec les défunts, la communication est simple. Ils sont directs, ils disent clairement la problématique. Avec le monde des vivants, c'est bien plus compliqué.

Qu'est-ce que tu as appris sur le deuil, à force d'accompagner ces échanges ?
Qu'on est triste parce que la personne nous manque physiquement, mais que le lien reste, à un autre niveau, dans le cœur. Pour traverser un deuil plus apaisé, l'idéal c'est de se dire que oui, la personne va nous manquer, mais que le lien continue et qu'on peut continuer à envoyer de l'amour. Ce qui rend un deuil plus compliqué, c'est la colère ou la rancœur, le fait d'en vouloir au défunt d'être parti. Ça part souvent dans des proportions qu'on sous-estime largement.
Tu dis souvent qu'il n'y a pas de hasard. Qu'est-ce que ça change dans ta pratique ?
J'en suis vraiment convaincue, il n'y a pas de hasard, et tout est communication. L'être humain est un communicant à la base. On a souvent le réflexe de demander pour les autres, jamais vraiment pour soi. Quand je m'adresse à mes guides ou à mes défunts, ce n'est pas leur demander ce qu'ils peuvent faire pour moi. C'est plutôt pour formuler une demande claire, précise et comment ils peuvent me guider et m’orienter.

Pourquoi penses-tu que la mort reste un sujet aussi tabou ?
Parce qu'elle fait peur. L'heure et les circonstances restent toujours inconnues, et c'est souvent ça qui inquiète le plus. Moi, à l'inverse, j'aime la mort, ça me met en joie, parce que je sais que ce n'est que la fin de notre enveloppe corporelle. La mort fait partie de la vie, un peu comme un divorce ou un déménagement sont eux aussi des deuils à traverser. Je pense que la vie nous enseigne déjà, à travers ces petites pertes, à nous préparer à cette autre expérience. Je suis devenue bénévole dans une association qui accompagne les gens en fin de vie. En parallèle, j’accompagne les familles à traverser un deuil plus sereinement.

Vivre avec la médiumnité
Peut-on communiquer avec un défunt sans même s'en rendre compte ?
Oui, complètement. Le sommeil, par exemple, c'est là où on est le plus réceptif, sans barrière ni résistance. Une vague émotionnelle soudaine, en pensant à quelqu'un qu'on a perdu, peut être une façon pour lui de nous faire savoir qu'il est là. Ça peut être une odeur, un oiseau qui se pose sur le bord d'une fenêtre. Ce sont parfois des signes qu'il faut apprendre à écouter. Mais l'être humain a peur de tout ce qui est inconnu, et il se coupe de cette communication avec les personnes qu'il aime et qu'il a perdues.
Comment décrirais-tu ce qui se passe dans l'au-delà ?
C'est un monde qui est joyeux, il n'y a pas de règles comme ici. Ce qui est difficile pour eux, c'est de laisser leurs proches en bas, ça les attriste. J'ai eu une fois un défunt qui avait mis fin à ses jours, complètement anéanti par sa vie, et pourtant il est en paix. C'est magnifique. La peur disparaît presque toujours une fois qu'ils sont passés, même quand leur mort a été difficile. La seule chose qui peut rester, c'est une prise de conscience dure à faire, mais ils sont contents de la traverser. Il n'y a pas non plus la notion de temps.

Comment abordes-tu ce sujet quand tu le transmets, en formation ou en ligne ?
J'essaie de donner un maximum de choses avec un peu de fun et de légèreté, et parfois des punchlines, parce que je pense qu'on en a réellement besoin aujourd'hui. C'est un sujet qui reste hyper apprenant, et c'est ce qui me plaît dans le fait de l'enseigner aussi.
Depuis vingt ans que tu vis avec cette aptitude, comment en prends-tu soin ?
Je travaille sur moi. C'est un chemin continu. Plus tu libères des choses en toi, plus la communication devient fluide, et plus les défunts peuvent se manifester à toi. C'est une aptitude qui se cultive sans cesse, à travers le travail, encore et encore.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.














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avec Virginie Robert, et sur le même sujet












