Votre cerveau vous dirige. Et si vous repreniez le volant ?
Quatre clés pour le reprogrammer



Auteure, conférencière et spécialiste du potentiel humain, Anick Lapratte accompagne les personnes à prendre soin d’eux depuis 25 ans et est praticienne en neurosciences depuis 8 ans. Sa conviction est que nous ne sommes pas condamnés à suivre nos automatismes de pensées. Rencontrez une experte transformant la neuroplasticité du cerveau en art de vivre.
Votre cerveau ne va pas juger ce qui est bon pour vous. Si vous lui répétez tous les jours “je suis nulle”, il va enregistrer ce programme et l’activer chaque matin à votre réveil.
Imaginez-vous vous lever avec l’intention d’être patient. Vous méditez dix minutes et pensez que tout va bien se passer. Et quand votre enfant refuse de s’habiller ou que votre collègue vous assaille de questions, vous perdez vos moyens.
Cela ne vient pas d’un manque de volonté de votre part mais du fonctionnement de votre cerveau. Pour Anick Lapratte qui l’explore depuis plus de vingt ans ce n’est pas une fatalité.
Vous n’êtes pas encore libéré car vos programmes enregistrés au fil des années, à partir de vos émotions ou de vos croyances. Ces programmes dirigent vos pensées, vos réactions et vos choix, de manière automatique. Quatre clés permettent de les modifier.
Clé 1 — Le cerveau est câblé pour le danger
Le cerveau détecte la menace avant la récompense parce que sa mission première est la survie. Il doit rester attentif au danger avant de s’octroyer une récompense. Le cerveau produit un court courant électrique, rapide et intense face à une menace, et un courant plus long, plus diffus face à une expérience agréable ou sereine. Le danger est traité en priorité et le bonheur prend plus de temps à s’inscrire.
Le résultat, est que si vous recevez dix compliments et une critique dans la journée, c’est la critique qui s’imprime.
Vécu chaque jour, ce mécanisme vous épuise. Inutile de culpabiliser pour la réminiscence de ces pensées négatives. À vous de reprogrammer votre cerveau.

À vous de jouer :
- Ce soir, notez trois moments positifs de votre journée, même petits.
- Pour chacun, prenez dix secondes pour le ressentir pleinement avant de passer au suivant.
- Observez ce qui se passe dans votre corps quand vous vous y attardez.

Clé 2 — Interrompre la spirale avec le « Je veux »
Anick Lapratte a baptisé son cerveau Bob. Elle lui parle et lui dit stop. La redirection est sa technique centrale. Dès que vous prenez conscience d’un inconfort, d’une pensée négative, d’une anticipation anxieuse, d‘une spirale de doute, dites « Stop » et posez-vous la question : « Qu’est-ce que je veux ? »
Comme le cerveau ne traite pas les négations, si vous lui dites « je ne veux pas être fatiguée », il retient « fatiguée ». Si vous lui dites « je veux être en énergie, concentrée et dynamique », il mémorise « énergie ».
Prenons par exemple une discussion avec votre partenaire que vous anticipez comme difficile à vivre. Pendant des heures, le cerveau simule le pire scénario. Vous perdez de l’énergie, vous vous tendez et vous arrivez épuisée à la conversation. Demandez plutôt à votre cerveau de trouver des solutions, d’écouter et d’avancer dans le respect mutuel. L’objectif et le déroulement de la conversation en seront affectés.
Le changement de redirection change votre état dans l’instant présent mais pas dans la durée. La reprogrammation modifie le chemin neuronal et peut modifier un automatisme négatif en automatisme positif en une ou deux séances.

À vous de jouer :
- Identifiez une situation récurrente qui déclenche une pensée négative.
- Formulez votre « Je veux » en trois mots précis — une énergie, un état et une intention.
- La prochaine fois que la spirale commence, dites « Stop » à voix haute, puis énoncez votre « Je veux » trois fois de suite.

