Quand le couple change : comment recréer du lien ou faire le choix de l’indépendance ?

Départ des enfants de la maison, changements du rythme de vie, retraite, évolution personnelle, divergences, maladie… Le couple est exposé à bien des bouleversements au cours de sa vie, et devient alors un espace à revisiter. Alors, est-il possible de se réinventer, ensemble ? Ou est-il préférable de prendre des chemins différents ? Explorons ensemble quelques clés de compréhension ainsi que des outils concrets, permettant de rester authentique avec soi et avec l’autre.
Le changement dans le couple est naturel
Au fil de son existence, le couple évolue et traverse différentes phases, décrites avec justesse par les théories systématiques en thérapie familiale, apportées par Virginia Satir et Salvador Minuchin, deux pionniers en la matière. Le couple est alors vu comme un système vivant, voué à évoluer, se déchirer, se reconstruire, grandir et s’épanouir.
Plusieurs cycles de vie distincts sont alors mis en lumière : il est possible, bien sûr, de les traverser dans l’ordre ou dans le désordre, cela dépend de l’expérience de chacun.
Vous avez, par exemple, certainement entendu parler de la célèbre lune de miel, durant de quelques semaines à quelques mois. Celle-ci constitue habituellement la première étape de la vie d’un couple, le lieu de sa naissance. Séduction, découverte de l’autre, déni involontaire de ses défauts, surestimation de ses qualités, nuits endiablées… Cette période, si elle est souvent plébiscitée comme la plus intense, la plus charnière et la plus merveilleuse du couple, n’est en réalité pas destinée à durer.
La phase de différenciation, quant à elle, constitue l’instant où chaque membre du couple réinvestit sa propre personnalité, ses envies et objectifs, ses limites et son individualité. Un sentiment de désillusion peut alors surgir, mais aussi de magnifiques découvertes. On apprend alors à aimer les petites manies de l’autre, à composer avec son ambivalence et ses contradictions. On se crée des souvenirs communs, et les premiers conflits peuvent apparaître.
C’est après la différenciation que peut survenir l’individuation, aussi nommée la phase d’exploration : chacun se développe et grandit de son côté, le couple est toujours présent, mais souvent négligé. Considéré comme indéboulonnable, il n’est pas choyé régulièrement, ce qui pousse chacun des amoureux à se consacrer à sa propre vie personnelle. Cette phase peut, souvent, se produire après l’arrivée des enfants, une trahison ou un conflit majeur dans le couple. Il est possible de la comparer à un moment de colocation entre les amoureux, liée à une perte d’intimité affective, psychologique et sexuelle.
Surviennent alors, au bout de quelque temps, deux options distinctes : le réengagement ou la séparation.
Le réengagement consiste à créer de nouvelles routines, à se réinvestir dans son couple et dans sa vie à deux, à redonner à l’autre une place centrale dans votre existence. La seconde option, quant à elle, nécessite d’emprunter des chemins différents, de métamorphoser le lien amoureux. Cette métamorphose, par ailleurs, n’est pas obligatoirement déchirante, violente et destructrice. Bien au contraire. Il existe de nombreuses manières de réinventer cette relation qui a tant compté : devenir co-parents, redevenir amis, conserver des liens familiaux puissants…
Bien entendu, chacune de ces phases est naturelle, normale et souvent souhaitable. Puisque le couple est un système vivant, celui-ci est soumis aux aléas de la vie et à leurs impacts sur le quotidien : envies de solitudes, reconversions professionnelles, évolution personnelle, deuils, accidents, maladie, vacances en famille, moments de complicités, heureuses nouvelles… La seconde moitié de vie, comme décrite par le psychanalyste suisse Carl Gustav Jung, constitue également un palier important à franchir, qui peut ébranler les fondations du couple.
Il s’agit, pour le psychanalyste, d’une période de croissance personnelle, où les individus se redéfinissent par rapport à leurs propres attentes et envies - après avoir passé la première moitié de leur vie à se construire par rapport aux autres. Bien évidemment, cette période d’individualisation peut représenter quelques secousses pour le couple. Cependant, le psychiatre Christophe Fauré, cette période n’est pas forcément égale à des crises importantes, plutôt à quelques changements subtils et intimes, auxquels le couple doit s’adapter avec douceur.
