Ménopause et libido, une affaire de tempo

S’il est une période redoutée tant par les femmes que par leurs hommes, c’est bien la ménopause ! Entre les fameuses bouffées de chaleur (60 % des femmes), la prise de poids (40 %), le yoyo des humeurs et le sommeil en berne (50%), ce passage peut être vécu comme un roller coaster vertigineux qui nous épuise et nous déprime. Pas idéal pour l’intimité… Et si, plutôt que de subir ces montagnes russes, on en profitait pour retrouver notre âme d’enfant et en sortir toutes guillerettes, en mode retour de printemps ? Maïtie Treläun, sage-femme, conférencière internationale, formatrice et auteure nous livre toutes ses astuces pour profiter pleinement de ce nouvel âge.
Comment expliquer que la ménopause soit généralement si mal vécue ?
La ménopause est surtout mal connue ! Je crois qu'on a surtout très peur de la mort et que cette étape nous en rapproche. Nous ne sommes pas en paix avec le fait d’être mortels. Dans la tête des femmes, il y a cette idée que quand je suis ménopausée, c'est un peu comme si ma vie se mettait sur pause. Il y a plein de choses que je vais plus pouvoir faire. C'est le début de la dégénérescence, c'est la vieillesse, la beauté qui s'effrite, un peu tout ça… Il faut aussi accepter de faire le deuil des maternités. Alors que pour moi, la ménopause signe le début d'une fabuleuse période de sagesse. Il ne tient qu'à nous de fleurir plutôt que de flétrir.
Ça semble plus facile à dire qu’à faire ! Nous sommes tout de même sujettes aux bouleversement hormonaux, non ?
Tant que la femme a ses règles, elle est déjà sujette à un cycle qui a 5 dynamiques et que je compare aux saisons. Avec le printemps (semaine post-menstruelle), l’été (ovulation), l’automne (semaine pré-menstruelle) et l’hiver (menstrues), il y a une 5e saison que j'ai baptisée « la discrète ». Parce que c'est la saison la plus féminine. On l'oublie bien souvent, alors que c'est la seule des dynamiques qui va prendre soin de nous. Elle va même se couper en 4 pour pour arriver à ses fins car elle se situe dans les 4 intersaisons. Dans le passage de l'hiver au printemps, c’est la 5e saison qui va m’aider à me projeter dans ce renouveau. Puis elle va m’aider à ralentir mon excitation du printemps pour monter sur mon trône et trouver ma royauté en plein été. À la fin de l’été, après cette grande ouverture et ce rayonnement, cette offrande de ma beauté - et de mon ovule aussi-, elle va m’aider à me recentrer et à récupérer avant de pouvoir rencontrer cette dynamique éminemment masculine qui est l’automne, un couperet cinglant qui va élaguer et éliminer toutes les énergies usées. Enfin entre l'automne et l’hiver, elle nous permet de prendre un temps pour rassembler tout ce que j'ai accompli pendant ce cycle pour pouvoir tout doucement me fondre dans l'hiver pour de prendre conscience de mon trésor, de ma richesse intérieure et nourrir ma confiance. L'hiver va aussi ouvrir un énorme canal de connexion Ciel - Terre, c'est le moment de plus grande spiritualité chez la femme, un temps d'introspection, de profond amour de soi et de retour à notre source.
Pendant toute notre vie de femme cyclée, on a « papa œstrogène » et « maman progestérone » qui sont là et qui nous guident tous les mois dans des sensations, des humeurs, des comportements et qui nous poussent dans ce cycle qui nous aide à grandir, à évoluer, à prendre notre responsabilité, notre place, à nous affirmer… et en même temps à nous aimer aussi dans notre intimité. C'est fabuleux et c'est vraiment un enseignement extrêmement puissant. Mais à un moment donné, papa et maman vous dire « voilà, on t'a accompagnée pendant 40 ans de ta vie, maintenant tu peux voler de tes propres ailes » et c'est la ménopause. L'œstrogène et la progestérone se tarissent tout doucement. Dorénavant, les hormones que nous aurons dans le sang et qui vont nous influencer, nous pouvons les choisir !
