Vivre pleinement son célibat après 60 ans : l’art de renaître

Il y a des moments dans la vie où tout bascule. Parfois en douceur, parfois comme une vague qui emporte sans prévenir. Pour Maïtie, la soixantaine fut une véritable révolution intérieure. Sage-femme, conférencière, auteure, elle a traversé deux tempêtes : un cancer et une séparation. Aujourd’hui, elle danse avec la vie, libre et habitée d'une joie profonde. Elle revient d’un voyage en Nouvelle-Zélande et en Australie, et nous partage son expérience, une lueur dans les yeux.
Son deuxième amour
Deux mois après sa séparation avec son premier mari avec qui elle resta 28 ans, elle rencontra Fabien. Très vite, leur relation a pris une dimension différente, dépassant le cadre amoureux pour devenir un véritable partenariat de vie et de travail.
Ensemble, ils ont construit des projets et partagé des initiatives communes. Leur complémentarité les poussait à aller encore plus loin, à explorer de nouvelles perspectives, à s’investir dans un avenir qui semblait prometteur.
Pendant plusieurs années, ils ont avancé main dans la main, mêlant amour et ambitions professionnelles, fusionnant leurs talents et leurs aspirations. Ils ont animé de nombreux stages, et ont créé des dizaines de programmes et de sommets en ligne autour de la naissance, de la sexualité, du féminin sacré et de l’évolution personnelle.
Avec Fabien, c’était un amour passionnel, profond, vibrant. Il lui a appris à voir la beauté où elle ne la voyait pas, à s’émerveiller de ce qui l’entourait.
“Grâce à lui, j’ai compris que la vie pouvait être une aventure à chaque instant, que l’émerveillement n’était pas seulement réservé aux grands moments, mais pouvait naître d’un rayon de soleil sur une feuille ou d’un silence partagé. Dans mon jardin, j’ai appris à voir les fleurs plutôt que les mauvaises herbes.”

L'annonce et la traversée du Cancer
Pour Maïtie, cette annonce fut une véritable tempête. qui l’obligeât à se redéfinir, à repenser sa place dans le monde.
Vivre le cancer bouleversa chaque aspect de son existence. "Les mois qui ont précédé le diagnostic, je ne voulais pas y croire. J’ai toujours eu un corps en santé, jamais malade, et d’un coup, on me disait que j’avais quelque chose en moi qui me rongeait sans que je le perçoive." Le choc du diagnostic s’est accompagné d’une question lancinante : que faire de cette épreuve ?
Maïtie est entrée dans une profonde introspection. « J’ai d’abord exploré la peur, la maladie, la mort… mais très vite, j’ai réalisé que ce n’était pas ça l’essentiel. J’ai compris que je n’avais jamais vraiment dit oui à la vie. J’étais là, mais sans jamais vraiment toucher terre, comme si je marchais sur des pilotis pour éviter le contact avec le sol. Il était temps d’habiter pleinement mon existence."
Les suites de la chirurgie ont été difficiles. "J’avais la sensation de disparaître, que mon corps fondait. Mais une force plus grande en moi résistait et qui me disait : tu es en train de renaître, pas de mourir."
Deux ans après, ce fut la seconde tempête. Son compagnon Fabien l’a quittée. "Je ne pensais pas pouvoir être brisée par une rupture, surtout à mon âge. Mon moral a trouvé des chemins mais mon corps s’est littéralement effondré. Mais j’ai réalisé que je n’avais pas le choix : soit je sombrais, soit je choisissais la vie."
Le cancer a récidivé. "La douleur physique se mêlait à celle du cœur. Tout était à vif. J’étais seule dans cette tourmente, avec moi-même. .J’avançais juste un pas après l’autre, un jour après l’autre sans me poser de questions sur plus tard."

Célébrer la vie chaque jour
Après des mois chez elle durant lesquels elle a perdu toute son autonomie, aidée par ses enfants, elle a décidé de partir dans un centre de rééducation en Suisse. Là, elle a réappris à voir la lumière dans les détails.
Avant l’hospitalisation cette étape représentait une transition cruciale. Encore très affaiblie, ce séjour lui a offert un cadre apaisant. Niché au bord d’un lac, cet établissement lui permettait de retrouver des sensations oubliées. "J’avais perdu mon autonomie. Je ne pouvais pas me lever seule, me déplacer sans aide. Regardant par la fenêtre de ma chambre, j’ai commencé à voir la beauté d’un rayon de soleil sur le lac. J’ai découvert qu’en exprimant l’émerveillement, en le vivant pleinement, il prenait corps dans chacune de mes cellules."
Mais le plus marquant fut cette prise de conscience progressive qu’elle n’avait jamais réellement dit "oui" à la vie. Allongée sur son lit, elle réfléchissait à ce qu’elle avait vécu et à ce qui lui restait à vivre. "J’ai réalisé que tant que je ne faisais pas ce choix, je restais en suspens. Accepter pleinement de vivre, ce n’est pas juste survivre, c’est embrasser la vie dans tout ce qu’elle a à offrir."
Ce fut le moment où le diagnostic de récidive cancéreuse a été posé et la radiothérapie envisagée. Après cette parenthèse en Suisse, elle devait reprendre des traitements plus lourds. "Je savais que mon aventure avec le cancer n’était pas finie, mais pour la première fois, j’avais conscience de la puissance de l’élan de vie qui m’habitait."
Ce qui l’a aidée sur ce chemin de guérison, c’est l’amour de ses enfants, la méditation, et la capacité qu’elle a développée à voir au-delà de la maladie. Elle s’est reconnectée avec cette force de vie intérieure, celle qui nous donne le sourire et l’envie de se lever chaque matin, qu’on soit célibataire ou en couple.
Elle a décidé que chaque jour, elle s’émerveillerait de la beauté des choses : une fleur sur le bord de la route, un éclat de rire avec une infirmière, une sensation de chaleur.

