Élodie Crépel : HPI, hypersensible, multipotentiel, les clés pour mieux vivre
HPI, hypersensible, multipotentiel : les clés pour mieux vivre

Écrit par Sarah Diviné
Ces termes sont de plus en plus présents dans le débat public. Mais au-delà des étiquettes, comment transformer ces particularités en véritables atouts ? Élodie Crépel, psychanalyste et auteure spécialisée dans l'accompagnement des profils atypiques, partage ses clés pour s'épanouir pleinement.
On entend de plus en plus parler de HPI, d'hypersensibilité ou de multipotentialité. Ces mots, autrefois réservés aux cercles de spécialistes, s'invitent désormais dans les conversations, les podcasts et les rayons des librairies. Mais derrière ces termes qui se multiplient, que se cache-t-il vraiment ? Comment savoir si l'on est concerné ? Et surtout, comment faire de ces particularités des forces plutôt que des freins ?
Élodie Crépel est psychanalyste, médiatrice familiale et auteure de nombreux ouvrages sur le sujet. Elle-même concernée par l'ensemble des cinq neuroatypies reconnues aujourd'hui, elle accompagne depuis des années celles et ceux qui se sentent « différents » à mieux se comprendre et à trouver leur place. Rencontre avec une spécialiste qui prône avant tout l'honnêteté envers soi-même.

Comprendre les neuroatypies : ce que dit la science

Cinq profils, deux grandes familles
« Quand on parle de neuroatypie, c'est tout simplement un fonctionnement du cerveau qui va être différent d'une norme donnée », explique Élodie Crépel. Et cette différence n'est pas qu'une impression : elle se voit à l'IRM. La science reconnaît aujourd'hui cinq grandes neuroatypies, qu'il convient de bien distinguer.
Deux d'entre elles relèvent du potentiel : l'hypersensibilité (ou haute sensibilité) et le haut potentiel intellectuel (HPI). « Ce ne sont pas des handicaps, ce sont vraiment des ressources », insiste la psychanalyste. Ces particularités ne nécessitent ni diagnostic ni prise en charge médicale. Elles peuvent amener certaines incompréhensions ou ajustements dans la vie quotidienne, mais restent avant tout des forces sur lesquelles s'appuyer.
Les trois autres – le TDAH (trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité), le spectre de l'autisme et les troubles DYS – appartiennent aux troubles neurodéveloppementaux. Contrairement aux précédentes, elles peuvent avoir un impact significatif sur le quotidien et justifient souvent un diagnostic officiel ainsi qu'un accompagnement adapté.
Une nuance essentielle que la spécialiste tient à rappeler : « On ne parle pas de diagnostic pour le HPI ou l'hypersensibilité. Ce n'est pas du tout quelque chose qui va être problématique dans la vie de tous les jours. Ça peut amener certains ajustements, mais c'est vraiment du potentiel. »

Ce qui se passe dans le cerveau
Ce qui fascine dans les recherches actuelles, c'est la compréhension des mécanismes cérébraux à l'œuvre. Chez les personnes HPI, le corps calleux – cette structure qui relie les deux hémisphères du cerveau – est plus épais. Résultat : l'information circule plus rapidement d'un côté à l'autre. « Il y a moins de déperdition d'énergie, donc ça peut aller plus vite », détaille Élodie Crépel. C'est ce qui explique la rapidité de la fameuse pensée en arborescence, cette capacité à passer d'une idée à l'autre avec fluidité.
Pour les personnes hypersensibles, c'est notamment l'insula – la zone cérébrale liée aux émotions – qui fonctionne différemment. « Elle s'allume beaucoup plus vite, reste beaucoup plus intense, et va baisser en intensité beaucoup plus lentement. » Cette découverte scientifique a le mérite de libérer de la culpabilité. Si vous avez du mal à « passer à autre chose » après une émotion forte, ce n'est pas un caprice ou un manque de volonté : c'est simplement votre cerveau qui fonctionne ainsi.