Je peux choisir l’adrénaline, l’hormone du stress parce que justement je suis stressée, triste, parce que je n'ai pas envie de vieillir, parce que j'ai peur, parce que je ne sais pas ce qui m'attend, que les enfants sont partis et que je me retrouve seule… Et rester dans la triangulation infernale « victime, sauveur, coupable » qui va alimenter mon système toxique. Ou alors je peux choisir d’en sortir pour alimenter l’hormone de l’amour, l’ocytocine, qui est une hormone de la régénérescence et qui nous maintient dans un bain de jouvence.
Comment faire pour cultiver cette fameuse ocytocine ?
Décider de sécréter de l'ocytocine, ça veut dire se prendre en main. C'est une hormone extrêmement timide, et très puissante en même temps. Elle me ramène au présent, comme la 5e saison, la discrète, pour créer des bulles de bonheur et nous permettre de savourer les petits cadeaux de la vie, un rayon de soleil, un courant d’air, la douceur de mon chat, un regard, une couleur… Identifier ce qui nous fait du bien et s’en délecter, c’est un choix. On peut danser sans prendre de plaisir, ou faire un petit mouvement dans le délice. La ménopause, c’est l'art de la délicatesse : on ne peut plus passer en force ! C’est aussi l'apprentissage de la lenteur. Comment est-ce que je vais mettre de la crème ? Machinalement ou en me caressant avec l’idée que je fais fleurir mes cellules et que je les sens frétiller sous ma main ? Encore une fois, c’est un choix.
L'ocytocine nous rend amoureux. Elle nous dit « lâche tout et savoure, émerveille-toi ». Plus j'en sécrète, plus j'ai envie d'en sécréter. Et en plus, elle est contagieuse, elle se répand tout autour pour faire pétiller les cœurs. C’est aussi une drogue. Plus vous en avez, vous en vous en voulez !
On peut la cultiver en mémorisant ce qu’il se passe dans le coeur et le corps quand je suis amoureuse. Et rechercher cette sensation le plus possible pour choisir d’être amoureuse aujourd'hui. A chacune sa recette, c’est un mouvement à l'intérieur de chacune, un vent de joie, de légèreté, des papillons, des fourmillements… Attention, même si c’est agréable, ce n'est pas un jeu, c'est quelque chose de vécu. Il n’est pas question de jouer à être heureuse pour oublier ses malheurs, non ! C'est notre nature profonde d'être heureuse, d’être en joie, d'être amoureuse, d'être sexuelle…
La fin de la libido à la ménopause, c’est donc une idée fausse ?
C’est sûr que les œstrogènes ne sont plus là pour stimuler notre libido. Mais c'est un problème de compréhension. Après la ménopause, la femme n'a plus le droit de passer en force dans quelque domaine que ce soit. Elle doit trouver ses propres rythmes, pour marcher, pour manger et aussi dans sa sexualité. La femme ménopausée n’est plus en phase avec une sexualité de reproduction et phallocentrée, cette course à l’orgasme ne lui correspond plus. Elle a envie de de savourer, de prendre son temps. Et du coup, quand on va flirter avec cette ocytocine, cette hormone de l’amour, il suffit de s'accueillir comme femme sexuée pour l'amener jusque dans son sexe. C'est hyper important de se réconcilier et de s'approprier notre sexe, qu'on l'habite, qu'on vive cette féminité jusque dans notre sexe. Le périnée, c'est notre ressort vers la vie, c'est lui qui nous élève, qui nous redresse.
Moi j'ai beaucoup appris aux femmes à être des éternelles amoureuses. La sexualité chez la femme est quelque chose de délicat, elle peut très facilement s'endormir. Alors que plus on est proche de notre enfant intérieur, donc de notre énergie de vie, plus on devrait être sexuelle. Parce que l'énergie de vie s'exprime sous 3 formes : sexualité, créativité et spiritualité. Ces 3 points sont l’expression de l'énergie de vie. Et si on veut rester dans une sexualité vivante, on est obligée d'être créative sinon notre libido va s'endormir.
