Arnaud Riou : les voyages chamaniques pour se reconnecter à soi
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Les voyages chamaniques : explorer les mondes invisibles pour se reconnecter à soi
Ils ont le vent en poupe et promettent d’ouvrir de nouveaux horizons dans le paysage de notre conscience. Que sont ces voyages immobiles dont tout le monde parle ? Pour mettre le cap vers des éléments de compréhension, nous avons interviewé l’un des plus grands experts français, l’une des boussoles du chamanisme occidental, Arnaud Riou.
Le teint hâlé par le soleil africain, Arnaud Riou n’a pas encore ouvert sa valise qu’il répond généreusement à nos questions : « Je rentre du Kenya. J’étais hier avec les Massaï avec lesquels j'ai un projet de reconstruction d'un village. Avec L’académie de l’Acte et la Fondation TerreAnima, on allie l'utile à l'agréable, mais aussi l'esprit, la spiritualité à la matière, à l’action. »
Enseignant spirituel, auteur, conférencier, fondateur de la Voie le Acte ®, Approche Consciente de la Totalité de l'Être, Arnaud Riou établit des ponts entre les sagesses des peuples premiers et le monde moderne. Le succès de son livre « Réveillez le chaman qui est en vous » l’a propulsé en pleine lumière. Depuis, il n’a de cesse de sensibiliser ses contemporains aux sagesses ancestrales qui l’ont enseigné et révélé à lui-même.
« Je suis pas quelqu'un de théorique, dans les concepts, je suis quelqu'un d'action et j'aime faire en sorte que notre vie, nos actions, nos paroles et nos valeurs soient alignées. Moi, ma vocation c'est d’établir des liens entre la sagesse des peuples premiers et le monde moderne. Que ce soit les Massaï, les Mongols, ou alors en Amazonie, il s’agit à la fois de recevoir leurs enseignements authentiques, mais aussi de les aider sur le terrain parce que c'est bien de recevoir, mais il est important d'offrir aussi, donc on on aide autant qu’on peut. »
Tous ces peuples ont en commun une médecine ancestrale pratiquée et transmise par un chaman. Femme ou homme médecine, le chaman collabore avec les mondes invisibles pour assurer l’équilibre du village et la santé de ses habitants. Cette coopération se fait lors de transes induites par des rituels, des chants, des danses, le son du tambour ou parfois des plantes psychédéliques. Alors que pour les peuples premiers, seul le chaman voyage, en Occident, tout le monde veut faire l’expérience. « Pour le béotien, je veux poser quelques précautions. Si quelqu'un qui a une vie hyper matérialiste, qui ne médite pas, qui n’est pas en lien avec l’âme et qui, d'un seul coup, débarque dans un voyage chamanique, il peut y avoir des effets secondaires importants. Un peu comme quelqu'un qui ne se serait absolument pas intéressé à la science et qui, d’un coup, regarde dans un microscope. Il va voir tout un monde grouillant peut être effrayant sans comprendre ce que c’est. Quand on plonge en nous pendant un voyage chamanique, c'est exactement la même chose. Si on est averti, qu’on est un peu formé, enseigné sur les différentes dimensions de l'être - qu’est ce que l'esprit, qu'est ce que l’âme - alors on va pouvoir orienter le voyage, de la même façon que le scientifique va utiliser le microscope pour regarder ce qu'il a besoin de voir. Si aucune intention n’est posée, le voyage n’a pas grand intérêt. On a besoin de poser une intention. Qu'est ce qu'on veut ? Qu'est ce qui nous anime à faire ce voyage ? Tout en prenant conscience d'une réalité plus subtile qui existe tout autant que le monde visible.
On peut être pragmatique tout en étant sensible et ouvert à une dimension de l'invisible. C’est ce que font les chamans depuis la nuit des temps, s'intéresser à qui nous sommes en tant qu'êtres humains, sur notre place dans l’univers pour réaliser qu’on n’est pas qu’un corps. Partir dans un voyage chamanique pour mieux percevoir l'âme ou poser un autre regard sur notre passé, sur notre futur ou sur d'autres dimensions, c'est quelque chose qui demande d'avoir déjà la curiosité, l'envie et puis une certaine ouverture. Pour celui qui n'y croit pas du tout, il ne se passera rien ou pratiquement rien et c'est même mieux. »
Comment expliquer ce regain d’intérêt pour le chamanisme aujourd’hui en Occident ?