Esther Perrel, célèbre psychothérapeute spécialisée dans les questions de couple, nous livre une véritable leçon de sagesse amoureuse, au sein de son ouvrage « L’intelligence érotique : faire vivre le désir dans le couple » :
Le mariage ne sonne pas la fin de la romance, il en est le commencement. Ils [les amoureux épanouis] savent qu’ils ont des années devant eux pour expérimenter leur connexion, pour essayer et regretter, et même pour échouer. Ils voient leur relation amoureuse comme quelque chose de vivant et d’évolutif, pas comme un fait accompli. C’est une histoire qu’ils écrivent ensemble, une histoire avec de nombreux chapitres, et aucun des deux partenaires ne sait comment elle finira. Il y a toujours un endroit où ils ne sont pas encore allés, une part de l’autre qui n’a pas encore été découverte.
Recréer du lien dans un couple en transformation
S’il est parfaitement naturel que les relations évoluent et que le couple se transforme au fil du temps, alors, comment recréer du lien, de l’intimité, et de la connexion profonde ?
Il est fondamental, dans votre démarche, d’ouvrir la conversation avec votre partenaire à ce sujet, de manière bienveillante, douce, et sans jugements hâtifs. Revenez ensemble à l’essentiel : « qu’est-ce qui nous relie encore aujourd’hui ? ». Est-ce des projets communs, des rituels partagés, des moments de qualité ? Si ces éléments vous manquent à tous deux, que pourriez-vous ajouter dans votre quotidien pour placer votre couple au centre de vos préoccupations ?
La création d’une nouvelle connexion après un temps d’éloignement demande une implication de chacun, mais aussi une remise en question nécessaire et parfois un peu désagréable, disons-le. L’éloignement n’est pas toujours en lien avec votre partenaire : il souligne davantage qui vous êtes devenu. Et si vous présentiez cette nouvelle personne à votre partenaire ? Ouvrez, par exemple, des discussions simples, mais qui permettent de vous reconnecter à l’autre :
Qu’as-tu aimé dans ta journée ? »« Aujourd’hui, j’ai vu cela, et ça m’a fait penser à toi »« Je m’intéresse beaucoup à ce sujet en ce moment, en as-tu entendu parler ? »« En ce moment, ce sujet me cause des soucis. J’aimerais avoir ton avis
Vous recréez ainsi un lien entre ce que vous êtes et l’autre. Une manière de construire des ponts, de vous reconnecter en tant qu’individu unique et merveilleux, à l’unicité et à la beauté de l’autre. Se redonner de l’importance pour exister dans son couple, voilà toute la clé de cette reconnexion.
Vous n’êtes pas obligé d’être d’accord sur tout, bien entendu. Il est essentiel d’avoir des conversations difficiles, crues, intimes et parfois intenses, afin de créer un véritable lien de confiance. « Qu’est-ce qui te manque dans notre relation ? » peut être un excellent point de départ pour lancer la conversation.
Recréer du lien demande un réinvestissement dans la relation. Questionner ses tabous, ses zones d’ombre, remettre en question des schémas ou des habitudes. Avec une bienveillance nécessaire et indispensable, permettant l’émergence de nouvelles idées, de nouvelles possibilités de connexion et de nouvelles sources d’amour. Esther Perel avance que, contrairement aux idées reçues, il existe bien d’autres formes de trahison dans le couple que l’infidélité : la négligence, l’indifférence et la complaisance en font intégralement partie.
Alors, pourquoi ne pas balayer ces micro-trahisons du quotidien d’un revers de la main, ensemble ? Pourquoi ne pas en parler, justement, de ces instants difficiles, des torts partagés et ce que l’on souhaite ne plus jamais reproduire ?
L’idée ici est de ne pas s’attribuer de rôle (consciemment ou non !) de « bon » et de « méchant », mais de prendre conscience de l’existence de la zone grise, celle où l’on se retrouve et où l’on peut s’écouter, à nouveau.
