Réinventer son couple : transformez les obstacles en opportunités

Vous arrive-t-il de vous disputer pour des détails qui semblent insignifiants ? De vous sentir incompris malgré l'amour que vous portez à votre partenaire ? Ou encore de vous demander pourquoi certains sujets reviennent sans cesse créer des tensions dans votre couple ?

Et si ces "petits" conflits révélaient en réalité des besoins profonds non exprimés ?

Chaque couple développe ses propres règles de fonctionnement, souvent héritées de nos familles d'origine ou construites au fil des expériences. Mais quand ces règles implicites se heurtent, quand nos besoins personnels ne trouvent plus leur place, c'est tout l'équilibre de la relation qui vacille.

La bonne nouvelle ? Ces points de friction, loin d'être des fatalités, sont en réalité des opportunités précieuses pour mieux se comprendre et renforcer votre complicité. À condition de savoir les déchiffrer...

Des règles de couple

Sans même nous en rendre compte, nous créons des règles pour répondre à deux besoins essentiels : nous sentir en sécurité et maintenir l'harmonie. C'est rassurant de savoir "comment ça fonctionne" dans notre foyer !

Le problème ? Nous reproduisons souvent automatiquement ce que nous avons vécu dans notre famille ou ce que nos expériences passées nous ont enseigné. Chacun arrive dans le couple avec son mode d'emploi personnel, souvent inconscient.

Reconnaissez-vous certaines de ces règles familières ?

  • L’enfant doit obéir aux parents et ranger sa chambre.
  • L’harmonie prime sur les conflits.
  • Les vacances se passent en famille. Il faut passer une semaine en vacances dans la maison familiale.
  • Il est interdit de manger du porc.
  • Il faut manger du poisson le vendredi.
  • Il faut finir son assiette.
  • Il faut avoir de bonnes notes à l’école et savoir jouer d’un instrument de musique.
  • Les gros mots sont interdits et il faut demander la parole aux repas.
  • Il faut se coucher tôt.
  • La femme est responsable du malheur de l’homme
  • L’homme est responsable du malheur de la femme
  • L’homme doit deviner les besoins de sa femme
  • La femme doit deviner les besoins de son mari
  • Le couple est libre / pas libre.

Des besoins de couple

Plus l’on avance en âge, plus les besoins d’équilibre entre les membres du système et de célébrer la vie prennent le dessus sur le besoin d’appartenance, comme si l’empathie et le destin de chacun prenait le dessus sur la règle. C’est pourquoi chacun peut alors prendre conscience de ses besoins en fonction de « points de friction ».

Quelques besoins personnels, relationnels et spirituels

Quand des besoins personnels, tels que s’aimer tel que l’on est ou se sentir en vie, ne sont pas remplis, ils peuvent engendrer des comportements enfantins mettant le couple en péril quand l’un réclame plus qu’il ne donne, et rend son compagnon responsable de son état.

Par exemple, une personne « dévalorisé » à son travail peut compenser dans son couple et réclamer à son conjoint d’être vu ou entendu car il a du mal à se sentir en vie ou s’aimer tel qu’il est. Il peut aussi vouloir se reposer sur ses enfants pour qu’ils réussissent mieux que lui et ne pas supporter leurs notes rapportées de l’école.

Les besoins relationnels les plus courants à satisfaire dans un couple sont l’empathie et l’équilibre.

L’empathie passe par l’absence de jugement et l’équilibre par l’énergie que chacun met au service de la relation ou de la famille, du temps passé à faire les courses, le linge, le repas, le ménage, le jardin…

L’empathie permet de tolérer un déséquilibre passager pour celui qui donne et de se sentir coupable pour celui qui reçoit. Si ce déséquilibre persiste, une compensation peut s’envisager pour le rétablir.

Deux besoins en particulier, l’ordre et le respect mutuel, demandent à être explicités et leur niveau de satisfaction peuvent fortement dépendre de chacun.

Enfin, des besoins spirituels tels que célébrer la vie et lui donner du sens sont couverts dans le cas d’activités au service du couple ou de la vie, comme d’avoir des projets communs, des moments passés ensemble ou des enfants.

Quelques stimuli : comportements et déclarations

Les stimuli, les points de friction, sont une mine d’or si vous voulez que votre couple perdure ou se sépare en pleine connaissance de cause. Ils comprennent comportements et déclarations, ce que la personne fait ou dit. Vous pouvez aussi ajouter ce que la personne n’a pas fait ou n’a pas dit si vous êtes à court de stimuli.

