Pourquoi vous bloquez votre propre réussite (et comment vous en sortir)
L’auto-sabotage, vous connaissez. Pas besoin de vous l’expliquer. Tout comme vous savez aussi que c’est à cause de lui que vous n’arrivez pas à dévoiler au grand jour votre véritable potentiel. Mais vous a-t-on déjà expliqué pourquoi ça vous arrive à vous ? Et surtout comment vous en sortir ? Non ? Allez, suivez le guide !

S’auto-saboter : une habitude qui a la vie dure

De quoi s’agit-il ?
L’auto-sabotage est un mécanisme psychologique vous poussant à nuire à vos capacités à atteindre vos objectifs, malgré un désir conscient de réussite. L’auto-sabotage s’attaque sans ménagement à tous les domaines de votre vie : le travail, les relations personnelles, les études… Et bien d’autres encore. Ainsi, une personne ayant l’opportunité d’obtenir une promotion dans sa carrière professionnelle choisit alors de ne pas postuler, par peur d’être jugée incompétente, par exemple.
L’impact de l’auto-sabotage sur votre bien-être
Il est important de comprendre combien l’auto-sabotage vous fait agir contre vos intérêts, et nuit ainsi à votre santé mentale et physique. Ce comportement peut alors vous faire accumuler beaucoup de stress, ce qui peut conduire à des troubles bien plus graves, comme la dépression, l’anxiété chronique, ou même des problèmes physiques liés à l’accumulation de stress. L’auto-sabotage vous fait nier en bloc vos aspirations ainsi que vos besoins, dans une génération de dissonance cognitive puissante, une véritable lutte interne nuisant à votre bien-être global.
Pourquoi vous sabotez-vous ?
S’auto-saboter : un mécanisme de défense
Plusieurs déclencheurs émotionnels peuvent se situer à la racine d’un comportement auto-saboteur. Les situations rencontrées, vous offrant des opportunités de prouver votre valeur, agissent ainsi comme des boutons « on » sur lesquels viennent appuyer des peurs profondes. L’auto-sabotage survient lorsque vous utilisez des stratégies d’évitement pour contrer votre peur du succès ou de l’échec.
Ces peurs peuvent avoir plusieurs origines : un traumatisme rencontré durant l’enfance, le souvenir d’évènements très stressants, des blessures relationnelles non résolues… Le cerveau déclenche alors un mécanisme de protection, vous évitant ainsi d’avoir à subir des douleurs supplémentaires. Il se souvient que, la dernière fois qu’il a vécu une telle situation, vous avez souffert. Pour vous épargner de nouvelles déceptions ou de nouveaux traumatismes, il vous pousse alors à éviter toutes les situations qu’il considère « à risque » : c’est de l’auto-sabotage ! Une situation expliquée par Jean-Pol Laplanche, dans son essai « Des racines de l’auto-sabotage » (2012) : selon lui, des situations d’humiliation ou de honte passées sont souvent à l’origine des comportements d’auto-sabotage. Il s’agirait même du sujet principal des thérapies vouées à limiter l’impact des comportements auto-saboteurs !
Par exemple, si vous avez échoué à un examen important dans votre jeunesse, vous pourriez être amenés à ne plus vouloir prendre de risques au cours de votre carrière, afin de vous protéger (inconsciemment !) d’un nouveau potentiel échec.
Le rôle de la culture et des attentes sociales
Dans une société capitaliste telle que la nôtre, valorisant la réussite, la richesse, la productivité et la possession matérielle, l’individu peut développer un sentiment de ne jamais parvenir à combler les attentes sociétales qui s’imposent à lui.
Plusieurs études, notamment menées par Clance, Pauline R., et Suzanne A. Imes, des chercheuses à l’origine de la définition du syndrome de l’imposteur, dévoilent que les attentes culturelles et sociales, perçues comme trop élevées, peuvent permettre la naissance de comportements auto-saboteurs en influençant l’estime de soi de manière négative.
