Tifenn-Tiana Fournereau : les synchronicités, langage de l'âme

Les synchronicités, pour lire entre les lignes du réel, selon Tifenn-Tiana Fournereau

Et si les signes qui jalonnent nos vies n’étaient pas le fruit du hasard, mais un langage oublié de l’âme ? Rencontre avec Tifenn-Tiana Fournereau, autrice, artiste et cartomancienne, pour explorer comment l’invisible murmure au quotidien.

Certains jours, tout semble nous parler : une chanson à la radio qui répond à une pensée, une pièce ramassée dans la rue juste après avoir formulé un vœu, une plume qui tombe sur l’épaule au moment même où l’on pense à un proche disparu. Coïncidences ? Pas tout à fait. Tifenn-Tiana Fournereau, artiste, cartomancienne et autrice du Mini-guide ultime des signes et des synchronicités publié aux éditions Animae, nous propose une autre lecture : celle d’un monde subtil, intelligent, à l’écoute de nos pensées les plus cachées.

« Une synchronicité, c’est un Eurêka intérieur », explique-t-elle. « C’est le moment où une pensée psychique entre en collision avec un événement dans la matière. Là, il y a un sens qui émerge, fulgurant. » Ce sens, on ne le cherche pas, il s’impose. Comme une réponse silencieuse à une question qu’on n’a parfois pas encore formulée.

La date de l’interview, déjà une synchronicité

Pour tout vous dire, comme il n’y a pas de hasard, l’interview avec Tifenn-Tiana s’est faite un jour de “portail énergétique”, le 7 juillet. « C’est un chiffre de passage, très symbolique. Et cette année, Uranus est entré en Gémeaux pour sept ans. On quitte la stabilité terrienne du Taureau pour quelque chose de plus vaporeux, de plus connecté. » Le clin d’œil cosmique est d’autant plus parlant que la synchronicité, selon Jung, ne relève pas seulement de l’intuition personnelle, mais d’un alignement plus vaste, entre l’individu et la conscience collective. « C’est comme si tout l’univers s’organisait pour faire passer un message », glisse Tifenn-Tiana. Et parfois, comme ce jour-ci, le ciel parle fort et clair.

Le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, à qui l’on doit le terme de « synchronicité », en offre une anecdote célèbre : une patiente lui rapporte en consultation qu’elle a rêvé d’un scarabée d’or. Lors de sa séance, alors qu’elle évoque ce rêve, un scarabée frappe à la fenêtre. Jung l’attrape, et montre à la patiente ce symbole de transformation qui se présente sous ses yeux. Le choc entre rêve et réalité provoque alors une ouverture. L’invisible a fait irruption dans le réel. « Ce genre d’événement bouleverse, parce qu’il défie notre logique rationnelle », commente Tifenn-Tiana. « Mais c’est précisément là que réside sa puissance. Je pense qu'on a tous reçu en héritage pas mal de symboles, pas mal de formes. Notre inconscient est criblé d’éléments porteurs de sens qu’on reçoit aussi en rêve. »

Voir ou croire ? Le piège de la sur-interprétation

Dès lors, comment distinguer un vrai signe d’un fantasme de l’ego ? « C’est tout le défi », reconnaît Tifenn-Tiana. « On peut vite tomber dans la paranoïa ou dans la volonté de faire parler tout et n’importe quoi. » Elle insiste : ce qui fait la différence, c’est la résonance intérieure. « Ce n’est pas le signe en soi qui compte, mais ce qu’il déclenche en nous. Une vraie synchronicité crée une émotion forte, souvent une joie profonde. Une sorte de vibration qui dit : ‘ça, c’est pour toi’. »

Et comme elle le rappelle avec humour : « Le mental ne peut pas créer la joie. C’est comme s’auto-chatouiller, ça ne marche pas. »

Face à cette pluie de messages possibles, Tifenn-Tiana propose une méthode simple mais puissante : tenir un carnet de synchronicités. Y noter la date, le contexte, la pensée qui précède l’événement. « C’est un outil génial pour affiner son intuition, pour repérer les motifs, les répétitions, les directions qu’on refuse parfois de voir. » Écrire permet aussi de ralentir. De regarder autrement. Et surtout, de sortir du mental.

Si les plumes, les chiffres d’une heure miroir ou les animaux sont souvent cités comme vecteurs de messages, Tifenn-Tiana attire l’attention sur un autre canal : le corps. « Nos douleurs, nos maladies, sont aussi des formes de synchronicités. Le corps parle quand on ne l’écoute pas. » Elle évoque le cas de son fils, qui avait développé une verrue plantaire en période de grand stress scolaire. Le symptôme a disparu dès qu’un nouveau professeur est arrivé, plus à l’écoute. « Ce n’est pas magique. C’est symbolique. » Son livre, nourri entre autres des travaux de Jacques Martel dont le fameux « Grand dictionnaire des malaises et des maladies », propose justement une lecture des maux du corps comme messagers de l’inconscient.