Voici des exemples de comportements de B que A a du mal à supporter

Voici quelques comportements issus de séances de médiations et les besoins insatisfaits par le conjoint :

Fait

Besoin du conjoint insatisfait

B regarde dans mon téléphone

Intimité

B a une relation extra conjugale

Confiance, stabilité émotionnelle

B invite quelqu’un à la maison sans me demander l’avis de A

Harmonie, paix, stabilité émotionnelle

B laisse la vaisselle dans l’évier

Ordre, paix, équilibre

Quand la baignoire est « sale » après un bain de B

Ordre, paix, équilibre

B fume en soirée

Célébrer la vie, respirer sainement, prendre soin de sa santé

On se dispute devant les enfants

Harmonie

Le temps consacré à la famille est inférieur à celui consacré par A

Équilibre

B se met en colère

Sécurité émotionnelle

B pleure

Célébrer la vie, clarté

B ne désire plus faire l’amour

Plaisir physique

B désire faire plus l’amour

Liberté de choix

B passe 3 heures sur Internet en soirée

Célébrer la vie

B ne fait pas le lit le matin

Ordre

B roule à plus de 210 km/h en voiture

Sécurité

B sent des pieds

Respirer sainement

Exemple concret : Marie se sent envahie quand Paul fouille dans son téléphone « par curiosité ». Derrière cette irritation se cache son besoin d'intimité non respecté. En identifiant ce besoin, elle peut exprimer clairement :  « J'ai besoin de préserver mon intimité. Comment c'est pour toi quand je te dis cela ? »

Passons au verbal.

Voici quelques déclarations qui peuvent être difficiles à supporter.

Avec des suggestions de besoins insatisfaits pour celui qui les reçoit.

Parole dite

Besoin du conjoint insatisfait

Je veux que tu partes

clarté de l'objectif

Je me barre demain

Sécurité émotionnelle

Tu es une malade

Empathie

Il faut arrêter

Paix

« tu es… » devant les enfants »

Harmonie

Une personne critique ses beaux parents

Paix, clarté

Je lui demande de m’aider et il ne le fait pas

Empathie

Il se plaint, me dit que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue

Célébrer la vie, donner du sens à sa vie

Il me dit qu’il va débouler ses chaussettes mais ne le fait pas

Préserver son temps

Confiance

Tes parents ont tout fait pour me détruire

Harmonie, respect mutuel

Je ne te crois pas

Connexion

Philosophie « Dieu est mort »

Clarté, célébrer la vie

Il me dit : je m'en fous, cela ne m'intéresse pas.

empathie

Il parle d’un sujet qui ne m’intéresse pas

Légèreté, apprentissage, plaisir

Exemple concret : Quand Thomas dit à Sophie « Je m'en fous, ça ne m'intéresse pas » en plein milieu de son récit de journée, Sophie se sent frustrée. Son besoin d'empathie n'est pas nourri. Elle pourrait lui dire : « J'ai besoin d’empathie quand je te partage ma journée. Peux-tu m'accorder quelques minutes pour en parler ? »

5 solutions pour avancer

Que faire de tous ces trésors ? Comment réagir à chaud ou à froid ? La Communication NonViolente (CNV) préconise de prendre du temps et que chacun reformule le besoin de l’autre pour rétablir la connexion. Ensuite seulement de rechercher des solutions. Voici quelques suggestions.

Savoir réagir sur le moment 

La CNV suggère de mentionner le besoin et d’effectuer une demande « J’ai vraiment besoin de me sentir en sécurité en voiture. Peux-tu ralentir ? » Elle peut aussi rétablir la connexion par un contact convenu préalablement : A dit « j’ai peur » en touchant B.

Mentionner son niveau de stress ou indiquer son niveau émotionnel permet de revenir dans l’instant présent sans porter de jugement sur le comportement ou la déclaration en cours. Ainsi, vous pouvez dire « c’est trop pour moi » ou « je suis stressée à 7/10 » sans rendre l’autre responsable de son état.

Si vous êtes en paix, et à cette condition seulement, vous pouvez faire des suggestions et dire « tu as besoin d’un moment de paix ? » si votre interlocuteur est en colère ou convenir auparavant qu’il indique son niveau de colère pour savoir si la discussion peut être poursuivie ou non.

Quand A critique B

B dit « j’ai besoin d’empathie » ou « je fais de mon mieux »

Quand « le ton monte »

Chacun peut dire « J’aimerais revenir en paix avant de continuer à échanger » ou « j’aimerais qu’on soit en paix tous les deux avant de continuer à échanger »

Parler en meta

Parler en « meta » signifie décrire le processus en cours sans entrer directement sur le sujet. Par exemple, au lieu de dire « j’ai besoin ou laisse-moi en paix », vous dites « j’aimerais discuter avec toi d’un de mes besoins essentiels. Serais-tu ok d’aborder le sujet, maintenant ou plus tard quand tu seras disponible ? »

Vous pouvez aussi le faire en cherchant le besoin de votre interlocuteur. « J’ai l’impression que tu es stressé actuellement. Entre 1 et 10 à combien es-tu tendu maintenant ? » Puis vous pouvez dire «  Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? »

Vous pouvez également parler en méta à la fin de la communication. « J’ai été contente d’échanger avec toi sur nos besoins respectifs, même si nous n’avons pas encore trouvé de solutions » ou « je suis triste de ne pas pouvoir t’aider quand tu stresses ».

