Odile Chabrillac : le yoga, union sacrée de l'exercice et de la spiritualité
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Yoga : l'union sacrée de l'exercice et de la spiritualité
Pratiqué en Asie depuis des millénaires, le yoga n’est arrivé sous nos latitudes qu’au début du XXième siècle. Devenu incontournable, cet art ancestral revêt aujourd’hui différents styles pour plaire au plus grand nombre. Pour comprendre la philosophie qui sous-tend cette pratique et les bénéfices corporels et spirituels que nous pouvons en retirer, nous avons rencontré Odile Chabrillac. Dans son dernier ouvrage, « L’invisible à la rescousse » paru aux éditions Animae, l’auteure, naturopathe et directrice de l'Institut de Naturopathie Humaniste, thérapeute psychanalytique et professeure de yoga de la Kundalini, transmet ses voies de métamorphoses. Et, naturellement, le yoga en fait partie !
Comment as-tu rencontré le yoga et quelle est ta pratique aujourd’hui ?
Je crois que la première fois que j'ai dû aller à un cours de yoga, j'avais 15 ans et j’accompagnais ma mère. Je vais en avoir 60 donc, j'aurais vraiment pu être virtuose si j’avais été régulière. Je suis quelqu'un de passionné donc avec moi, c’est tout ou rien, même si je me soigne avec les années ! Je pratique beaucoup, puis j’arrête complètement et je reprends. J’ai commencé par le Hatha yoga, le yoga le plus classique, celui dont on a la perception la plus connue, voire caricaturale. Après, j'ai fait du yoga Shivananda, une pratique beaucoup plus codée que j’aimais beaucoup mais que j'ai arrêtée assez rapidement. Puis pour un reportage pour « Psychologie Magazine », j’ai testé le yoga Bikram : il se pratique dans une pièce chauffée à plus de 38°. La chaleur favorise la souplesse et la détoxination. J’en ai fait pendant 3 ans environ. J'ai littéralement adoré ça ! Et puis un jour, mon corps n'a plus pu y aller. Ça m'épuisait. Maintenant que je suis naturo, je comprends mieux pourquoi j'ai arrêté du jour au lendemain. Je le dis et je le répète, il y a un temps pour tout. Et puis, quelques années après, j'ai démarré de l'Ashtanga yoga. C’est un yoga avec une pratique très routinière qui commence super tôt le matin. Puis j'ai déménagé, j'étais plus loin du centre alors j’ai arrêté. Et à l’occasion d'un stage de Vinyassa yoga, un yoga assez proche de la danse, que je trouve très beau, j’ai découvert pour la première fois le yoga de la Kundalini, que j’enseigne aujourd’hui.
Qu’est-ce que ce yoga de la Kundalini a de si spécial pour que tu l’aimes au point de l’enseigner ?
Ce que j'aime, vraiment, c'est qu’il y a plein de postures différentes, ce n’est pas une pratique répétitive et routinière. Et puis l’importance du souffle, qui est présente dans tous les yogas bien sûr, là, elle est particulièrement marquée. Il y a tout un travail sur la respiration avec des exercices qu’on appelle « pranayama ». Ainsi que beaucoup de chants avec des « mantras ». Or moi, je suis assez résistante à la méditation, j'ai un cerveau que j'ai du mal à calmer. Mais à partir du moment où je chante, j’y arrive. Et puis ce que j'aime aussi, c’est cette dimension corporelle : on peut être amené à garder des postures 30 minutes et moi, ça, ça me va. Il y a aussi des « mudras » : ce sont des gestes qu'on va faire avec les doigts et qui sont censés avoir des effets bénéfiques sur la circulation énergétique et donc potentiellement sur la santé physique comme psychique. On travaille vraiment dans ces deux dimensions, pour l'union de ces deux dimensions que j'appelle moi, la Terre et le Ciel. D’ailleurs, « yoga » en sanskrit signifie « union ».
La Terre pour le corps avec les postures et le Ciel pour l’esprit avec les chants et la respiration. Parle-nous des mantras : comment ça marche ?
Les mantras sont des mots chantés dans une langue particulière (le sanskrit NDLR). On peut EN avoir la traduction si on veut. Mais justement, le fait qu'on comprenne pas, je pense que c'est aussi un bon moyen de détourner notre cerveau, en tout cas le cortex. Toutes ces vibrations du son, qui sont probablement millénaires et dont on ne connaît pas exactement l’effet sur notre biologie, pour moi, il n’y a aucun doute qu'il y en ait un. Par exemple, lorsqu’on étudie le nerf vague, qui est présent de l'intestin jusqu'au cerveau et qui passe par la gorge, on sait que le son ÔM, quand on le chante, va venir apaiser ce nerf vague. On voit bien que le son ÔM, qui est considéré en yoga comme la parole absolue et la connexion à l'univers, est aussi plein d'effets biologiques sur nous. Autre mantra, et c’est la dernière chose qu'on dit à la fin du cours, c’est le fameux « Sat Nam ». Ça veut dire « le Moi Véritable », c’est vraiment « la vérité en moi ». Je pense que toutes les pratiques spirituelles, dont celles-ci inclus, ont vocation à nous connecter autant que faire se peut, et malgré toutes nos résistances, à ce Moi Véritable.