« L'Occident du 20e siècle s'est coupé de toute la réalité subtile que les peuples premiers ont gardée, que ce soit en Amazonie, dans le sud de l'Amérique latine ou ailleurs en Asie, il y a une sensibilité qui ne s'est pas perdue. Mais nous, dans notre culture hyper matérialiste avec la pensée de Descartes, on s'est petit à petit coupé du monde sensible, du monde invisible. Ça a donné des vies très matérialistes qui ne nous rendent pas forcément heureux. Je reviens du Kenya où les Massaï vivent dans la pauvreté, dans un grand dénuement, mais pourtant ils sont dans une très grande joie, une grande richesse relationnelle, parce qu'ils vont nourrir d'autres choses dans le subtil. Nous, en Occident, on s'est coupé de tout ça. On a plongé dans une recherche effrénée du matériel, de l’Avoir, une plus belle voiture, une meilleure réputation, et encore plus maintenant avec les réseaux sociaux… Tout ça nous écarte encore plus de la vraie vie. J'aime cette phrase qui dit, « Tant qu'on est endormi, on est dans notre monde. Quand on est éveillé, on est dans le monde. » Et quand on est dans le monde, on va percevoir la réalité sensible, énergétique de toute chose, de toute personne et de tout être vivant.
C'est ça le chamanisme, comme l’animisme, pour lequel tout ce qui est vivant a un esprit. Une forêt a un esprit, un arbre a un esprit, un animal aussi. Il y a encore 50 ans, les animaux étaient considérés comme des biens matériels. Les enfants étaient opérés sans anesthésie parce qu’on croyait qu’ils n'avaient pas d'âme ! On revient de loin par rapport à ça. Les chamans, eux, ne se sont jamais coupés de cette réalité. Il suffit de regarder les animaux pour voir que tous les animaux ont une sensibilité, qu’ils sont prêts à défendre leurs enfants. C'est souvent une question d'observation de la nature. Quand on observe la nature, on se rend compte qu'elle est vivante. C'est pour ça que le chaman observe beaucoup la nature, tout comme les mondes invisibles.
Comment ça marche, un voyage chamanique ?
On part toujours avec une intention. Comme par exemple rencontrer un défunt. On va se concentrer sur un défunt, peut-être allumer une bougie ou un bâton d’encens à l'intention du défunt, on va fermer les yeux et puis ouvrir notre cœur. Et puis peut-être qu’on va percevoir une présence ou une sensation, une vibration dans le corps… On va utiliser notre corps comme un baromètre pour percevoir une présence, un sentiment de sécurité ou d'irritation, quelque chose… On va vraiment observer notre corps et ses réactions.
Moi, j'encourage beaucoup à s’exercer dans la nature. Pour les chamans, il y a beaucoup d'initiations qui se font les yeux bandés où on va rester dans la nature pendant 1 heure, 2 heures, 3 heures… Et naturellement, qu'est ce qui se passe ? Si on ne peut plus voir avec les yeux, on va percevoir autrement : avec le cœur. Ça, c'est une expérience que n'importe qui peut tenter. On peut se bander les yeux, aller en forêt et y rester quelque temps pour percevoir le monde végétal, les arbres, le vent… Une fois qu’on perçoit, on va commencer à trouver notre propre vocabulaire et nommer ce qu’on ressent : « je me sens accueilli, ça me fait du bien ». Après seulement, on passera à l’analyse. On peut s'entraîner à percevoir un arbre et son aura plutôt que de le voir les yeux grands ouverts. C’est très puissant.
On le sait, nos sens ordinaires sont trompeurs. Si vous sentez de la viennoiserie dans le métro, c’est que le boulanger diffuse un parfum synthétique qui vous donnera envie d’acheter un croissant. Ça n'est pas la réalité et c'est vraiment important de le souligner. De la même façon, ce n’est pas parce qu’on ne le voit pas que ça n’existe pas. Il y a des choses qu'on ne voit pas et qu'un cheval, qu'une mouche ou qu'une tortue va voir. Les éléphants par exemple, entendent à plusieurs kilomètres, ils perçoivent avec leurs pieds sur le sol quelqu'un qui marche à plusieurs kilomètres, c'est leur façon d’entendre. Nous, on va se dire ça n'existe pas. Il faut savoir que plus on va développer nos sens subtiles, plus on avancera dans l’apprentissage du chamanisme.