Clé 3 — Face au stress, ancrez-vous dans le présent
Quand le cerveau perçoit un danger, réel ou imaginaire, il déclenche un flux de cortisol et d’adrénaline qui met le système en alerte. L’insomnie s’installe, la tension monte, les pensées tournent en boucle et la digestion est perturbée.
Anick Lapratte recommande d’y ajouter une phrase adressée au cerveau : « En ce moment, je suis en sécurité. »
Surtout, évitez le « tout va bien aller » car le cerveau sait qu’il n’y a aucune garantie concernant l’avenir. En revanche, « en ce moment même, je suis en sécurité » ancre l’attention dans le présent.
Anick en a eu la preuve lors d’une excursion en hélicoptère dans les Rocheuses. Suite à une poche d’air soudaine, la descente fut brutale. Ses mains devinrent moites, le cœur s’emballa et l’envie de fuir s’imposa. Elle se dit : « Merci pour la vigilance, Bob. En ce moment, tout va bien. On reste dans le ciel. » En répétant cette phrase trois ou quatre fois, la panique se dissipa. Revenue à un état neutre, elle put rediriger son attention vers le paysage, l’émerveillement, le plaisir.
La même démarche s’applique en dehors des hélicoptères, que ce soit face à un patron anxiogène, une conversation animée et une nuit d’insomnie.

À vous de jouer :
- Identifiez une situation qui vous génère du stress anticipant ce moment.
- Posez les deux pieds sur le sol, respirez lentement, et répétez trois fois : « En ce moment, je suis en sécurité. »
- Observez le relâchement progressif dans le corps avant de passer à votre « Je veux ».

Clé 4 — Dites « Youhou » pour ancrer le positif
Anick Lapratte l’appelle le youhou ! C’est un moment de célébration intérieure, intense et sincère, de plus de trente secondes.
Pourquoi trente secondes ? Parce que le courant électrique d’une émotion positive est long et diffus. Le cerveau a besoin de ce temps pour enregistrer qu’il se passe quelque chose d’important. Une seconde de négatif impacte le cerveau immédiatement. Une émotion positive doit durer plus de trente secondes pour laisser une trace.
Un youhou peut prendre mille formes : mettre la main sur le cœur et se dire « je suis fière de moi », prendre une photo d’un moment réussi, s’asseoir une minute après une conversation pour savourer ce qui vient de se passer, ou pleurer de soulagement ou de gratitude. Le youhou traverse toutes les émotions, y compris les plus douces.
Toute action que vous voulez transformer en automatisme positif doit être suivie d’un youhou . Dix minutes de sport, un non posé, un repas préparé avec soin, tous méritent un youhou .

Le youhou doit être vécu dans le contexte où vous voulez que le changement se produise. Si vous voulez être plus patiente avec vos enfants le matin, visualiser la patience le soir dans votre salon ne suffit pas. Le cerveau scanne l’environnement et associe les émotions aux décors, aux visages et aux situations. Pratiquer la paix avec un collègue en forêt n’apprend pas au cerveau à être en paix au bureau.
En reprenant l’activité physique après des années de sédentarité, Anick n’a tenu que vingt secondes sur son vélo d’appartement. Sa coach a fait le tour du garage en dansant et en criant que vingt secondes représentaient vingt secondes de plus qu’hier. Ce moment absurde et lumineux a imprimé dans le cerveau d’Anick que le sport était lié à la joie. Les vingt secondes sont devenues dix minutes, puis vingt et Anick s’est sentie plus légère dans son corps.
À vous de choisir quelle émotion vous offrez à votre cerveau. Il retiendra exactement ce que vous lui donnez.
À vous de jouer :
- Choisissez une habitude que vous souhaitez ancrer, même minuscule.
- Ce soir, après l’avoir accomplie, posez la main sur le cœur et restez trente secondes dans la fierté de l’avoir faite.
- Demain, recommencez. Chaque you est un vote pour le nouveau programme.
Votre cerveau a enregistré vos peurs, vos doutes et vos renoncements, et chaque fois que vous avez osé, avancé, il attend que vous lui donniez une nouvelle direction.
Interrompez la spirale. Choisissez votre « Je veux ». Youtisez chaque pas, même le plus petit.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.














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avec Anick Lapratte, et sur le même sujet







