Trouver sa place, la quête d'une vie

écrit par Michel Diviné

Vous est-il déjà arrivé de ne pas vous sentir à votre place ? Soit au sein de votre famille d'origine, soit au sein de votre famille actuelle soit tout simplement sur Terre doutant de votre vie actuelle, de ce que vous êtes venus faire sur Terre et de ce qui se passera après votre mort. À tout instant, vous pouvez le tester en estimant la véracité de cette pensée « je suis bien à ma place, ici et maintenant. J'accepte de mourir un jour en paix, à la hauteur de mon destin », si elle vous paraît appropriée à votre chemin personnel.

Si vous doutez de votre place aujourd’hui, cela provient de votre système familial, ou de votre système de pensées. Nous allons passer en revue ces différentes origines, systémique ou personnelle, et vous proposer des solutions pour chacune.

Votre place dans votre famille d’origine

Débutons par votre commencement. Votre place est naturellement sur Terre, enfant de deux parents biologiques. Cet énoncé qui paraît simple ne l'est pas pour tout le monde. Si vous ignorez votre origine, qui est votre père ou qui est votre mère biologique, vous risquez de les chercher dans d'autres lieux, sur Terre ou dans le ciel.

Ainsi, Antoine de Saint-Exupéry qui a perdu son père mort à 44 ans quand il en avait 4, le cherchait dans les cieux en étant pilote, ou dans ses romans en se faisant passer pour le petit Prince. Il mourut à 44 ans tout comme son père. La prière « notre père, qui êtes aux cieux » peut ainsi résonner juste pour ceux qui ne l'ont pas connu soit parce qu’il est mort jeune, soit parce qu’ils ont été adoptés. La dynamique systémique est alors de vouloir les rejoindre inconsciemment dans la mort. Alors, l’on nie son destin qui est d'accepter le cadeau reçu de ses parents biologiques, la vie terrestre en célébrant la vie.

Quelques pourcents de personnes ne sont pas des enfants de leur père soit parce qu'elles ont été adoptées soit parce qu'elles ne sont pas les enfants du mari de leur mère, comme Jésus dans le nouveau testament. C'est pourquoi, si vous avez la sensation ne pas être le fils de votre père, si vous avez les yeux marrons et que votre mère et son mari ont tous les deux les yeux bleus, demandez-leur qui est votre père biologique ou faites un test de paternité pour être sûr de vos origines.

Il peut aussi arriver que vous soyez identifié à une personne de votre système familial qui a réellement été adoptée, que ce soit par vos parents ou vos grands-parents, comme cela arrive souvent à Tahiti, appelés faamou. Alors, il est important de respecter cette personne et sa place pour que vous puissiez prendre la vôtre en toute tranquillité.

Ce phénomène d'intrication avec une personne de votre système familial peut aussi vous perturber sans qu'il y ait eu d'adoption. Si vous êtes un homme et qu’un de vos grands-parents est mort ou a perdu un enfant de même sexe que vous, vous pouvez vouloir prendre la place du mort, le grand-père ou l’oncle. Vous êtes alors à la place du frère ou du père d'un de vos parents. La conséquence est que vous ferez du souci pour ce parent et ne serez pas libre d’avancer dans la vie en toute tranquillité en vous reposant sur lui.

Un événement très courant lié à cette pensée est quand vos parents ont perdu un enfant. Ce fut le cas d'Antoine de Saint-Exupéry qui avait perdu un frère, François, mort à 15 ans, qu'il déguise en renard dans son roman. Alors, la tentation est grande de vouloir mourir pour prendre sa place ou le rejoindre. Beaucoup de personnes alcooliques ou qui fument ont perdu un frère ou une sœur qu’ils confondent avec leurs frères de beuverie, leur chien, ou des pseudo frères de sang découverts dans des causes mettant en danger leur vie. Un de mes clients ayant perdu un frère le cherchait au bout du monde et pensait avoir trouvé ses frères de sang dans la cause palestinienne. Une autre cliente confondait Sainte Rita qu’elle priait tous les jours avec sa sœur morte prénommée Marguerite.

Une solution pour trouver sa place dans sa famille d'origine est d'imaginer votre système d’origine en ordre, redonnant sa place à chacun. Imaginez une ligne sur laquelle vous placez vos ainés à droite et vos puînés à gauche. Puis à la droite de votre frère ou de votre sœur aînée, si ce n’est pas vous, placez vos parents biologiques, votre père étant à la droite de votre mère.

Comptez ceux qui n'ont pas vécu tels que les fausses couches, les avortements et les fécondations in vitro qui n'ont pas fonctionné. Là est votre place, sur cette ligne en comptant votre rang de fratrie. Vous pouvez même le répéter en disant : « Je suis le nième et je suis en vie ». Il vous suffit le répéter régulièrement, même si vous en n'êtes pas persuadés au début.

Votre place dans vos systèmes personnels

Ensuite, cette pensée et votre doute sur votre place peuvent provenir de votre ou vos systèmes personnels actuels, c'est-à-dire ceux auxquels vous avez contribué, qui comprennent vos relations précédentes et actuelles et vos enfants provenant de ces relations. Les relations précédentes influent sur vos relations actuelles si votre partenaire ou vous-même avez eu des relations fortes qui ne se sont pas terminées.

