Michel Diviné : la pause, l'étape ajoutée à la Communication NonViolente

La pause change tout dans vos conversations difficiles

Combien de fois avez-vous prononcé des paroles que vous avez regretté par la suite ? Combien de fois avez-vous gardé le silence alors que vous brûliez de prendre la parole ?

La communication, elle est de tous les discours. Depuis que nous savons parler, nous nous exprimons tous les jours. Et pourtant, certaines disputes et malentendus sont récurrents. Les mêmes anges passent après des conversations animées.

Marshall Rosenberg a formalisé dans les années 1960 un outil pour favoriser une communication authentique et respectueuse des besoins de chacun : la Communication NonViolente, connue sous l'acronyme CNV et qui détaille quatre étapes fondamentales. Cette méthode est enseignée dans le monde entier et Michel Diviné, ingénieur de formation diplômé de l’école Polytechnique de Paris et de Stanford aux USA, est l’auteur de Communication Bienveillante aux éditions Jouvence. Il a enrichi d’une étape que Marshall Rosenberg n'avait pas formalisé : une étape essentielle, la pause.

La pause, avant tout le reste

La Communication NonViolente repose sur quatre étapes, connues sous l'acronyme OSBD : Observation, Sentiment, Besoin et Demande. Michel enseigne ce modèle depuis plus de vingt ans. Et ajouté trois étapes préalables, tournées vers soi : la pause, le besoin et l'intention. C'est seulement une fois ce travail intérieur effectué que l'on peut entrer dans le monde de l'OSBD, tourné vers soi ou vers autrui.

« La pause, c'est d’abord faire un arrêt pour identifier ce qui se passe en soi », explique-t-il. Avant d'ouvrir la bouche, vous vous demandez simplement : « Suis-je en paix ? Quel est mon besoin maintenant ? Et, surtout, quelle est mon intention ? Quel est le résultat que je veux obtenir à la fin de la conversation ? »

Cette dernière question est décisive. « Si mon intention, c'est de changer l'autre, c'est mal parti », dit Michel. Si votre intention est de trouver une solution ensemble, vous augmentez grandement vos chances de satisfaire les besoins de chacun. Votre interlocuteur comprend votre intention, la clarté de votre objectif et la conversation peut commencer sur de bonnes bases.

Cette pause demande énormément de pratique. Elle demande surtout d'accepter d’être responsable de votre état émotionnel. « Je peux être bien même si l'autre est en colère », dit Michel. Et quand votre propre niveau de paix s'effrite, la bonne réponse est simple : nommer votre besoin de paix et effectuez une pause, pour reprendre la conversation plus tard.

À vous de jouer

Avant votre prochaine conversation difficile :

  • Demandez-vous : est-ce que je suis en paix ?
  • Nommez votre besoin réel de paix ou de clarté de l’objectif de la conversation.
  • Clarifiez votre intention : que voulez-vous vraiment obtenir ?

Une danse entre soi et l'autre

L'OSBD de Marshall Rosenberg possède deux directions : vers soi, ou vers autrui. Michel juge cette distinction fondamentale, négligée dans la CNV classique.

Quand la communication est tournée vers soi, vous nommez ce que vous vivez. Tournée vers autrui, vous l'aidez à mettre des mots sur son besoin. Dans une conversation difficile, vous alternez entre les deux.

Un père découvre que son fils, à qui il avait interdit de fumer dans sa chambre, a fumé dans la chambre de sa sœur. Il est en colère. Michel lui propose de nommer le besoin derrière cette colère : le respect mutuel. Le père dit au fils : « Quand tu me dis que tu ne fumeras pas dans ta chambre et que tu fumes dans la chambre de ta sœur je suis en colère car j’ai besoin de respect mutuel. » Le fils répond : « C'est vrai, papa, je te manque de respect. » Le père fond, sa colère retombe et la connexion est rétablie.

La suite est plus surprenante encore. Désormais, quand le père pose des questions et que le fils n'a pas envie de répondre, le fils lui dit : « Papa, serre-moi dans tes bras. » Le besoin de connexion est plus fort que le respect mutuel.

« C'est une danse », dit Michel. Une danse entre votre intention, votre besoin, et la capacité à offrir de l'empathie à l'autre. Et même si l'autre ne connaît pas la CNV, ça fonctionne.

La même danse se pratique dans un couple. Une femme dit à son mari qui fume le matin : « Quand tu fumes à 7h, je suis irritée. J'ai peur pour ma santé. J'ai besoin de vivre dans un air sain. » Puis elle ajoute : « Et comment c'est pour toi quand je te dis ça ? » Ce déplacement vers l'autre ouvre la conversation. Il remplace l'accusation par une invitation.

La demande est souvent la partie la plus redoutée. Michel propose cette phrase simple pour terminer : « Et comment c'est pour toi quand je te dis ça ? » Ce n’est pas une question rhétorique mais une réelle invitation à exprimer ce qui est vivant en soi. C'est ainsi que la connexion s’effectue ou se rompt.

Des besoins universels derrière tout conflit

Derrière chaque conflit, chaque reproche, chaque silence pesant, existe un besoin insatisfait. La CNV en recense des dizaines. Michel en identifie un qui est pivot : le besoin d'être en paix.

Quand les chaussettes traînent sur le canapé, vous croyez avoir besoin d'ordre. Michel propose d'aller un cran plus loin : ce que vous cherchez véritablement, c'est d’être en paix. Et cette paix, vous pouvez la cultiver indépendamment des chaussettes. « Tous les matins, vous pouvez vous dire : je peux être en paix. » Ce déplacement, de l'extérieur vers l'intérieur, est primordial.

Au-dessus du besoin de paix, Michel identifie des besoins qu'il appelle supérieurs qui sont de contribuer au bien-être d'autrui, de donner du sens à sa vie, d’apprendre ou de transmettre. Ces besoins, dit-il, nous motivent à avancer dans la vie.

Beaucoup hésitent à nommer leurs besoins parce qu'ils croient être responsables des émotions d'autrui. Si l'autre est triste, c'est leur faute. Michel nomme ce mécanisme clairement : « On se prend pour Dieu quand on pense être responsable des émotions d'autrui. » La colère de l'autre lui appartient. La vôtre vous appartient. Chacun est responsable de son propre état intérieur.

Une cliente le lui a confirmé un jour. En colère depuis quinze ans contre son mari qui l'avait trompée, elle avait fait une séance EMDR avec Michel. À la fin, apaisée, elle dit : « Mais qu'est-ce que je vais faire de ma colère maintenant ? » L’adultère était un stimulus de sa colère qui venait d’un besoin insatisfait.

Nommer ce dont on a besoin, est un acte de courage car il montre sa vulnérabilité. Cette pratique s'apprend au fur et à mesure de sa pratique. Commencez d’abord dans un environnement protecteur comme dans un groupe de pratique tel que celui que Michel anime depuis plus de 20 ans.

La prochaine fois qu'une conversation vous irrite, faites la pause. Pour clarifier ce que vous en attendez.

Author

Michel Diviné, ingénieur de formation (Polytechnique, Stanford), reconverti dans l'accompagnement thérapeutique depuis plus de 20 ans. Expert en constellations familiales, EMDR, hypnose Ericksonienne et communication bienveillante. Auteur de plusieurs ouvrages dont Communication Bienveillante (Jouvence), il partage son expertise à travers ses ateliers en France et en Suisse. À découvrir sur communicationbienveillante.eu, psytherapeute.com et constellation-familiale.eu.

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 18

Septembre 2026

Le numéro
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