Frédérique Laurent et Christophe Lebrun : faire avec, pas contre

Faire avec et pas contre : les clés du dépassement de soi

Avis d’expert — Frédérique Laurent & Christophe Lebrun

On leur avait annoncé l’impossible. L’un a failli ne jamais ne remarcher, l’autre devait abandonner toute pratique sportive. Aujourd’hui, ils ont couru des marathons 100% nature sur les cinq continents, du pôle Sud au pôle Nord, dans des conditions extrêmes. Leur philosophie : « Faire avec, pas contre », transformer les contraintes en leviers. Dans leur programme Transcendez vos limites, ils partagent une méthode concrète pour dépasser ses blocages et révéler son potentiel.

Frédérique Laurent est ingénieur agro-alimentaire et naturopathe. Après plus de vingt ans en organisation, gestion des risques et développement durable, elle s’est tournée vers un accompagnement holistique de la personne. Elle aide chacun à retrouver son équilibre grâce à une hygiène de vie autour de l’alimentation, du mouvement et du levier mental.

Christophe Lebrun a surmonté une hernie discale sévère qui menaçait sa mobilité. Après une longue rééducation, il a choisi de transformer l’épreuve en moteur. Consultant en marketing stratégique, il accompagne aujourd’hui individus et organisations vers la résilience et la performance durable.

Ensemble, ils réalisent leurs rêves à travers des défis sportifs (Grand Chelem Marathon Nature, Traversée du Népal par les hauts cols). Ils interviennent depuis 2012 en entreprise et en conférences sur l’adaptation, le dépassement de soi et la performance humaine. Auteurs à 4 mains de plusieurs ouvrages sur leurs aventures, dont Marathoniens de l'extrême, Frédérique publie également des livres pratiques autour de la santé naturelle dont Ma bible de la naturopathie spécial sportif aux éditions LEDUC. Ils nous livrent ici leurs clés pour transcender ses limites, quel que soit son point de départ.

1. Christophe, vous avez été longuement hospitalisé sans savoir si vous remarcheriez un jour. Aujourd'hui, vous avez accompli des exploits comme le marathon du Pôle Nord à -42°C ou la traversée du Népal par les hauts cols à plus de 5000m. Quel a été le déclic ?

Il arrive parfois que la vie nous impose un arrêt brutal. Plusieurs mois alité, sans savoir si l’on pourra un jour remarcher, se tenir debout, retrouver son équilibre ou reprendre le sport, constituent une épreuve qui dépasse le simple cadre physique. Cette immobilité forcée crée un espace de réflexion profonde.

C’est souvent dans ces moments qu’émerge une prise de conscience essentielle : nous avons un corps, et ce corps mérite attention et soin. Ce qui semblait acquis, marcher, bouger, pratiquer une activité physique, révèle soudain toute sa fragilité. Cette expérience transforme le regard que l’on porte sur soi-même et sur ses priorités.

Peu à peu, la réflexion mûrit et amène à s’interroger sur son « Pourquoi ». Pourquoi ce rythme effréné ? Pourquoi ces choix ? L’épreuve invite à redéfinir ses priorités et à oser écouter ses besoins et ses envies.

Retrouver un juste équilibre entre vie familiale, vie professionnelle et pratique de ses passions devient alors une quête centrale. Il ne s’agit plus seulement de performance ou d’obligations, mais d’alignement et de cohérence avec soi-même.

Surtout, cette expérience apprend à reconnaître les signaux que le corps a longtemps émis sans que l’on y prête réellement attention. Fatigue, tensions, douleurs : autant de messages ignorés jusqu’à ce qu’ils s’imposent. Prendre soin de son corps, c’est aussi apprendre à l’écouter avant qu’il ne nous contraigne à l’arrêt.

Cette prise de conscience m’a conduit à réaliser un véritable bilan de ma situation physique, mentale et émotionnelle. Elle a fait émerger non seulement une réelle nécessité de changement, mais aussi le souhait de définir de nouveaux objectifs personnels, professionnels et sportifs pour l’avenir. Courir le marathon par -42°C sur la banquise du pôle Nord et traverser le Népal à pied au fil d’une traversée de 2000 kms sur la haute chaine himalayenne ont fait partie de ces nouveaux objectifs.

2. Frédérique, vous dites : « Comment peut-on être vivant si on n'est pas dans le mouvement ? » et « Si je me fige, je ne suis plus vivante. » Pourquoi le mouvement est-il selon vous essentiel pour se dépasser et pas seulement sur le plan sportif ?

