Kathy Labarre : dire oui à ce que la vie propose
Kathy Labarre : « Dire oui à ce qui se présente a transformé ma vie »

Interviewée par Julie Destouches
Frôler la mort à 12 ans. Devenir experte du burn-out sans l'avoir cherché. Se réinventer officier pompier à 50 ans. Le parcours de Kathy Labarre défie toute logique de carrière. Son secret ? Une confiance absolue en ce que la vie propose, et le courage de dire oui.
Une révélation à 12 ans
Quand on demande à Kathy Labarre comment elle est devenue celle qu'elle est aujourd'hui, elle sourit. « La vie s'est ouverte merveilleusement en m'offrant des opportunités. »
Tout commence à 12 ans. Une forte fièvre la conduit aux portes de la mort. Hospitalisée, elle vit une expérience de sortie du corps qui va marquer son existence à jamais. « J'ai quitté mon corps et j'ai vu mon grand-père pleurer. J'ai entendu ma mère parler. Et moi j'allais très bien mais je ne pouvais pas leur dire », confie-t-elle. Ces expériences se reproduiront jusqu'à ses 17 ans, forgeant en elle une certitude profonde : « Tant que la vie coule en nous, tout est possible. » La peur de la mort ? Elle l'a apprivoisée avant même l'âge adulte. « Ça a façonné mon parcours et la joie de la vie que j'ai malgré les épreuves. »
Dès cet âge, Kathy entame un travail sur elle-même. Elle dévore Freud, Jung, Daco, écrit, s'interroge. « J'ai compris très jeune que la connaissance de soi était le chemin fondamental. »

