Patricia Dupuis : comment oser dire non

Avis d’expert – patricia dupuis
Comment oser dire « non » ?
Dans un monde hyperconnecté où les sollicitations se multiplient, savoir dire "non" est devenu une compétence cruciale pour toute personne en quête d'équilibre. Pourtant, entre la peur de décevoir, l’envie de bien faire, la quête de reconnaissance et le besoin d'être aimé, nombreux sont ceux qui s'épuisent à dire "oui" à tout, sacrifiant leur énergie sur l'autel de la performance/ l’hyperdisponibilité.
Cofondatrice de SuccessTransition avec sa sœur jumelle, Patricia Dupuis est experte en transition professionnelle, humaine et stratégique, leadership agile et communication assertive. Avec plus de 20 ans d'expérience, elle a accompagné plus de 12 000 personnes en quête de sens vers un équilibre entre ambition et bien-être, et mené près de 3000 interventions dans des organisations de toutes tailles.
Quels conseils donnerais-tu pour réussir à dire non tout en gardant de bonnes relations avec les autres ?
J’ai tellement de clés à partager… Je vais dire OUI à trois incontournables, simples et puissants.
1. La clarté. Dire non commence par savoir à quoi vous dites un grand OUI. Oubliez le non défensif. Pensez plutôt : "Je choisis ce qui compte vraiment pour moi". Enfilez les lunettes de la clarté — rose, jaune, turquoise… selon vos élans ! Ce regard nouveau permet de poser une limite saine. Le non devient un espace que vous créez pour respecter vos besoins, vos priorités, vos envies (ce qui vous met en vie) et votre vitalité. Dire non, ce n’est pas rejeter l’autre, c’est se choisir avec conscience.
Nous pouvons rester connecté.e à l'autre tout en étant fermement connecté.e à soi.
2. L’art de la forme. Nous pouvons dire non avec douceur, sourire, et fermeté. L’assertivité, chère à Dominique Chalvin (L’affirmation de soi, Éd. ESF), vous aide à sortir des pièges de la soumission ou de l’agressivité. Elle rejoint la communication non violente : s’exprimer en "je", en lien avec ses besoins, avec respect pour soi et pour l’autre.
Formuler un non assertif, c’est pouvoir dire :
- Merci pour ta demande, ce n’est pas possible pour moi cette fois-ci.
- Je comprends ton besoin, je ne peux pas m’engager, mais je te souhaite de trouver le bon soutien.
Oubliez les longues justifications ! Un non sincère, dit avec respect et surtout avec assertivité, d’adulte à adulte, est bien plus puissant qu’un oui donné à contrecœur.
3. L’entraînement. Apprendre à dire non, c’est comme muscler sa posture intérieure. Respirer avec soi, pour mieux respirer avec les autres. Parfois cela prend du temps… et un peu de courage au début. Bonne nouvelle : il n’est jamais trop tard pour se respecter.
Quelques affirmations à cultiver :
- Je me présente tel·le que je suis, sans dissimuler mes émotions.
- Je défends mes droits tout en respectant sur ceux des autres.
- Je sais protester efficacement, sans agressivité excessive.
Dire non, ce n’est pas rompre le lien, c’est le rendre plus vrai !
Dans quelles situations, selon toi, est-ce le plus difficile de dire non ?
Ce qui rend la chose complexe, c’est rarement le non lui-même… mais l’affect derrière la relation.
Refuser une demande dans une relation, qu’elle soit personnelle ou professionnelle, active en nous de vieux schémas par exemple de loyauté ou des peurs : du conflit, de blesser, d’être critiqué·e, de déplaire... Le souci, c’est que ces réactions reposent sur ce que nous pensons que l’autre attend de nous. Et ça, c’est piégeux.
Notre histoire, nos valeurs, nos filtres culturels façonnent notre manière de réagir. Les sphères professionnelles n’échappent pas à cette difficulté. Les mythes du "toujours disponible" ou du "je suis compétent·e, je gère tout" persistent, et refuser peut sembler compromettre notre statut ou notre sécurité. Or, c'est souvent le premier pas vers l’épuisement ou le surmenage. Et si poser une limite était une preuve de maturité professionnelle, et non une menace…
Voici quelques signaux à observer :
- Je dis souvent oui alors que je voudrais dire non.
- J’ai le souci de ne pas importuner les autres ou de me faire mal voir.
- Je suis serviable et facile à vivre.
Ces comportements révèlent un manque d’affirmation de soi. L’objectif n’est pas de se coller une étiquette, mais de s’observer avec bienveillance.
Oser dire non, c’est déconstruire ces comportements. C’est passer d’un réflexe automatique à une réponse consciente. C’est dire à l’autre : je te respecte assez pour être honnête avec moi.
Y a-t-il un moment où tu as dit non, et dont tu es particulièrement fière ?
Je vais revenir sur une situation qui inspirera certainement beaucoup d’entre vous
C’était à l’époque où j’étais encore salariée. Je devais remettre un document à une collègue administrative. En arrivant, j’ai senti qu’elle avait envie de parler de ses soucis, sans formuler de demande claire. Elle avait l’habitude de s’exprimer de manière détournée, espérant que je devine ses besoins et propose mon aide, comme je le faisais souvent.
Cependant, ce jour-là, j’étais dans une autre énergie : centrée, sereine, engagée dans mes projets et mes activités. J’ai simplement acquiescé… et je suis repartie.
Elle m’a suivie, continuant à parler. Arrivées devant mon bureau, elle m’a regardée et m’a dit : "Tu as changé" avec un regard critique. Elle avait raison : Je ne répondais plus "oui" aux attentes implicites et je n’avais pas ressenti d’émotion à sa remarque, ni de culpabilité. J’étais calme, posée et elle est repartie avec cette même énergie.
Ce non implicite et aligné a marqué une étape précieuse dans mon parcours. Il m’a rappelé qu’une limite claire, même discrète, sans confrontation directe, peut être puissante. Elle peut protéger l’essentiel : l’estime de soi et la qualité de la relation.
Aujourd’hui, j’accompagne les personnes qui veulent s’autoriser cette liberté : celle de dire non avec justesse pour vivre des relations vraies et équilibrées. Et, cela commence toujours par s’autoriser d’être pleinement soi.
Apprendre à dire non, c’est retrouver une forme d’authenticité, et avec elle, un respect de soi, des autres, et du lien durable.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.




