Pourquoi ne trouves-tu pas ton grand amour ?

À la recherche du Grand Amour
Êtes-vous à la recherche de l'amour idéal ? D’un amour inconditionnel, immortel et parfait ?

Avez-vous déjà eu l'impression de l'avoir trouvé, puis d'être déçu par des événements difficiles comme la perte d'un proche ? La disparition d'un frère, d'une sœur, d'un oncle, d'une tante, ou encore d'un grand-parent peut profondément ébranler notre vision de l'amour.
L'amour absolu existe-t-il vraiment, ou est-ce une construction de notre imagination ? Cette quête d'un sentiment parfait et inaccessible est souvent conditionnée par notre histoire familiale.
Pour explorer cette question, nous allons d'abord découvrir deux histoires d'amour célèbres de la littérature, puis nous analyserons ces relations de manière plus pragmatique, en observant la réalité de deux auteurs et leur rapport à l'amour.

Deux histoires d'amour légendaires
Dans cette première partie, nous allons explorer les histoires d'amour les plus célèbres de la littérature mondiale. Ces récits ont traversé les siècles et continuent de façonner notre vision de l'amour passionnel.
Pour mieux comprendre ces histoires, nous allons d'abord les présenter dans leur version "romancée", telle que nous la connaissons. Ensuite, nous les analyserons en nous appuyant sur une approche originale : les constellations familiales. Cette méthode permet de révéler les dynamiques cachées et les non-dits qui animent ces couples mythiques.
Une méthode d'analyse innovante
Les constellations familiales sont une approche thérapeutique qui permet de mettre en lumière les dynamiques inconscientes d'un système familial. Dans notre cas, nous utilisons cette méthode pour analyser les histoires littéraires.
Le principe est simple : des personnes jouent les rôles des différents personnages de l'histoire. Le récit se déroule conformément aux faits historiques et littéraires. Mais à certains moments clés, les "acteurs" ressentent des émotions ou ont des comportements différents de ceux décrits dans le texte original. Apparait alors le sens caché de la métaphore de l’histoire.
Commençons par le couple le plus célèbre de tous les temps : Roméo et Juliette, dans leur version shakespearienne.

La quête de Roméo et Juliette
L'histoire des Montague et des Capulet
À Vérone, deux familles puissantes se détestent : les Montague et les Capulet. Le prince Escalus, excédé par leurs conflits, les menace : "Si vous troublez encore nos rues, votre vie paiera le dommage."
Roméo Montague tombe amoureux de Juliette Capulet, 13 ans, déjà promise à Pâris, un noble cousin du Prince. Malgré la haine familiale, Roméo et Juliette se marient secrètement avec l'aide du moine franciscain Laurence.
Mais le drame éclate : Roméo tue Tybalt, un Capulet, pour venger son ami Mercutio. Le Prince le bannit de Vérone et Roméo se réfugie à Mantoue.
Pour éviter d'épouser Pâris, Juliette boit une potion fournie par le moine Laurence. Cette potion la plonge dans un sommeil profond qui imite la mort. Le plan : Roméo viendra la chercher dans le caveau familial quand elle se réveillera.
Mais le message n'arrive jamais à Roméo. Croyant Juliette morte, il achète du poison, tue Pâris au caveau, puis se suicide près de Juliette. Quand elle se réveille et découvre Roméo mort, Juliette se poignarde.
Les dessous de l'histoire
L'analyse par constellation familiale révèle une toute autre réalité, bien plus sombre que le mythe romantique.
En réalité, le Prince divise pour régner, avec l'accord tacite de l'Église. Le moine Laurence aurait inventé ce stratagème pour que les familles s'entretuent et que le Prince conserve son pouvoir.
Dans la constellation, un fait troublant apparaît : Roméo aime bien Juliette, mais après avoir tué Tybalt, il aimerait surtout prendre la place du Prince. L'amour devient secondaire face à l'ambition politique.
Autre révélation : quand la mère de Juliette lui ordonne d'épouser Pâris, Juliette refuse et va voir Laurence pour demander de l'aide. Mais lorsque le moine lui expose son plan avec la fiole empoisonnée, Juliette se méfie instinctivement. Elle n'est pas aussi naïve qu'on le croit.
Finalement, le moment le plus révélateur est quand Roméo découvre Juliette étendue dans le caveau, car il n'a pas vraiment envie de mourir pour elle. De même, Juliette n'avait pas envie de mourir pour Roméo. En réalité, elle aurait plutôt envie de gifler le moine Laurence pour l'avoir piégée dans cette situation !
En conclusion : Roméo aime le pouvoir plus que Juliette
Cette analyse révèle une vérité dérangeante : Roméo cherche avant tout le pouvoir du Prince, pas l'amour de Juliette.
Il tue Tybalt non pas pour venger Mercutio, mais pour éliminer un rival politique. Il tue Pâris non pas parce qu'il pleure Juliette, mais parce que Pâris fait partie de la famille du Prince et représente une menace pour ses ambitions.
L'histoire d'amour parfait n'est qu'une façade. Derrière le romantisme se cachent des jeux de pouvoir, des manipulations et des ambitions personnelles.