Vous êtes alors aspirés dans un système précédent et ne prenez pas votre place dans le système actuel. De plus, si votre partenaire a eu des enfants précédemment et que vous n'en avez pas avec lui, son précédent système aura plus de poids que votre système actuel. Il est alors impératif de compenser ce déséquilibre par un renforcement de l'implication de chacun dans le système actuel. Il est alors indispensable que le partenaire au système le plus « léger » exprimer ses demandes clairement, pour renforcer le lien.

Cela passe par aborder le sujet d’avoir ou non des enfants quand c’est possible, de passer du temps ensemble, d’investir dans des projets communs sachant que les enfants des systèmes précédents passeront toujours avant le partenaire du système actuel. Une manière assez simple de vérifier cette place est de visualiser la relation de couple et de constater si l’homme est à la droite de la femme. Si ce n’est pas le cas, il y a de fortes chances qu’un des deux partenaires est encore impliqué par son système d’origine ou un système précédent et qu’il n’est pas disponible pour son système actuel.

Certains événements concernant ces systèmes précédents résonnent sur les suivants. Si un avortement ou des fécondations in vitro a eu lieu lors d’une relation précédente, les relations ultérieures sont impactées. La parole « je suis bloquée » reflète souvent cet état de fait. Elle peut être émise par la femme à l'origine de l'avortement ou de la partenaire actuelle du père de l’enfant. Cela crée une confusion qu'il est nécessaire d'identifier pour y mettre fin.

Votre place sur Terre

Enfin, le troisième cas concerne votre place sur Terre. Que l'origine soit systémique ou personnelle le résultat est le même. Une personne qui doute de sa place sur Terre peut vouloir la quitter et avoir des tendances suicidaires. Son comportement le plus courant est de ne pas rester en place, de fuir la conversation en changeant de sujet, d'avoir les pieds qui trépignent montrant une envie de partir ou de se tenir près d’une sortie pour s’échapper facilement.

La pensée associée est celle d’Hamlet « Être ou ne pas être » qui indique l’hésitation entre vivre ou mourir, rester ou partir. Si vous êtes dans ce cas, travaillez votre pensée et rappelez-vous plusieurs fois par jour la croyance « je reste » en pensant à votre mort ou votre vie sur Terre. Le fait de penser à sa mort rassure paradoxalement la personne qui la désire. Les grands sportifs qui mettent en jeu leur vie comme les coureurs de formule 1, les motards assistants au Paris-Dakar ou les alpinistes grimpant en solo ou sans secours se rapprochent de leur mort pour être apaisé. Quelquefois ils s’en rapprochent de très près au risque de perdre leur vie.

Si vous êtes dans ce cas, imaginez simplement votre mort sous la forme d’une femme bienveillante en face de vous et dites-lui : « Quand le moment sera venu, je serai prêt. D'ici la, regarde-moi avec bienveillance. » Ainsi, vous acceptez votre place sur Terre. Vous acceptez d'être au bon endroit au bon moment. Plus vous êtes en paix avec votre mort, plus vous êtes amenés à savourer la vie même si vous ne faites rien, même si personne ne vous voit, même si personne ne vous entend, même si personne ne lit ce que vous avez écrit ou ne va voir vos films.

Accepter votre place et votre destin de mortel

À votre place, vous pouvez exister et célébrer la vie en ne faisant rien. Vous pouvez vous sentir en vie dans le vide, votre âme à vos côtés en toute tranquillité. En l’acceptant, vous faites preuve d'humilité. Vous acceptez d'avoir de la valeur par la vie que vous ont donnée vos parents biologiques.

Vous faites alors preuve de gratitude envers ce cadeau de la vie, cette possibilité qui vous est offerte de respirer l'air ambiant terrestre, de marcher sur le sol terrestre, d'aller sur d'autres endroits de la planète et de vous sentir en vie, à votre place, accompagné d'autres personnes qui, comme vous, sont à la hauteur de leur destin. Votre âme a fait preuve de courage en acceptant de s'incarner sur Terre et de vivre des expériences la faisant progresser spirituellement. En acceptant votre place sur terre, vous acceptez son choix, son courage et son accompagnement.

Restez silencieux, respirez tranquillement, imaginez votre âme à vos côtés ou devant vous et dites-lui tout simplement « je te remercie d'avoir choisi mon corps et mon esprit pour expérimenter la vie sur Terre. J'accepte la place que tu m'as choisie et je fais du mieux que je peux pour la mériter et d'être la hauteur de mon destin jusqu’au jour de ma mort ».

Author

Michel Diviné

Ingénieur de formation (Polytechnique, Stanford) reconverti dans l'accompagnement thérapeutique depuis + de 20 ans, Michel Diviné est un expert en constellations familiales, en EMDR, en Hypnose Ericksonienne et en travail de réconciliation avec les parents selon Jirina Prekop. Auteur de plusieurs ouvrages, il partage son expertise à travers ses blogs et ses ateliers réguliers en France et en Suisse. Découvrez-en plus sur ses blogs Psythérapeute, Constellations Familiales et Communication Bienveillante. 

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 16

Avril 2026

Le numéro

En vidéo

avec Michel Diviné, et sur le même sujet