Qu’en est-il des rituels et des protocoles qui entourent le voyage chamanique ?
Dans un premier temps, il faut éveiller nos sens et s’entraîner à percevoir (voir à travers). C'est comme un marathon. Les chamans s'entraînent tout le temps en observant. Ils écoutent beaucoup. Quand quelqu'un parle par exemple, on va écouter ce que disent les mots, mais aussi ce que dit le visage, la respiration, le ton de la voix, si la voix est dans la tête, dans la gorge, dans le ventre… C'est un entraînement quotidien.
Ensuite, seulement lorsqu’on est aguerri, on va pouvoir faire un voyage plus formel. Si j'ai besoin d'avoir une réponse à une question, je vais ouvrir une cérémonie, avec une introduction et une conclusion, que je me donne une heure ou 10 minutes pour faire mon voyage. Je peux prendre un support. Le tambour est un excellent support mais on peut aussi avoir un tambour enregistré pour se laisser aller. Et puis on va plonger dans le son du tambour et écouter ce qu’on ressent. Ça, c'est déjà un voyage chamanique. C'est très simple, un voyage chamanique en fait, il n’y a pas besoin d'en faire tout un truc.
Il n’y aurait donc pas de risque à faire un voyage chamanique ?
Le tambour, c’est comme un cheval. Il faut savoir monter avant de partir au galop. On n’est pas tous chamans mais on peut tous développer nos sens subtils. De la même façon qu’on peut tous savoir se garder en bonne santé, cela ne fait pas de nous un docteur. Le chamanisme, c'est exactement pareil : on peut s'intéresser à la santé sans être médecin. On peut se sensibiliser au chamanisme sans être chaman.
Mais dans notre culture, parce qu’on est tous en quête d’identité, les gens veulent être chaman, c'est comme ça… Pour peu qu'un médium ou qu’un thérapeute t’ai dit que dans une vie passée, tu as été chaman, ça y est, le film métro Goldwyn Meyer est parti, et on s'invente des trucs…
À ce moment-là, la spiritualité devient une fuite complètement mentale ! Pour peu qu'on soit hypersensible, on va s'imaginer un monde à part qui n'a rien à voir avec le monde réel. Et là, oui, il y a des dangers psychologiques et énergétiques.
Cet ego spirituel, c'est le contraire de la démarche du chaman qui lui, pour le coup, fait les choses avec le cœur, sans objectif et sans se mettre en avant d'ailleurs. Moi, j'ai été initié et reconnu chaman en Mongolie par les chamans mongols. En Mongolie, quand on apprend qu'on est chaman, c'est comme si on apprenait ici qu'on avait la peste ! C'est terrible parce que ça veut dire une vie dédiée à ça. Là-bas, personne ne veut être chaman… Et en France, tout le monde veut l’être, parce qu’on n'a pas la perception de ce que c’est. Généralement, les véritables chamans ne disent pas trop qu’ils sont chamans. En plus, ce terme même de « chaman » n'existe nulle part ailleurs que chez nous. Je reviens du Kenya. Chez les Massaï, il y a pas de chaman, il y a l’Olaibon. Le guérisseur en Amazonie, c'est le Pajé, en Amérique centrale, c'est le Curandero. Dans toutes ces traditions chamaniques, c'est le chaman qui fait le voyage, c'est pas le patient. Nous, en Occident, on veut voyager pour participer à notre guérison. Moi je trouve que c'est très sain. Mais on est aussi aujourd'hui dans une période où il y a le chamanisme d’un côté et les approches spirituelles ou ésotériques de l’autre.
Alors qu’il ne faut pas oublier ce besoin de toujours poser notre intention : « Qu'est ce que je veux ? » Et si, par exemple, je veux pacifier ma relation avec mes parents parce que ça s'est mal passé dans mon enfance, avant d’aller faire un voyage chamanique, c’est bien d'avoir fait un travail psychologique. Parce qu’avant d’aller revisiter notre histoire familiale, il est bon de pardonner et de mettre notre cœur en paix. On sera beaucoup plus disponible pour le voyage.