Paul et Virginie
Cette seconde histoire tragique se déroule à l'île Maurice, anciennement nommée "île de France".
L'histoire officielle
Ce roman de Bernardin de Saint-Pierre, publié en 1788, raconte l'histoire de deux mères célibataires qui se rencontrent à l'île Maurice. Marguerite a été abandonnée enceinte par un noble. Madame de La Tour est veuve et sans ressources. Les deux femmes décident de vivre ensemble et d'élever leurs enfants côte à côte.
Paul et Virginie grandissent ensemble dans un paradis tropical, s'aimant d'un amour pur et innocent. Mais une riche tante exige que Virginie vienne en France pour recevoir une éducation raffinée et devenir son héritière.
Après deux ans d'absence, Virginie décide de rentrer. Mais une terrible tempête fait chavirer son navire juste devant la plage. Un marin lui crie de se déshabiller pour nager jusqu'au rivage, mais Virginie refuse par pudeur et meurt noyée sous les yeux de Paul.
Paul meurt de chagrin quelques semaines plus tard, suivi par sa mère Marguerite, puis par Madame de La Tour. Tous meurent en cascade, victimes de cette tragédie.
Les dessous de l'histoire : l'amour des mères
L'analyse par constellation familiale révèle des dynamiques très différentes de l'histoire romantique officielle.
Lors du naufrage, quand le bateau chavire, la représentante de Virginie exprime quelque chose de surprenant : elle est "contente de mourir" car elle peut enfin rejoindre son père mort. Virginie ne cherche pas à survivre pour retrouver Paul, mais pour retrouver son père dans la mort.
Quand le marin lui propose de la sauver en enlevant ses habits, elle répond avec mépris : "C'est un gueux, plutôt crever". Ce n'est pas tant la pudeur qui la retient, mais un sentiment de supériorité sociale et un désir inconscient de mourir.
De son côté, Paul se montre étrangement indifférent à la mort de Virginie. Quand il reste auprès de sa maman après le drame, il n'a pas vraiment envie de mourir. C'est sa mère qui souhaite partir, mais elle-même ne sait pas si elle veut vraiment mourir.
Le plus révélateur est que la mère de Virginie, Madame de La Tour, meurt pour rejoindre "sa copine" Marguerite. Elle déclare même : "il y a une part d'homosexualité entre nous". Les deux mères s'aiment en réalité plus profondément qu'elles n'aiment leurs enfants.
Virginie est donc "une fille à papa" qui veut rejoindre son père dans la tombe. Paul est "un fils à maman" qui est coincé dans l'histoire de sa mère. Ils ne sont pas vraiment un couple amoureux, mais deux enfants prisonniers des désirs inconscients de leurs parents.
En conclusion : Paul aime sa mère et Virginie veut mourir
L'analyse révèle que Virginie se suicide, et que Paul veut rester avec sa mère.
C'est une dynamique que l'on retrouve souvent dans les relations "toxiques" : l'un menace de se suicider pour empêcher l'autre de partir. L'un utilise la mort comme un chantage émotionnel.
Faire mourir deux jeunes gens "par amour" l'un pour l'autre n'est qu'une illusion romantique créée par l'auteur.
Les histoires personnelles des auteurs
Voyons maintenant ce qu'il en est de la généalogie des auteurs et du lien avec leurs histoires.
William Shakespeare et ses sœurs mortes
L'histoire familiale de William Shakespeare est bien documentée. Il est le troisième enfant de John Shakespeare et de Mary Arden, qui eurent au moins huit enfants dont deux filles aînées qui moururent en bas âge.
William épousa Anne Hathaway alors qu'il avait 18 ans et elle 26 ans. C'était un mariage assez inhabituel pour l'époque, car Anne était enceinte de trois mois le 28 novembre 1582, trois jours avant que le mariage ne soit conclu.
Le couple eut trois enfants : d'abord Susanna, née six mois après le mariage, puis des jumeaux en 1585 - un garçon prénommé Hamnet et une fille prénommée Judith.
La tragédie frappa la famille en 1616. Leur fils unique Hamnet mourut à l'âge de 11 ans seulement. Sa sœur jumelle Judith n'eut jamais d'enfants. Sa fille aînée, Susanne, se maria en 1607 avec Thomas Quiney, deux fois accusé de relations sexuelles avant le mariage, et elle n'eut qu'un enfant : une petite-fille que William ne vit jamais grandir puisqu'il mourut quelques années après la naissance. Son "petit numéro deux", comme il surnommait son petit-fils, mourut également très jeune, et sa lignée s'éteignit avec lui.
L'analyse par constellation familiale
Dans la constellation familiale, le représentant de Shakespeare observe ses sœurs mortes et déclare : "C'est scotchant" et « Quand je déclame, je ne les regarde pas et c’est bien ». Quand sa sœur Anne vient, William regarde toujours les aînées mortes et ne voit pas sa sœur vivante, Anne. Quand elle meurt à huit ans, William recommence à déclamer en disant « je suis plus touché qu’avec les autres ».