Voyager seule : une école de liberté
Son premier grand voyage fut en Guadeloupe. Là-bas, elle a rejoint des amis, cherchant un refuge pour se ressourcer après sa séparation et ses mois d’hospitalisation. "C’était une bulle de douceur. J’avais besoin de me sentir entourée, et d’apprivoiser le fait de vivre seule."
Petit à petit, elle a retrouvé une forme de confiance en elle. Puis, elle a osé partir seule au Pays Basque, un territoire inconnu où elle sentait un appel. "J’ai pris ma voiture et j’ai conduit, sans trop savoir ce que je cherchais. Ce voyage m’a montré que je pouvais me débrouiller seule, sans cadre rassurant." À chaque escapade, elle ajoutait un défi : une nuit en pleine nature, un trajet plus long, une rencontre imprévue.
Puis est venue la Nouvelle-Zélande. Un billet d'avion en poche, elle a rejoint sa fille qui y vivait. Ensemble, elles ont parcouru l'île du Nord, s'émerveillant devant les paysages volcaniques et les forêts millénaires. Mais quelque chose restait en suspens : l'île du Sud. "J’avais envie de parcourir l'île du Sud, mais ce n’était pas le bon moment. J’ai senti que je devais faire seule cette exploration, plus tard."
Un an plus tard, avant de rejoindre sa fille en Australie, elle a décidé de s'offrir ce qui lui manquait, l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande, en solitaire. Pour la première fois, elle allait conduire à gauche, un van sur des routes sinueuses , avec un véhicule grand et lourd. "Le premier jour, je me suis installée au volant, les mains moites, le cœur battant. À chaque rond-point, je me répétais : ‘mon épaule droite est au centre de la route !’ Ce qui semblait anodin était un saut dans l’inconnu."
La peur a laissé place à l’exaltation. Chaque virage et chaque kilomètre parcouru renforçait sa confiance. "Je me suis surprise à sourire en conduisant. J’avais dépassé quelque chose. J’étais celle qui ose. "
Elle parle des paysages qui coupent le souffle, mais aussi des rencontres, de ces instants où le silence devient complice. "Voyager seule, c’est apprendre à s’écouter, à se faire confiance, à s’émerveiller sans avoir besoin de partager l’instant pour le valider."
Est-on vraiment seule quand on est connectée à soi, au monde, à chaque battement de vie autour de nous ? "J’ai toujours été solitaire, mais aujourd’hui je ne le suis plus dans mon cœur." La présence des autres lui vient naturellement, sans effort. "Quand on est bien avec soi, on attire ce qui résonne avec cette paix."
Conseils pour traverser les épreuves
Maïtie sait ce que signifie être confrontée à une tempête intérieure, que ce soit à travers la maladie, la rupture ou la perte d'autonomie. Elle offre quelques clés à celles et ceux qui traversent une période difficile :
"D'abord, acceptez là où vous en êtes. Il ne s'agit pas de fuir la douleur, mais de l'accueillir, de la traverser. C'est en la reconnaissant qu'on commence à s'en libérer."
Elle insiste aussi sur l'importance du regard que l'on pose sur la situation. "Même dans les moments les plus sombres, il y a une étincelle de lumière. Cherchez-la. Un sourire, un rayon de soleil, un instant de douceur."
Enfin, elle rappelle que rien n’est figé. "La douleur n'est pas éternelle. Chaque jour, un pas après l’autre, on avance. Et un jour, sans même s’en rendre compte, on se surprend à sourire de nouveau, à ressentir cette vie qui palpite en nous."
Et après ? L’appel de la route et des rencontres
Aujourd’hui, Maïtie est prête à écrire un nouveau chapitre de sa vie, un chapitre où la liberté et les rencontres occupent une place centrale. Après avoir retrouvé son autonomie et cette source de joie intérieure, elle suit un nouvel appel : celui du nomadisme. "Je ressens que la vie m’invite à être en mouvement, à aller à la rencontre du monde et des gens."
Son prochain projet est de partir avec un van aménagé, son nouveau cocon sur roues. "Je veux voyager sans attaches, me laisser porter par les élans du cœur et de l’inconnu. Ce n’est pas une envie d’évasion mais un désir d’aller à la rencontre des gens et du monde, c’est une façon de vivre autrement, avec moins, mais avec plus d’essentiel."
Au-delà du voyage, ce choix est aussi une manière de renouer avec sa communauté. Après des années de transmission et de partage, elle souhaite aller directement à la rencontre des personnes qui ont suivi son travail.
Maïtie ne sait pas encore où ce voyage la mènera, mais une chose est certaine : elle avance avec une foi inébranlable en la vie. "Je marche vers ce qui m’attend, et je sais que la route me réserve de belles surprises."
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.