La double exceptionnalité : quand les atypies se cumulent
Point important : ces atypies se cumulent souvent. On parle alors de « double exceptionnalité » lorsqu'une personne présente plusieurs profils. « Ce n'est vraiment pas si rare que ça », confirme Élodie, qui elle-même cumule l'ensemble des cinq atypies.
Les défis du quotidien : entre forces et obstacles
La multipotentialité, une richesse encore mal comprise
Parmi les termes qui émergent ces dernières années, celui de « multipotentialité » intrigue autant qu'il séduit. Mais attention aux confusions : être multipotentiel, ce n'est pas simplement avoir plusieurs centres d'intérêt.
« La multipotentialité, c'est quand tu as plusieurs passions et que tu les as élevées à un niveau supérieur à la moyenne », précise Élodie Crépel. Autrement dit, il ne s'agit pas d'avoir des hobbies, mais de véritables compétences développées dans différents domaines. « On devient un peu la référence pour l'entourage. Par exemple, si vous êtes doué pour l'organisation, naturellement, à chaque repas de famille ou sortie entre amis, on va se reposer sur vous. » C’est donc une compétence qui est socialement reconnue, mais que soi-même on va banaliser.
Le défi pour ces profils ? Trouver leur place dans un monde professionnel qui valorise encore largement la spécialisation. « Pendant longtemps, on a tellement mis en avant l'expertise dans un seul domaine que ces parcours hétéroclites étaient mal perçus », observe la psychanalyste. Sur un CV, multiplier les expériences peut donner l'impression d'un manque de cohérence. Pourtant, cette polyvalence constitue une richesse considérable.
Élodie Crépel note toutefois une évolution encourageante : « Je pense que la nouvelle génération amène cette multipotentialité sur quelque chose de positif. Les jeunes d'aujourd'hui n'ont plus envie de choisir un métier après le bac et de faire 40 ans de carrière. Ils ont envie d'être épanouis dans leur travail. »
L'ennui et la perte de sens : des signaux d'alerte
Si ces particularités peuvent constituer des atouts, elles s'accompagnent aussi de défis spécifiques, souvent invisibles de l'extérieur.
Le premier obstacle identifié par Élodie Crépel ? L'ennui. « Je pense que le plus gros challenge chez les femmes atypiques, c'est l'ennui. Elles s'ennuient dans la sphère professionnelle. Et elles n'osent pas imaginer que ça pourrait être différent. » Un constat qui résonne avec force : combien de personnes restent dans des situations qui ne leur correspondent plus, par peur du changement ou par méconnaissance de leurs propres besoins ?
Les profils atypiques sont également caractérisés par ce qu'Élodie Crépel appelle « l'entéléchie » : l'envie d'avoir toujours envie. « C'est une forme d'insatisfaction chronique, mais c'est cette pulsion de vie d'aller chercher plus loin que ce qu'on nous donne. » Une caractéristique qui peut être perçue négativement, mais qui constitue en réalité un formidable moteur d'évolution.
Le piège de la suradaptation
L'autre piège majeur, c'est la suradaptation. S'adapter à son environnement est une compétence sociale saine et nécessaire. « On ne va pas se comporter de la même manière si on va voir son banquier pour un prêt ou avec sa meilleure amie en soirée », illustre la psychanalyste. Le problème survient lorsque cette adaptation devient excessive, au point de perdre le contact avec soi-même.
« Il y a des gens qui se sont tellement suradaptés depuis tout petit qu'ils sont dans l'incapacité de savoir réellement qui ils sont. C'est ce qu'on appelle le faux self. » Comme dans le film The Mask, certaines personnes portent un masque depuis si longtemps qu'elles ne savent plus l'enlever – ni même qui elles sont dessous.
Les clés pour mieux vivre sa singularité