Or, ce phénomène est loin de se limiter aux attentes sociétales générales : il s’ancre également au sein de nos interactions quotidiennes. Une théorie défendue par l’étude de Nasser et a-Tamimi, intitulée « The relationship between self-sabotage and organizational climate of schools » (2022). Cette étude portait sur des élèves en difficulté comportementale, et a permis de révéler que plus un individu ressent une pression sociale élevée (peur du jugement, anxiété sociale, sentiment d’exclusion), plus celui-ci développe une tendance à l’auto-sabotage.
Il s’agit alors ici d’une forme d’évitement, permettant d’échapper au risque d’être critiqué, jugé ou vu comme incompétent. Ainsi, certains élèves de l’étude préféraient ne pas rendre leurs devoirs à leurs professeurs plutôt que de prendre le risque d’affronter une mauvaise note.
Le schéma mis en lumière par cette étude ne s’arrête malheureusement pas au stade de l’adolescence. Dans votre vie personnelle ou professionnelle, il est aussi possible que la peur du regard des autres vous pousse à vous mettre des bâtons dans les roues afin de fuir la possibilité d’une éventuelle déception et de conserver une illusion de contrôle… Au prix de votre propre réussite !
Ainsi, les attentes de la société vous paraissent inatteignables : lorsque vous ne parvenez pas à les remplir complètement (ce qui est particulièrement difficile !), vous avez l’impression de perdre de votre valeur personnelle. Ainsi, pour éviter ce sentiment désagréable d’échec, de ne pas être « assez bien », vous auto-sabotez vos projets, vos carrières et vos relations. Cela ne peut pas être un réel échec si vous n’avez pas vraiment essayé ou si vous avez abandonné en cours de route… Pas vrai ? Voilà toute la perversité du mécanisme d’auto-sabotage !
Les mécanismes psychologiques à l’origine de l’auto-sabotage
Le rôle des croyances limitantes
Les croyances limitantes se trouvent au cœur des mécanismes psychologiques à l’origine de l’auto-sabotage. Il s’agit d’une série de petites prophéties personnelles façonnées par vos expériences passées, déterminant ainsi ce que vous pensez possible ou impossible. Ces croyances sont appelées « limitantes », car elles peuvent vous empêcher d’avancer sereinement sur votre chemin de vie. Elles sont bien souvent héritées de votre enfance, de vos traumatismes, de votre éducation ou de vos relations. Contrairement à des croyances « standard », ces croyances limitantes ne sont pas neutres, car elles influencent directement vos décisions ainsi que vos actions, en érigeant des barrières mentales entre vos objectifs et vos actions.
Ces croyances limitantes peuvent prendre plusieurs formes : « je ne suis pas fait pour réussir », « je ne suis pas assez intelligente pour y parvenir », « je ne mérite pas d’être aimé », etc. Or, ces petites phrases sont loin d’être anodines, car elles formatent votre vision du monde et votre manière d’y évoluer. Il est alors possible de développer des techniques d’auto-sabotage afin de confirmer la validité de ces croyances.
Cela peut prendre plusieurs formes. Si vous pensez ne pas être capable de leader un groupe, vous risquez d’éviter de prendre des responsabilités ou de déléguer excessivement vos charges de travail. Si vous pensez que l’argent rend les personnes avides et mauvaises, vous risquez de dépenser sans compter pour ne jamais vraiment vous enrichir. Si vous pensez que vos relations amoureuses finissent toujours mal, vous risquez de saboter toutes les nouvelles rencontres que vous feriez, en provoquant des conflits sans raison valable ou en choisissant des partenaires qui ne vous conviennent pas.
Les croyances limitantes sont ainsi à l’origine même de l’auto-sabotage, qui se trouve être un moyen de renforcer les idées préconçues que vous vous faites sur vous-même.
Le syndrome de l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur a toute sa place dans la dynamique de l’auto-sabotage. Les personnes souffrant du syndrome de l’imposteur ont l’impression de ne pas mériter leurs succès. Elles attribuent constamment leurs réussites à des facteurs externes : elles ont reçu de l’aide d’un collègue, ou tout simplement eu de la chance, voilà tout ! Ces personnes vivent alors dans une peur d’être « démasquées », et pour que cette situation ne se produise pas, elles mettent en place des actions pour saboter leurs efforts.