Le plus troublant est quand sa future femme, Anne Hathaway, vient à sa gauche, ils sont bien ensemble et William n'est pas touché par la mort de son fils. Il veut toujours sauver sa propre mère qui a perdu des enfants et est attiré par sa sœur morte, Anne.
En réalité, William Shakespeare nous embrouille avec une histoire de couple et nous fait croire que l'origine du suicide est l'amour. Cette histoire cache les responsabilités des princes, des rois et de l'Église. Dans ses histoires, les couples sont suicidaires, la femme précèdant l'homme, comme Ophélie et Hamlet.
Jacques et Catherine, les grands-parents de Bernardin de St Pierre
Passons maintenant à l'histoire personnelle de l'auteur de Paul et Virginie : Bernardin de Saint-Pierre.
Jacques et Catherine sont les prénoms des grands-parents maternels de Jacques Henri, plus connu sous le nom de Bernardin de St Pierre. Son grand-père mourut en 1737, l'année de sa naissance, et sa mère, qui s'appelait aussi Catherine, mourut quand il n'avait que 20 ans.
Un détail frappant dans sa généalogie est que sa sœur cadette Catherine porte le prénom de sa grand-mère maternelle, morte à 51 ans. Ainsi, le frère et la sœur portent les mêmes prénoms que ceux de leurs grands-parents maternels, tous deux morts jeunes.
Comme l'écrit Daniel Vaxelaire dans son livre sur Bernardin de St Pierre, Jacques Henri (Bernardin) refusera tous les prétendants de sa sœur. En 1786, à 46 ans, elle entrera au couvent. Ainsi, il restera inconsciemment fidèle à sa sœur.
En 1765, Jacques Henri quitte la princesse Marie Mitesnik, qui ne voulait pas l’épouser. Iingénieur à l'île de France. il est amoureux de Françoise Robin, mariée à l'intendant Pierre Poivre. Après avoir perdu son père, son époux, sa fille cadette et sa belle maison des environs de Lyon, elle épouse Pierre Dupont de Nemours en 1795.Son destin semble marqué par l'impossibilité d'un amour épanoui, prisonnier des loyautés familiales inconscientes envers ses grands-parents maternels
Il écrit l’histoire de Paul et Virginie avant 1781, se marie en 1783, à 56 ans, avec Félicité Didot, la fille de son éditeur Pierre François Didot, qui en avait 20. Il a une fille, Virginie, un enfant mort, Paul et un troisième vivant portant le même prénom. Après la mort de Félicité, il eut un autre fils mort, Bernardin, avec Marguerite Désirée.
Que montre la constellation ?
Jacques Bernardin est identifié à son grand-père maternel Jacques, mort l'année de sa naissance, et dont le père est mort quand il avait 33 ans. Il est donc un fils à maman. Sa sœur Catherine est identifiée à sa grand-mère maternelle Catherine, morte quand sa mère avait 17 ans.
Ainsi, le frère et la sœur sont identifiés au couple de leurs grands-parents maternels. Dans son roman, Paul et Virginie sont comme un frère et une sœur qui s'aiment mais qui ne se marient pas.
Dans son roman, Bernardin a négligé une génération, celle des parents, racontant une histoire de deux personnes qui s'aiment - en réalité ses grands-parents - qui ont deux enfants qui devraient s'aimer. Le naufrage de Virginie symbolise le couvent de sa sœur.
Réflexion sur l'amour idéalisé
Ces histoires nous invitent à réfléchir sur la nature de nos croyances amoureuses. L'amour que nous recherchons est-il authentique, ou conditionné par des mythes littéraires révélant des dynamiques familiales inconscientes ?
Les auteurs eux-mêmes écrivent à partir de leur histoire familiale qu’ils subliment. Shakespeare a perdu des sœurs et un fils, et cherche Anne, sa sœur morte à travers ses écrits. Bernardin de St Pierre cherchait à faire revivre l’amour de ses grands-parents maternels par son histoire tragique et a empêché sa sœur de se marier.
Leurs histoires d'amour romantiques cachent en des loyautés familiales, des jeux de pouvoir et des deuils non résolus.
L'amour idéal n'existe pas. En revanche, un amour banal, imparfait mais sincère, libéré des loyautés familiales inconscientes, est plus accessible que nous le pensons.
La question n'est donc pas de trouver le "grand amour" parfait, mais plutôt d'accepter de vivre des relations humaines, en pleine conscience de nos propres besoins et de notre histoire familiale. C'est en ayant conscience de ces schémas récurrents que nous pouvons enfin nous libérer d’une quête d’un amour inhumain.
Author
Michel Diviné
Ingénieur de formation (Polytechnique, Stanford) reconverti dans l'accompagnement thérapeutique depuis + de 20 ans, Michel Diviné est un expert en constellations familiales, en EMDR, en Hypnose Ericksonienne et en travail de réconciliation avec les parents selon Jirina Prekop. Auteur de plusieurs ouvrages, il partage son expertise à travers ses blogs et ses ateliers réguliers en France et en Suisse. Découvrez-en plus sur ses blogs Psythérapeute, Constellations Familiales et Communication Bienveillante.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.






En vidéo
avec Michel Diviné, et sur le même sujet