Pourquoi ce style de yoga se nomme « Kundalini », qu’est-ce que ça veut dire ?
"Kundalini" est un terme sanskrit qui signifie littéralement "enroulé comme un serpent ». La kundalini, c'est l’énergie qui part du bas de la colonne vertébrale, là où on trouve le reste de notre queue quand nous étions des mammifères avec des queues, et qui va remonter le long de la colonne vertébrale jusqu’au chakra coronal et même au-delà. Le travail, entre autres, du yoga de la Kundalini, va être de favoriser cette circulation de l’énergie. Et de nous mettre au cœur de la vie finalement, la vie dans toutes ses dimensions.
Je ne suis pas en train de dire que les chakras, c'est des vérités ou c'est pas des vérités, ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est de dire que tous ces étages-là de nous nous amènent en complétude d'humanité. Pour moi, ce travail sur la Kundalini, il est hyper intéressant. Et il y a une autre dimension que j'aime beaucoup dans le yoga de la Kundalini, qui est plus physique, mais qui revient exactement au même, c'est que plus on vieillit, plus notre corps a tendance à se recroqueviller, à devenir de plus en plus petit. Et l'énorme travail du yoga de la Kundalini, pour favoriser la circulation de cette énergie, c'est justement d’ouvrir, c'est de faire que notre colonne vertébrale conserve sa souplesse de jeunesse autant que faire se peut. Que cette circulation énergétique se fasse de la manière la plus fluide possible, mais aussi de s'ouvrir et donc d'amener son cœur tout en haut. Parce que quand on se ferme, on vient aussi protéger son cœur en se repliant sur soi-même. J’aime cette dimension d'ouverture qu'on sent vraiment bien dans la pratique.
Pour finir, ce type d’exercice physique est très facile. Par exemple, dans la pratique du Hatha yoga ou de l’Ashtanga yoga, si on arrête pendant 4 mois, pour les vacances d’été pour exemple, la reprise va être intense en efforts. Alors qu’avec le yoga de la Kundalini, c'est hyper rapide, il est beaucoup moins exigeant. J’aime cette dimension sportive progressive, qui se marie bien avec ma vie.

Quelles seraient les limites du yoga de la Kundalini ?
Alors j'ai quand même des choses à dire, en guise de préambule, sur le yoga de la Kundalini : il a été importé en Occident par un homme dont j'ai pas envie de prononcer le nom et qui est très contestable et très contesté. Je pense aussi qu'il est très important d'avoir une pratique qui s'autonomise par rapport à l’énorme business que c’est. Comme beaucoup de spiritualité, hélas, et même les plus connues d'entre elles, cela crée tout un folklore. Certains s’habillent en blanc, portent un turban… On peut en prendre une partie, il y a pas de jugement de ma part mais, en même temps, je n'ai pas envie qu'on le considère comme une obligation pour la pratique. Donc ça c'est la première chose.
Ensuite, et je l’écris dans mon livre, le yoga de la Kundalini est contre-indiqué aux « personnes qui ont des troubles psychiatriques type schizophrénie, psychose ou troubles bipolaires, celles souffrant de troubles neurologiques tels que l'épilepsie, de maladies cardiaques ». On fait attention en yoga de la Kundalini, parce que c’est une pratique qui nous emporte, ça nous fait planer. Il y a des personnes qui peuvent être un peu plus sensibles que d'autres à ça, tout dépend aussi de sa propre structure. On va faire d'autant plus attention que, justement, ce type de yoga peut attirer ce type de personnes qui ont envie, et je le dis de manière simpliste, de fuir un peu leur existence. L’idée de ce yoga, c'est pas du tout ça. Pour moi, l'idée de ces pratiques, c'est au contraire de célébrer de plus en plus l'existence et pas d'essayer d'y échapper. Ça m'est rarement arrivé de rencontrer ce type de personne, mais c'est vrai que dans les formations, on peut voir des gens qui sont pas très ancrés.
En théorie, la dimension musculaire et corporelle nous ramène dans notre corps. Mais il y a des gens et des enseignants aussi qui vont privilégier davantage la dimension ésotérique, en forçant sur les mantras avec moins d'engagement corporel, qui est quand même une condition de départ de cette pratique. On en revient toujours à ces un peu ces deux piliers, le corporel et le spirituel, la Terre et le Ciel.
L’important, c’est surtout de comprendre ce dont on a besoin à un moment donné. Parce que ce dont j'ai besoin aujourd'hui n'est pas forcément ce dont j'aurais besoin dans quelques jours ou dans quelques mois. Donc être capable de jouer au piano avec, soit différents kryas -les kryas ce sont des enchaînements-, soit entre les différents yoga aussi. Je pense que pour les gens qui veulent se mettre au yoga, il faut que ça leur parle donc regarder le style de yoga qu'on choisit, mais aussi que ce soit pratique pour y aller. C’est la clé de la réussite.