Cette situation peut alors prendre plusieurs formes :
- La procrastination, qui consiste à repousser les actions nécessaires pour réussir jusqu’au dernier moment, afin de justifier un résultat médiocre.
- L’auto-handicap, qui permet de se fixer des objectifs inatteignables, afin de justifier leur futur échec.
- L’évitement, une stratégie qui consiste à refuser les opportunités qui se présentent de peur de ne pas en être à la hauteur.
Le syndrome de l’imposteur a tout particulièrement été étudié et documenté par Clance, Pauline R., et Suzanne A. Imes, dans leur étude « The Impostor Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention ». Un document faisant état de référence sur le sujet, expliquant parfaitement les tenants et aboutissants de ce mécanisme psychologique complexe.
Il est intéressant de noter qu’un perfectionnisme excessif, ici encore, alimente le cycle de l’auto-sabotage. Les personnes concernées risquent alors de penser que leur travail ne vaut rien s’il n’atteint pas la perfection absolue. Résultat ? Elles s’épuisent à la tâche, et la peur d’échouer les pousse à s’auto-saboter afin de les protéger contre une éventuelle déception à venir. Il y a ici une idée très courante, consistant à penser « si ce n’est pas parfait, autant ne rien présenter du tout » !
Les cas d’auto-sabotage sont tout particulièrement perceptibles chez les personnes créatives. Ces individus font souvent preuve d’un perfectionnisme presque maladif, par peur de l’échec. Résultat ? Ils auto-sabotent leur travail, de peur de ne jamais parvenir à atteindre la perfection tant convoitée. L’expression de la créativité exige un véritable supplément d’âme, un engagement corps et cœur dans un projet artistique, la libération d’une sensibilité exacerbée. En résulte alors une immense peur du jugement, car les créatifs s’associent pleinement à leurs œuvres : si elles sont rejetées, alors ils se sentent rejetés eux aussi. Ainsi, un écrivain en herbe pourrait ne jamais oser soumettre ses manuscrits à des éditeurs, de peur d’être rejeté ou considéré comme « mauvais ».
Il est aussi possible de constater ici une forme d’auto-dévalorisation très puissante. Les individus concernés vont alors minimiser leurs réussites, ne pas demander une promotion au travail ou la prise en charge d’un projet, afin de ne pas devoir prouver qu’ils en sont dignes. Ainsi, l’idée de recevoir de la reconnaissance est absolument paralysante pour les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur, puisqu’elles ont l’impression de devoir justifier leurs réussites - en plus des actions qui les auront amenées à réussir ! Il est ainsi plus « simple », pour ces individus, de saboter leur travail.
L’auto-sabotage, une prophétie auto-réalisatrice
Le cerveau humain déteste la contradiction : il cherchera toujours à s’auto-confirmer, quelles que soient les circonstances. Ainsi, plus une personne ressent un sentiment (justifié ou non) d’incompétence, plus elle s’auto-sabotera afin de s’auto-prouver que son sentiment de ne pas être « assez bien » est réel et valide. Le problème, c’est que les actions d’auto-sabotage alimentent elles-mêmes le sentiment d’être incompétent. Un véritable cercle vicieux dont il est particulièrement difficile de sortir.
Ainsi, les personnes qui s’auto-sabotent visent parfois volontairement l’échec, afin de se prouver qu’elles avaient raison depuis le début : elles ne sont décidément pas suffisamment compétentes, et, puisqu’elles sont des impostures, cette situation vient confirmer qu’elles ne méritent pas que quelque chose de positif leur arrive.
Dans le cas où ces personnes parviennent à atteindre leurs objectifs, elles devront accepter la possibilité qu’elles méritent leur succès… Impossible, pour quelqu’un qui souffre d’un fort syndrome de l’imposteur ! Pour se protéger de cette contradiction, le cerveau décide alors d’auto-saboter les efforts fournis, afin de ne pas se retrouver dans une situation inconfortable de dissonance cognitive.