Le mouvement est la signature du vivant. Tout dans la nature est mouvement : le cœur bat, la respiration circule, les cellules se renouvellent. Se mettre en mouvement, c’est choisir la vie. À l’inverse, l’immobilité prolongée, physique ou mentale, fige, enferme et affaiblit.

Le mouvement ne se limite pas au sport. Il concerne aussi la pensée, les émotions, les choix. Bouger, c’est évoluer, apprendre, s’adapter. Une personne peut être très active physiquement mais figée intérieurement ; à l’inverse, quelqu’un peut être limité physiquement mais profondément en mouvement dans sa manière de penser, de créer, de se transformer.

Le mouvement crée l’élan. Il remet de la circulation là où il y avait stagnation : circulation sanguine, énergétique, émotionnelle. C’est souvent en commençant à bouger, même très doucement, que l’espoir renaît. L’action précède souvent la motivation, pas l’inverse.

Se dépasser ne signifie pas forcer. Cela signifie entrer dans une dynamique progressive : respecter son rythme, écouter ses signaux, avancer avec intelligence. Le mouvement juste n’est ni brutal ni excessif ; il est adapté, conscient, régulier. C’est cette constance qui construit la confiance.

Au-delà du corps, le mouvement symbolise l’ouverture : sortir de ses habitudes, essayer autrement, accepter l’inconfort du changement. Chaque pas élargit le champ des possibles. Chaque action nourrit l’estime de soi.

Être vivant, c’est rester en chemin. Tant qu’il y a du mouvement dans le corps, dans l’esprit, ou dans le cœur il y a transformation possible. Le dépassement de soi n’est pas un exploit ponctuel, mais une dynamique continue.

3. Quel message adresseriez-vous à ceux qui pensent qu'il est "trop tard" pour réaliser leurs rêves ?

Voici la réponse de Christophe :

« Dire qu’il serait « trop tard » pour réaliser ses rêves revient à supposer que ceux-ci auraient une date de péremption. Or, ce qui expire le plus souvent n’est pas le rêve lui-même, mais le scénario idéal que nous avions imaginé : le bon timing, le bon âge, les conditions parfaites, la meilleure version de soi…

Mais il n’y a pas d’âge pour rêver, pour être créatif et surtout pas de date butoir pour réaliser ses rêves ! J’ai attendu 30 ans pour réaliser mon rêve de jeunesse, atteindre un jour le pôle Nord, au sommet de la planète. Et attendu plus encore pour explorer et parcourir les plus hautes montagnes de l’Himalaya en réalisant, à plus de 60 ans, la grande traversée du Népal avec Frédérique.

Le sentiment d’être « en retard » dissimule parfois une autre réalité : la peur de commencer autrement que prévu. À cela s’ajoutent les limites que nous nous imposons ou que l’on nous impose, renforçant l’illusion que certains rêves seraient désormais inaccessibles. Pourtant, notre existence, notre chemin de vie n’est pas linéaire. Il est fait de bifurcations, de détours nécessaires, de retards enrichissants.

Ce qui ferait le plus mal ne serait pas d’échouer tard, mais plutôt de ne pas avoir essayé. Le seul véritable obstacle n’est pas l’âge, mais la croyance que le futur est fermé, alors qu’il attend simplement une décision et un premier pas vers la réalisation.

« Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible » disait Saint Exupéry ! »

Voici la réponse de Frédérique :  

« Le bon moment n’existe pas. Il y a seulement ce moment. Celui où l’on décide de faire un premier pas, même imparfait. Ce premier pas peut être discret : changer une habitude, reprendre soin de soi, oser essayer. Mais il marque une rupture fondamentale : on passe de l’attente à l’action.

Chaque parcours est unique. Comparer son point de départ à l’arrivée des autres décourage inutilement. Le dépassement de soi n’est pas une compétition ; c’est une progression personnelle. Ce qui compte, ce n’est pas la vitesse, mais la direction.

Les limites ne disparaissent pas toujours, mais elles évoluent. On peut apprendre à vivre avec elles, à les contourner, parfois à les repousser. Le corps et l’esprit ont une capacité d’adaptation extraordinaire, bien souvent sous-estimée.

Le message essentiel est celui-ci : vos rêves ne demandent pas la perfection, seulement votre engagement. Même tardif, même fragile, même incertain. Il suffit d’oser recommencer.

Commencez petit. Restez constant. Faites avec ce que vous êtes aujourd’hui, pas contre. Et vous découvrirez que l’horizon s’élargit à mesure que vous avancez. »

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 15

Juin 2026

Le numéro
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