Se connaître : le point de départ indispensable
Comment transformer ces particularités en forces ? Pour Élodie Crépel, tout commence par l'honnêteté envers soi-même. Et cela implique de reconnaître aussi bien ses difficultés que ses compétences.
« C'est drôle comme on veut bien être honnête avec soi-même, mais toujours dans le négatif. Quand on fait mal les choses, on veut bien les voir, mais quand on les fait bien, on a du mal. Et surtout les femmes. » Cette fausse modestie empêche de reconnaître ses forces et, par conséquent, de s'appuyer dessus. « Si tu sais bien faire la pâtisserie, tu sais bien faire la pâtisserie. Est-ce qu'on te demande d'avoir des étoiles Michelin ? Pas du tout. »
Cette connaissance de soi passe par des questions fondamentales : Quelles sont mes attentes concrètes ? Quelles sont mes limites ? Quelles sont mes valeurs – et surtout, qu'est-ce qu'elles signifient concrètement pour moi ? « Tout le monde dit "oui, le respect". Mais peut-être que je vais faire quelque chose qui te donne la sensation que je te manque de respect, alors que pour moi, ça ne l'était pas. »
Le parcours personnel d'Élodie illustre la puissance de cette démarche. Dyslexique sévère dans son enfance, elle est aujourd'hui auteure de dix ouvrages dont certains bestsellers. « S'il y a des dyslexiques qui nous écoutent, sachez que oui, on peut devenir auteur tout en étant dyslexique. C'est possible. Mais ça demande beaucoup plus de travail. »
Dans le couple : respecter l'intensité de l'autre
Ces particularités ont évidemment un impact sur la vie relationnelle. Dans le couple, la clé réside selon Élodie Crépel dans le respect de l'intensité de l'autre. Mariée depuis 18 ans à un homme lui aussi atypique, elle témoigne : « On n'a jamais eu envie que l'autre se suradapte au nom de la vie de famille et du couple. On a toujours donné la liberté à l'autre de changer, d'évoluer, là où il voulait aller. »
Cette liberté d'évolution mutuelle demande de la confiance, mais elle permet à chacun de rester authentique. « Mes valeurs de loyauté et ses valeurs de famille font que, quand bien même on se laisse la liberté d'évoluer, on va s'y retrouver. »
En famille : accompagner sans projeter
Pour les parents d'enfants atypiques, Élodie rappelle une évidence parfois oubliée : « Le fait qu'on soit parent fait qu'on n'est justement pas indiqué pour accompagner nos enfants. » Les enfants ressentent inconsciemment nos peurs et nos attentes. Mieux vaut donc chercher un accompagnement extérieur tout en cultivant un regard bienveillant sur leurs difficultés. « C'est bien parce qu'on a des difficultés qu'on développe notre résilience. »
Oser être soi : le message d'Élodie Crépel
À celles et ceux qui se reconnaissent dans ces descriptions, Élodie Crépel adresse un message simple mais puissant : « Osez être honnête envers vous. Si ça vous parle, enlevez cette petite voix qui vous dit "non, pas moi, c'est pas possible". »

Car au fond, l'exploration de soi-même ne regarde que nous. Pas besoin de porter un t-shirt proclamant son HPI ou son hypersensibilité. « Cette exploration de soi-même, on est toujours légitime à la faire. Et si ce n'est pas vous qui le faites, personne ne le fera pour vous. »
Une invitation à se découvrir, à s'accepter, et à transformer sa singularité en force. Car comme le résume Élodie Crépel : « Le monde a besoin de nous. »
Author
Autrice des best-sellers Femme atypique et Femme aux multipotentiels (Éditions Jouvence), elle publie aujourd’hui Femme atypique : Hypersensibilité, haut potentiel, TDAH… faites de votre différence une force au travail. Retrouvez son univers sur son site, sur Linkedin sur Facebook et sur instagram.
Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.






En vidéo
avec Élodie Crépel, et sur le même sujet