Les bénéfices perçus de l’auto-sabotage
Oui, vous avez bien lu ! Certaines personnes trouvent un certain confort dans la pratique de l’auto-sabotage, qui leur permet de rationaliser leurs échecs et de se complaire dans ce qu’elles connaissent déjà. L’auto-sabotage permet alors de rester dans une certaine zone de confort, permettant d’éviter de prendre des risques, de se montrer vulnérable ou d’oser opérer des changements importants dans leur existence. L’auto-sabotage, en limitant les ambitions d’un individu et en réduisant ses attentes, permet une forme de protection mentale, qui évite une confrontation avec ses propres limites ainsi qu’avec son véritable potentiel.
Comment sortir de l’auto-sabotage ?
Dites « stop » aux croyances limitantes !
Si votre cerveau a intégré ses croyances limitantes (et les a renforcées!) au fil des années, rassurez-vous! Il est tout à fait possible de le «reprogrammer» pour adopter de nouvelles croyances, plus propices à votre estime de soi et à votre développement personnel !
Pour cela, il est indispensable d’identifier les croyances limitantes en question. Pour ce faire, vous pouvez lister sur un carnet tout ce que vous « croyez » à propos de vous, que ce soit positif ou négatif. Ensuite, relisez-vous et identifiez les croyances négatives : il s’agit d’un excellent point de départ pour réussir à « challenger » ces pensées lorsqu’elles se présenteront à vous. Par exemple, lorsque la pensée « je suis incapable de réussir » arrive à votre esprit, reformulez-la en une autre phrase « je peux faire tout ce que je veux ». Au fil du temps, vos pensées négatives s’effaceront, et de nouvelles croyances, plus positives et encourageantes, pourront s’imprégner dans votre esprit !
L’auto-compassion : ou comment devenir votre meilleur ami
Et s’il suffisait de vous montrer davantage bienveillant envers vous-même pour réussir à surmonter les comportements auto-saboteurs ?
Il peut être intéressant, ainsi, d’éviter de vous fixer des objectifs trop ambitieux ou irréalistes. Pour ce faire, n’hésitez pas à vous demander si vous fixeriez de tels objectifs à votre meilleure amie. La jugeriez-vous aussi durement ? Exigeriez-vous autant de sa part ? Si la réponse est « non », alors n’hésitez pas à appliquer un peu plus d’auto-compassion dans votre manière de vous conduire avec vous-même !
Cette stratégie, consistant à vous fixer des objectifs plus progressifs et réalistes, vous protégera également du risque de la déception ou de l’envie de saboter vos efforts. Ainsi, chaque petite victoire pourra pleinement être célébrée et vous aider à renforcer votre confiance en vous !
L’auto-sabotage est définitivement un défi personnel à surmonter, vous faisant expérimenter une réaction inappropriée face à des peurs ou des croyances limitantes. Fort heureusement, il est tout à fait possible de surmonter ce mécanisme, afin d’avancer plus sereinement vers vos objectifs ! Il est important de noter que l’auto-sabotage est un mécanisme complexe, duquel il peut être très difficile de sortir seul. N’hésitez pas, ainsi, à vous orienter vers un professionnel de la santé mentale qui vous aidera à identifier clairement les racines de ces comportements tout en vous offrant des pistes d’action concrètes pour vous aider à sortir de ce cercle vicieux.
Sources
- 1 - Laplanche, Jean-Pol. « Des racines de l’auto-sabotage ». Gestalt, 2012/1 n° 41, 2012. p.65-72. CAIRN.INFO https://shs.cairn.info/revue-gestalt-2012-1-page-65?lang=fr&utm_source=chatgpt.com
- 2 - Clance, Pauline R., and Suzanne A. Imes. “The Impostor Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention.” Psychotherapy: Theory, Research & Practice, vol. 15, no. 3, 1978, pp. 241-247, www.paulineroseclance.com/pdf/ip_high_achieving_women.pdf.
- 3 - Nasser, Ashwak Saber, et Rafid Sabah al-Tamimi. «The Relationship of Social Tension with Self-Sabotage for Behaviorally Disturbed Students.» Journal of Positive Psychology and Wellbeing, vol. 6, no. 1, 2022, pp. 3275-3288.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.







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