Comprendre l'emprise pour s'en libérer : le pouvoir des neurosciences
Vous avez le sentiment de ne plus être vous-même dans votre relation, comme si votre capacité à penser clairement vous échappait ? Vous vous demandez pourquoi vous restez, pourquoi vous revenez, alors qu'une partie de vous sait que quelque chose ne va pas ? Peut-être vous êtes-vous déjà entendu dire « tu exagères », « tu es trop sensible », au point de douter de votre propre perception de la réalité ?
Si ces mots résonnent douloureusement en vous, sachez que ce n'est pas une question de faiblesse ou de manque de volonté. La science le prouve désormais : l'emprise laisse une marque visible dans le cerveau et fonctionne comme une véritable addiction.
C'est ce que révèle le Dr Pascale Michelon, docteure en neurosciences et psychologue, dans son nouvel ouvrage Mon cerveau sous emprise (Éditions Leduc, parution en février 2026). Après une carrière dans la recherche scientifique aux États-Unis, elle exerce aujourd'hui en cabinet à Genève. Déjà autrice de Au cœur des cerveaux hauts potentiels et hypersensibles, elle propose ici une approche innovante et déculpabilisante : comprendre les mécanismes cérébraux à l'œuvre dans les relations d'emprise – tant du côté des victimes que des auteurs – pour enfin s'en libérer grâce à la plasticité neuronale.
Retrouvez son univers sur son site (https://synoxy.com/).
Qu'est-ce que l'emprise exactement, et en quoi se distingue-t-elle d'une relation simplement conflictuelle ou déséquilibrée ?
Réponse 200 à 250 mots
Une relation saine entre deux personnes est une relation dans laquelle chacun respecte les besoins fondamentaux de l’autre, en particulier ses besoins de se sentir en sécurité et d’être reconnu comme un être de valeur. Dans une relation conflictuelle ou dysfonctionnelle, il peut arriver qu’une des personnes prenne momentanément l’ascendant sur l’autre, qu’elle essaie de le plier à sa volonté ou soit malveillante avec elle. Un auteur d’emprise va plus loin car dans son fonctionnement l’autre est un objet qui lui permet de satisfaire ses propres besoins. Il déploie alors tous les moyens en son pouvoir pour que sa cible accède à ses désirs ; que ce soit par la séduction, l’apitoiement, le marchandage ou par la force, le mensonge, la confusion, le dénigrement et le contrôle.
Les neurosciences montrent que les personnes susceptibles d’être auteurs d’emprise, comme celles qui souffrent de troubles narcissiques ou de psychopathie, ont des capacités d’empathie différentes de la norme. Leur empathie émotionnelle est fortement réduite : elles ressentent peu les émotions d’autrui et ne sont pas sensibles à leur souffrance. En revanche, leur empathie intellectuelle est intacte : elles comprennent bien les pensées, les besoins et émotions des autres. C’est cette dissociation qui leur permet de manipuler leur cible : elles savent comment séduire puis faire du mal, sans ressentir pour autant la souffrance causée. C’est ce qui leur permet de briser psychologiquement leur cible pour mieux la contrôler. Une réalité difficile à comprendre lorsqu’on est pourvu à la fois d’empathie intellectuelle et émotionnelle.
Vous expliquez que l'emprise fonctionne comme une addiction : quels mécanismes cérébraux expliquent qu'on reste malgré la souffrance ?
Réponse 200 à 250 mots
Au début de la relation, l’auteur d’emprise (qui peut aussi bien être un homme qu’une femme) détecte les besoins de la personne qu’il cible et tente de la satisfaire à 100%. Si elle a besoin d’aider autrui, il se présente comme une malheureuse victime, si elle a besoin d’être rassurée, il sera fort protecteur, si elle a besoin de douceur, il sera attentionné, etc. De cette façon, toutes ses actions activent le système de récompense du cerveau de sa cible, qui sera alors baigné de dopamine. Celle-ci va vivre une satisfaction et un plaisir intense. Or le système de récompense est activé par tous les plaisirs : de la drogue, au chocolat en passant par la reconnaissance et l’amour. C’est pour cela que par la suite, se priver d’une relation qui peut donner autant de plaisir sera très compliqué, comme dans toute addiction. C’est aussi pour cela que, dans un tel contexte de plaisir démultiplié, les premières violences psychologiques paraissent négligeables.
Une fois la dépendance installée, le contrôle, le dénigrement, la violation constante des besoins de l’autre et la négation de ses émotions installe un climat de stress permanent. Le niveau de cortisol (hormone principale du stress) est trop important et finit par modifier le fonctionnement cérébral de la personne ciblée. Son amygdale, qui contrôle ses réactions de peur et de vigilance, est en suractivité. A l’inverse, son cortex préfrontal qui permet de prendre du recul et de raisonner objectivement est moins actif. Ses capacités mnésiques diminuent également. Ces changements cérébraux aboutissent à un état de confusion mentale dans lequel le doute, la peur, la honte et l’incompréhension dominent. Des stratégies de survie de type passivité et soumission finissent par prendre le dessus. Dans un tel contexte, prendre la décision de quitter l’auteur d’emprise devient très difficile.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.






En vidéo
sur le même sujet : émotions & relations