Si on en revient au cycle menstruel, il y a la sexualité de reproduction qui fonctionne avec les œstrogènes et qui aura son apogée au moment de l'ovulation pour qu'il y ait un bébé. Là, on a envie d'une sexualité de reproduction, active avec excitation pour mener à l'orgasme. Et il y a une autre sexualité, celle de la fin de cycle, pendant la fin de l'automne voire pendant les menstrues. Cette sexualité-là est complètement tabou, elle a été diabolisée et c'est ce qui a poussé à ce que l'on dise que la femme était impure pendant ses menstrues. Car la femme, dans cette période de l’hiver de son cycle, a cette puissance de connexion à d'autres mondes, une puissance de spiritualité qui est telle que la sexualité est très spirituelle. Comme s'il y avait un canal d'amour à l'intérieur de la femme, qu'elle est connectée, qu'elle est source d'amour. Et du coup, l'homme qui vient dans ce canal là, pour lui, c'est le plus grand ascenseur à l'éveil spirituel. Et c'est justement pour ça que le sexe pendant les règles a été diabolisé.
À ce moment-là, la sexualité va être différente. C’est qu'on a appelle le « slow sexe » : une sexualité de jouissance qui ne cherche pas l’orgasme, ni pour l’homme ni pour la femme. Le but, c'est vraiment cette ouverture à cette puissance d’amour, à cette jouissance extatique, même si ça n’interdit pas l’orgasme. Très souvent, la femme va aimer flirter justement sur cette vague de plaisir pour ouvrir, ouvrir encore et réussir à tenir de plus en plus de puissance et de plaisir dans des ondulations, des mouvements très lents, très doux, très calmes, pas du tout dans l’excitation mais en totale connexion avec le moment présent.
Quels conseils peux-tu nous donner pour nourrir notre sexualité à tous les âges ?
Le premier, très simple, pour les femmes lorsqu'elles le sentent, en commençant chez elles par exemple, c'est de se mettre en jupe longue sans culotte. C'est encore mieux si on peut mettre les pieds nus sur la terre. Mais quand on est dans un immeuble, ça marche aussi. J’ai vu des femmes pour qui ça changeait diamétralement leur état de fatigue. Elles récupéraient beaucoup d’'énergie parce que la culotte, ça coupe notre ancrage à la terre.
Ensuite, le bain dérivatif est toujours une bonne option. Moi, j’aime beaucoup la pratique de l’oeuf de Jade. Là aussi, il s’agit de se connecter à la délicatesse de l’orchidée. On fait rouler l’oeuf sur le corps pour se réapproprier ce que j'appelle les « portes gardiennes ». Il n’est pas question de faire pénétrer l’oeuf de Jade dans le vagin mais bien de laisser le vagin le goûter, l'appeler, le désirer, un peu comme une anémone de mer qui vient savourer l’œuf jusqu’à l’engloutir. Ça va permettre de maintenir une dynamique au niveau du sexe et d’entretenir une certaine lubrification. On peut bien sûr choisir la nature de la pierre.
Pour finir, pour moi, le mieux c’est de se donner des rendez-vous réguliers, une fois par semaine, le lundi de 18h à 19h par exemple ! Ouvrir cet espace pour soi… Ça ne veut pas dire que je vais chercher à avoir un orgasme, juste j’expérimente le plaisir dans mon corps et je l’écoute. Le sex toy peut servir à réveiller une libido endormie mais il ne doit pas relancer une sexualité d’excitation. Cap sur le Slow Sex !
La ménopause, ce serait donc une seconde jeunesse, dans un nouveau tempo ?
Tout à fait. Avec la ménopause, on est dans une nouvelle découvert de soi qui demande du temps… et beaucoup d’amour. Comment est-ce que je peux me prendre dans les bras avec une extrême bienveillance, lâcher le jugement, accepter de prendre du poids, de changer de forme de corps ? Comment je vais cajoler mes peurs et oser quitter le familier pour enfin aller vers moi ? C’est un moment précieux ! Il ne faut pas hésiter à donner des coups de pied dans des matrices qui sont devenues trop petites ou trop étriquées. La ménopause, c’est surtout une période d'éveil et d'ouverture à la spiritualité, un vrai fleurissement sur d'autres plans où l’on goûte vraiment la patience et la délicatesse. Pour découvrir un grand cœur ouvert pour soi. Et ça, c'est la base.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.