Le concept des langages de l’amour peut, ici aussi, vous aider à trouver de nouvelles manières de vous aimer - en parlant la même langue que votre partenaire. Cette idée a été développée par Gary Chapman, conseiller conjugal, qui avance la théorie qu’il existe 5 langages de l’amour, qui sont propres à chacun :1 - Les paroles valorisantes : recevoir des compliments, reconnaître à voix haute les forces de votre partenaire, recevoir de la reconnaissance, lui dire qu’il est apprécié.2 - Les moments de qualité : partager des activités communes, dialoguer, vivre de nouvelles expériences, cuisiner ensemble…3 - Les cadeaux : recevoir un bouquet de fleurs, un bijou, une petite attention… En dehors des anniversaires et autres fêtes traditionnelles, bien sûr !4 - Les actes de service : préparer le café de l’autre avant qu’il ne parte au travail, déneiger la voiture, s’occuper des enfants pour que vous puissiez prendre un bain…5 - Le contact physique : s’embrasser, se caresser le dos, s’enlacer, avoir des relations sexuelles, regarder un film collé l’un contre l’autre…
Une bonne occasion d’ouvrir la discussion avec votre amoureux ou amoureuse : comment aimez-vous être aimée ? Quels sont les gestes qui vous font vous sentir valorisée, précieuse et importante dans les yeux de votre partenaire ? Et lui ? En dialoguant sincèrement à ce sujet, vous vous surprendrez peut-être à comprendre que non, chéri(e) n’est pas très fan des petits cadeaux (contrairement à ce que vous pensiez !), mais que le contact physique est vraiment plus important de son point de vue… Une excellente manière de réapprendre à vous aimer !
Vous pouvez également écrire chacun de votre côté ce que vous aimeriez vivre à deux, et ce que vous attendez de l’autre. Comparez ensuite vos deux listes avant de repérer les convergences… Et de discuter des divergences !
Quand les chemins s’éloignent : oser l’indépendance sans drame
Plusieurs signes peuvent indiquer qu’il est temps d’oser l’indépendance et que vos chemins de vie sont en train de prendre des directions différentes. Bien entendu, chaque situation est différente, et chaque personne est unique : il n’existe pas (heureusement !) de liste précise des signes qui vous montreraient, avec fermeté et sans négociation possible, qu’une histoire s’achève.
Certaines situations peuvent, cependant, vous mettre sur la piste d’une réflexion nécessaire : vous vous imaginez souvent vivre seule avec une pointe de joie, vous ne vous sentez ni entendue ni respectée dans ce qui vous tient à cœur, et la vie à deux est devenue une source permanente d’angoisse, de difficultés et de contraintes… Sans que vous n’ayez l’envie profonde de changer les choses pour le mieux.
Le cinéma nous a offert une vision de la séparation dramatisée, violente et larmoyante, alors qu’une clôture douce, apaisée et bienveillante de cette partie de votre vie est tout à fait possible. Se séparer avec lucidité et respect, c’est possible.
Le concept de « séparation consciente » a d’ailleurs été développé par la psychologue Katherine Woodward Thomas. Celui-ci repose sur l’idée qu’une séparation consciente s’appuie sur la reconnaissance et la gratitude de ce qu’à été la relation, tout en évitant les rancunes et les conflits destructeurs et en favorisant une transition apaisée vers une nouvelle version de votre relation.« J’ai quitté mon mari après 35 années de mariage. Ce fut une décision mûrement réfléchie, nous en avons beaucoup parlé. Nous avons pleuré ensemble, mais nous étions d’accord : nous nous acharnions sur quelque chose qui n’existait plus depuis longtemps. Depuis, je me sens libérée, je suis à nouveau moi-même et j’ai repris confiance en moi ». Natasha, 57 ans
Exercice pratique
Les principes de la communication non violente (CNV) ont été développés par Marshall B. Rosenberg, un psychologue américain. Véritable outil de bien-être et de bien-vivre avec les autres, la CNV peut vous aider à exprimer vos besoins (et à entendre ceux de votre partenaire), sans qu’aucun d’entre vous ne se sente pointé du doigt.
Pour cela, pour pouvez reprendre cette formule, chacun votre tour, sans interruption de l’autre :« Quand je vis [situation], je ressens [émotion], parce que j’ai besoin de [besoin]. Est-ce que tu serais d’accord pour [demande] ? »Un exercice instructif, idéal pour une reconnexion en douceur à l’autre, et pour parler de vos difficultés sans violence, reproches ou conflits.
D’Esther Perel à Marshall B Rosenberg, les spécialistes de l’amour et de la cohabitation nous démontrent qu’il est possible, si l’on souhaite, de réinvestir son couple pour lui offrir une seconde vie, plus alignée avec vos objectifs et la personne que vous êtes devenue. Que vous choisissiez de rester ou de voler de vos propres ailes, l’essentiel demeure de vous choisir, vous, et de prioriser votre bien-être ainsi que votre sécurité affective.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.