La pratique du yoga dépend-elle aussi de l’enseignant qui la guide ?
Exactement, et ça vaut le coup d’essayer plusieurs cours et de rencontrer la personne qui nous convient parce que je pense que c'est fondamental. Par exemple, il y a un yoga que je ne pratique pas et qui est même un peu antinomique avec mon monde à moi, c’est le Ashtanga yoga. C’est un yoga extrêmement contrôlant, les postures sont au centimètre près. Pour moi, c'est le yoga des psychorigides ! Mais néanmoins, je connais des amis qui adorent ce yoga… C'est génial parce qu’au-delà de la personne qui encadre, choisir une pratique, trouver le bon enseignant, identifier un lieu, préférer un horaire parce qu’il y a des gens qui sont plus du matin ou plus du soir et essayer. On doit aller voir, essayer et écouter ses propres ressentis pour identifier ce qui nous convient.

Peux-tu nous expliquer l’importance de la respiration dans la pratique du yoga ?
La respiration, c’est l'unique moyen dont on dispose pour sortir de l'hyper pouvoir de notre mental et du stress qui est généré par le monde dans lequel on vit. Donc mettre de la conscience dans sa respiration, c'est déjà faire un acte subversif, voire révolutionnaire ! Et, en tout cas, c'est s'opposer à cette course du temps, cette course du monde, ce qu'on appelle la « rat race » en anglais, cette course de rat qui est notre histoire et qui fait immensément violence au corps. Il y a aussi cette dimension physiologique qui fait que notre système parasympathique, le système de repos du corps, qui est enclenché dès qu’on respire en conscience. Et après, ça va ouvrir potentiellement d'autres dimensions. Mais la première dimension, c'est la descente dans le corps, de nous remettre dans le présent. La respiration, c'est le seul acte qui nous rattrape par les bretelles et qui nous pose là, qui nous dit que nous vivons là, à cet instant. Et après, je pense que oui, la respiration et les différents usages qu'on peut en faire, peuvent nous mettre en état de conscience que moi je dis « élargi ». Et nous permettre d'accéder à d'autres niveaux de notre conscience à nous.
Après, en yoga de la Kundalini, ce qu'on peut toujours utiliser en les ânonnant et qui sont des manières de sortir de nos conditionnements, ce sont les mantras. Puisqu’il y a vraiment une répétition importante de ces mantras et pareil, l'idée ce n'est vraiment de pas couper son mental, mais en tout cas de faire qu'il ait moins de pouvoir et qu'on soit moins obsédé par notre liste de courses.

Et, pourquoi pas, s’ouvrir à une nouvelle spiritualité ?
C'est vrai que c’est un yoga qui est très accessible à beaucoup de monde. Et au-delà de ça, c'est aussi un yoga où dont on sent les effets très vite. Je trouve ça top parce qu’il y a plein de yoga qui peuvent paraître un peu élitistes, pour lesquels on peut se dire qu’on est trop vieille parce qu’on a mal, qu’on n’arrive pas à faire des postures sur la tête. Là, pas du tout ! Ce yoga est accessible à tout le monde, on vient comme on est, on peut le pratiquer à 75 ans, même si on a mal partout parce que ça peut se faire sur chaise, voire en fauteuil roulant. Dans le yoga de la Kundalini, dès le premier cours, on sent que ça nous amène dans une ouverture du corps, que ça nous grandit. Il y a vraiment quelque chose que j'apprécie beaucoup là-dedans, parce que c'est -je vais le dire avec mes mots- c'est magique pour tout le monde. Et moi qui pratique des rituels de magie, c’est vrai que c'est un un yoga hyper efficace, un peu comme dans les débuts de transe mais en moins violent. Il est très efficace pour générer de l'énergie et nous mettre dans une belle dimension d’ouverture toujours très personnelle. Pratiquer le yoga, c’est cheminer à la rencontre de son « Moi Véritable », faire circuler l’énergie partout dans son corps et apaiser notre esprit pour unir, en nous, le Ciel et la Terre.
Odile Chabrillac est auteure, naturopathe et directrice de l'Institut de Naturopathie Humaniste, thérapeute psychanalytique et professeure de yoga de la Kundalini. Après son Best-Seller « Âme de sorcière », elle vient de publier « L’invisible à la rescousse » aux éditions Animae. 240 pages - 19,95 €.
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