Dans les deux cas, cela permet d’établir ou de rétablir la communication.

Célébrer la vie 

En créant des espaces de dialogue réguliers où vous pourrez à la fois célébrer ce qui fonctionne et résoudre ensemble vos difficultés.

Faire des points réguliers

Pour avancer, programmez régulièrement des moments à deux où vous pourrez analyser vos points de friction et faire appel à votre créativité pour les transformer en opportunités.

Dans un premier temps, il est préférable de passer par un spécialiste des besoins pour les identifier et pour favoriser un climat de connexion propice pour qu’il arrête la conversation quand une personne stressée parle « sur » l’autre, quand elle la rend responsable de son état. Il à la fois de l’empathie et de la méthode pour transformer ces points de friction en opportunités de communication et de croissance.

Ces sessions sont destinées à réactualiser les solutions envisagées et les changer si la mise en pratique n’a pas été une réussite.

Partager ce qui enrichit votre vie

Trop souvent, nous nous concentrons sur ce qui ne va pas en oubliant de valoriser ce qui enrichit notre relation. Pourtant, commencer par la gratitude crée un climat de confiance propice au dialogue.

Partagez ce que la personne a fait dans le passé pour enrichir vos besoins et ce que vous aimeriez qu’elle fasse à l’avenir.

« Hier, tu as rangé toute la cuisine et cela m'a apporté beaucoup de soutien après ma journée fatigante. Grâce à toi j’ai pu me reposer »

« Et j'adorerais que nous puissions programmer une soirée par semaine rien qu'à nous deux, sans téléphone, pour nourrir notre besoin de connexion. »

Cultiver l’empathie 

Être empathique ou non violent verbalement consiste à préciser éventuellement l’observation (O), son état du moment, ce que l’on ressent (en indiquant son niveau de sensation) (S) et, surtout, à mentionner le besoin (B) sous-jacent et de terminer par une demande (D) pour préciser comment l’autre peut enrichir notre vie en remplissant le besoin. Les étapes clés sont « 

  • Faire la liste des événements qui ont mis en colère chacun des deux, que ce soit dans le couple ou en dehors du couple en indiquant son niveau de colère.
  • Commencer sa demande par « J'aimerais… » J’aimerais discuter avec toi pour que tu puisses m'aider à gérer ma colère pour être en paix.

Voici deux exemples de solutions prenant en compte les besoins de chacun :

  • Quand A a envie de parler et que B a besoin de tranquillité, B peut lui dire : « j’ai envie d’être tranquille ». A peut aussi exprimer son besoin d’échange en le précisant à B qui peut répondre qu’il n’a pas envie de parler.
  • Si A a prévenu B qu’il irait au lycée et qu’il ne le fait pas et s’il oublie de prévenir A, il peut lui dire « c’est vrai que j’aurais du te prévenir » pour remplir le besoin de respect mutuel de B.

5. Proposer ou demander des compensations éventuelles

Certains événements donnent lieu à un déséquilibre permanent, comme dans le cas de relation extra conjugale, de paiement de formation à l’autre sans être remboursé, de changement d’orientation sexuelle d’un des deux. Dans ce cas, il y a deux solutions, la compensation… ou le départ de celui qui ne peut compenser.

Se séparer ou non

L’empathie est indispensable et le couple peut se séparer quand la relation est déséquilibrée, quand l’un des deux ne désire pas en donner ou apprendre comment en donner.

Il arrive que la séparation soit actée dans le cas où un besoin fondamental de l’un ne puisse pas être en accord avec le comportement de l’autre. Si l’un des deux a un comportement morbide tel que le jeu, l’alcoolisme ou fume et ne veut pas s’arrêter, cela met en péril le besoin de célébrer la vie de l’autre. De même si l’un veut une stabilité émotionnelle qu’il ne peut obtenir si son partenaire a une relation extra conjugale qu’il ne veut pas arrêter.

Avancer dans la vie est aussi un besoin essentiel qui peut ne pas être rempli quand l’un demande de « l’engagement » et l’autre veut rester libre.

En conclusion : célébrer la vie ou lui donner du sens

La vie de couple crée un système comprenant des règles de vie où l’empathie est primordiale. De plus, elle implique une célébration de la vie de tous les instants, surtout dans le cas d’enfants qui remettent naturellement en question les règles de chacun. S’embarquer dans cette aventure demande de l’apprentissage et de la méthode. La CNV de Marshall Rosenberg donne des pistes de transformation à toute personne désireuse d’avancer et d’investir de l’énergie dans cet apprentissage pour oser aborder des sujets délicats et les transformer en opportunités.

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 9

Septembre 2025

Le numéro
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