Une rencontre qui change tout
Après des études en sciences de l'éducation, Kathy croise la route de Bernard Duperrin. Professeur de français devenu philosophe, sociologue et anthropologue, cet homme deviendra doyen d'université. « J'ai eu le privilège de l'avoir pendant un séminaire. Ça a été un déclic, une révélation », se souvient-elle.
C'est là qu'elle découvre la socio-analyse, cette discipline qui explore comment les archétypes sociaux, transmis par la famille, la religion, l'environnement, l'école, nous conditionnent à notre insu.
Pour obtenir son diplôme, elle doit rédiger son récit de vie (plus de quarante pages) et le présenter devant un jury. L'exercice lui révèle quelque chose de troublant : elle porte un archétype de représentations sociales transmis par la lignée paternelle, profondément ancré en elle. « Ça a été une grosse claque pour moi. C'était en totale contradiction avec l'amour que j'avais pour l'humain. J'ai dû travailler pour m'en défaire. »
Ce travail sur les archétypes devient le cœur de sa pratique. Elle apprend à distinguer ce qu'il faut élargir de ce qu'il faut abandonner. « L'éducation, la politesse, la ponctualité, ces valeurs, je les ai gardées en les assouplissant. Mais l'archétype des représentations sociales, celui qui nous pousse à juger les autres selon leur statut, je l'ai complètement mis à la poubelle. »
La puissance du « oui »
Ce qui frappe dans le parcours de Kathy Labarre, c'est sa façon d'accueillir ce qui se présente sans chercher à tout contrôler. « En 25 ans, je n'ai jamais appelé un seul client de ma vie. Les gens viennent, les entreprises viennent », révèle-t-elle. Les opportunités sont toujours venues à elle, comme attirées par une force invisible.
L'exemple le plus marquant ? Son expertise sur le burn-out. « Les maisons de retraite sont venues me chercher pour former leur personnel au stress. À l'époque, on n'avait même pas le droit de prononcer ce mot ! » Elle hésite. Elle doute de ses compétences dans ce domaine précis. « Je me suis dit : je ne sais pas si je suis la plus compétente pour parler de ça. Et puis la vie est venue comme ça et j'ai dit oui. Le burn-out est entré dans ma vie de manière complètement inattendue. »
Cette philosophie du oui ne signifie pas accepter n'importe quoi. Elle implique une écoute profonde de soi, une connexion à ce que Kathy appelle « le baromètre intérieur », le corps.
Sa seconde vie en est la preuve éclatante. Devenue leader dans la gestion de crise humanitaire lors des événements dramatiques de la vallée de la Roya, puis officier pompier expert, elle a embrassé un chemin inattendu. « J'ai même mis mon entreprise en parenthèses parce que mon cœur m'appelait à autre chose. »
Cinq clés pour dire oui à la vie
Forte de son expérience et de ses connaissances en neurosciences, Kathy Labarre partage des clés concrètes pour apprendre à faire confiance à la vie.
1. Pratiquer la cohérence cardiaque. « Cinq minutes, trois fois par jour. Si vous me dites que vous n'avez pas le temps, je vous répondrai que vous aurez le temps de compter les étoiles dans la tapisserie de l'hôpital », lance-t-elle. Les neurosciences le confirment : cette pratique simple modifie la plasticité cérébrale et permet de retrouver la stabilité émotionnelle. « On peut voir les résultats en temps réel avec un appareillage adapté. Ce n'est pas de la croyance, c'est de la science. »
2. Revenir au corps. Dans notre société, le corps est souvent réduit à un « habit d'apparat ». Pourtant, c'est « un baromètre extraordinaire. Les personnes qui tombent en burn-out n'ont pas appris à fonctionner avec le langage du corps qui envoie peut-être depuis six mois, peut-être depuis deux ans, des signaux d'alerte. » Dire oui à la vie commence par dire oui à ce que notre corps nous murmure.
3. Identifier ses archétypes inconscients. Quelles croyances avez-vous héritées de votre famille sur la réussite, le travail, les relations ? « La plupart des gens vivent selon des programmes qu'ils n'ont pas choisis », explique Kathy. Le premier pas vers la liberté consiste à les mettre en lumière. Certains méritent d'être conservés et assouplis, d'autres doivent être abandonnés.
4. Arrêter de se comparer. « Le culte de la performance a engendré le culte de la comparaison. Et la comparaison engendre la compétition. » Ce modèle hérité des années 70-80 nous rend malades. « Quand je modifie le rapport que j'ai à moi, je modifie le rapport à la vie, à la société, malgré les apparences. »
5. Célébrer chaque victoire sur ses peurs. La peur n'est pas l'opposé de la liberté. « Je suis quelqu'un de libre avec l'autorité sur ma vie. Ça ne m'empêche pas d'avoir des peurs. Par contre, je sais que la peur est une ombre et que je dois travailler sur moi pour y mettre de la lumière. Je suis contente chaque fois que je célèbre une victoire sur mes peurs. »
Un message d'espoir
Kathy accompagne aujourd'hui des personnes de tous âges, certaines ont 75, 83, même 84 ans, qui travaillent encore sur leurs archétypes. « Il n'est jamais trop tard », martèle-t-elle. « Tant que la vie coule en nous, la transformation reste possible. »
Dans un monde qu'elle décrit comme « malade, qui fait tout pour que cela dure et perdure », Kathy Labarre incarne une voie différente. Elle observe le burn-out devenir un fléau touchant des personnes de plus en plus jeunes, elle voit la manipulation par la peur devenir presque banale. Mais plutôt que de s'indigner stérilement, elle propose une alternative : la voie de la confiance. Celle du oui. Celle qui rappelle que « la liberté commence par être conscient que nous avons le privilège d'être en vie. Et ne jamais l'oublier. »
« La société est une réalité sociologique, mais ce n'est pas ma vérité », conclut-elle. « Quand on commence à aller dans la quête de soi, les portes s'ouvrent. »
Author
Kathy Labarre est socio-analyste, conférencière et officier pompier. Depuis 25 ans, elle accompagne individus et organisations à se libérer de leurs conditionnements inconscients grâce à une approche croisant sciences humaines et neurosciences.
Découvrez son livre « Lumière sur le burnout : La prochaine pandémie sera-t-elle mentale », sa formation en ligne « La voie royale de la libération de soi » sur Bebooda et tout son univers sur son site web.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.






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