Et j'insiste là-dessus ! Pour quelqu'un qui n'est pas en paix avec son histoire, un voyage chamanique peut être très perturbant. Je n'encourage pas à le faire. Moi, je fais pas la promotion des voyages chamaniques. Si je voulais faire mon business là-dessus, avec la réputation que j'ai, je remplirai mes stages ! Mais c'est pas du tout ce que je veux faire, parce que le voyage chamanique n'est pas une finalité.
C'est comme rencontrer son animal totem, ce n'est pas une finalité en soi. Encore une fois, qu'est ce qu'on veut ? Se dire « moi je suis en contact avec l'ours ou le lion ou le tigre » ? Non, ce qu'on veut, c'est être heureux, c'est être en paix et c'est pouvoir contribuer à rendre le monde meilleur. Si on n'a pas cette clarté d'intention, il ne faut pas toucher au voyage chamanique, ni au chamanisme d’ailleurs.
Seulement si on a cette intention, alors il est bon de prendre des précautions, de se renseigner sur le chaman ou le praticien chamanique. Est-ce qu'il a réalisé ce qu'il enseigne ? On voit ça facilement : est-ce qu'il est en bonne santé ? Est-ce qu’il a de l’énergie ? Est ce qu'il est clair dans son activité ? Est-ce qu'il nous inspire quelque chose positif ou pas ? Il est très important de suivre notre intuition, ne pas aller voir le premier venu. Le voyage chamanique, ça n'est pas du tourisme. C'est un voyage, certes, mais ce n'est pas un loisir, au contraire, c’est un travail. C'est un accompagnement sur notre chemin. Il est important de ne jamais remettre son pouvoir personnel aux mains du chaman. Et se souvenir que dans un voyage chamanique, l’intention est cardinale. Sans intention, il y a pas d'objectif et sans objectif, c'est du tourisme et ça ne sert à rien. Le voyage chamanique, c'est une voix magnifique mais qui est complémentaire d’une démarche plus globale, spirituelle et holistique.
Extraits de « La Puissance des rituels », publié aux éditions Animae.
Voyage immobile et éveillé
« Dans les traditions des peuples premiers, les rituels sont partout. Tout dans leurs cérémonies, leurs façons de sacraliser le quotidien, d’organiser les repas, les offrandes, les visites de sites
historiques, les prières, tout ramène aux rituels. Rituels pour invoquer les esprits, pour retrouver la santé, communiquer avec les défunts. Rituels pour demander le soutien du petit peuple de
la forêt. Rituels autour du feu, de la pluie, pratiques de druides et de sorcières.
Puis, un jour, lors d’un voyage en Inde, je suis allé consulter un chaman. J’avais trente-cinq ans et je le sollicitais pour qu’il m’aide à pacifier un conflit personnel. Il m’a invité à écrire sur un parchemin qu’il m’a tendu tout ce que je gardais sur le cœur.
Il jouait du tambour, pendant que je noircissais des pages de reproches, de remords, de plaintes et de douleurs. Il ne jugeait rien, comprenait à peine ma langue, mais nous étions à l’unisson. Lui avec son tambour, moi avec mes maux à soigner. Nous opérions un même rituel.
Après que j’ai vidé mon sac, il a pris mes feuilles, les a brûlées, puis les a placées dans une petite boîte joliment décorée sur laquelle il a soufflé. Il a enterré la boîte, et d’un grand sourire m’a confié que ma guérison était terminée, que je venais de me débarrasser de vieilles blessures de l’enfance et que je pouvais reprendre ma route. En le regardant faire, j’ai ressenti dans mon cœur le soulagement de l’enfant qui, des années plus tôt, avait réalisé ce même rituel dans le jardin
de sa maison.
J’ai réalisé, alors, combien les rituels sont intemporels, combien ils sont spontanés et universels, combien, s’ils peuvent sembler dérisoires aux yeux de certains, ils permettent à d’autres de se sentir dignes et droits, combien ils sont accessibles et universels. Nous pouvons chacun créer les rituels qui nous correspondent.
J’ai alors souhaité partager mon expérience des rituels dans un livre. C’est ainsi qu’est né La Puissance des rituels. »
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.







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