Dans son guide, Tifenn-Tiana va plus loin que les signes traditionnels. Elle parle du ciel, des nuages, du vent. « Un vent de face peut être un frein. Un vent dans le dos, un encouragement. » Ces éléments naturels deviennent alors des indicateurs subtils, à condition d’être attentif. Elle raconte aussi ses propres rencontres avec des papillons blancs : « À chaque fois que je pensais à un sujet précis, un papillon blanc apparaissait. Même en pleine mer, ce qui, avouez-le, est très peu probable ! » C’est là toute la beauté de la synchronicité : elle surgit dans l’ordinaire, pour peu qu’on lui prête attention.

L’art du discernement

Parfois, ce sont nos proches disparus qui nous parlent. Une amie de Tifenn-Tiana reçoit régulièrement des marguerites depuis la mort de son père — sa fleur fétiche. Une autre trouve des pièces au sol et y voit un message d’abondance. « J’adore cette idée qu’on peut continuer à dialoguer, à recevoir des petits coucous de l’au-delà », confie Tifenn-Tiana. Elle-même a reçu un puissant message de son père défunt pendant l’écriture de son livre. Et celui-ci est sorti… le jour de l’anniversaire de sa mort. « Je n’ai pas choisi la date. C’était une évidence de plus. »

Pour autant, Tifenn-Tiana appelle à la nuance. « Tous les signes ne sont pas à interpréter. Et surtout, il faut rester ancré. » Elle invite à distinguer la synchronicité du hasard répétitif. « Voir 11h11 une fois ne veut rien dire. Mais si cela revient tous les jours pendant un mois, là, il y a un message. » Ce message peut être une confirmation, un avertissement, un encouragement. À condition de le recevoir avec ouverture, sans forcer.

À ceux qui restent sceptiques, Tifenn-Tiana rappelle que la science elle-même s’ouvre à ces dimensions subtiles. Elle évoque les travaux de Philippe Guillemant sur la rétro-causalité : « Selon lui, les synchronicités sont des panneaux indicateurs posés par notre meilleur futur. C’est une idée que je trouve merveilleuse. » Ingénieur physicien récompensé du Cristal du CNRS, le chercheur a identifié des modèles théoriques qui permettent d’intégrer la physique quantique à des concepts spirituels pour offrir une nouvelle compréhension du temps, de la conscience et de la nature même de la réalité, remettant en question le paradigme matérialiste dominant. Il a ainsi mis en évidence la théorie de l'Espace-Temps flexible, le Temps comme construction de la conscience, l'impact de la conscience sur la réalité… Et si, finalement, grâce aux synchronicités, nous étions déjà en train de baliser notre propre chemin depuis un futur où tout est clair ?

Loi d’attraction et lâcher prise

Tifenn-Tiana revient longuement sur le double mouvement de l’intention et du lâcher prise. « On peut poser une intention, visualiser, prier même… mais ensuite, il faut lâcher. » Elle le répète : plus on attend un signe, moins il arrive. « L’univers n’est pas une machine distributrice. Il répond quand on n’est plus dans le contrôle. » Elle raconte comment certaines personnes obtiennent enfin un travail ou tombent enceintes… le jour où elles abandonnent l’idée d’y arriver. « Ce n’est pas de la magie. C’est une disposition intérieure. »

Enfin, Tifenn-Tiana insiste sur l’importance de la symbolique. Les signes n’ont pas toujours une explication culturelle ou personnelle. « Parfois, un symbole nous parle sans qu’on sache pourquoi. Jung l’a montré : nous partageons un inconscient collectif. Un héritage universel de formes et d’images. » Elle cite l’exemple d’un patient de Jung qui rêvait d’un symbole précis qu’il n’avait jamais vu, mais qui existait bel et bien dans une culture étrangère. « On porte en nous des mémoires. Les synchronicités viennent réveiller ces savoirs endormis. »

Tifenn-Tiana est de celles qui conjuguent mystique et pratique. Franco-malgache, elle incarne une spiritualité intuitive, libre et bien ancrée dans le réel. Sa pratique des cartes, sa musique vibratoire, son écriture automatique… tout chez elle est aligné et tend à remettre du sacré dans l’ordinaire.

Et elle conclut dans un sourire : « Les synchronicités, ce sont de petits traits d’humour du réel. Elles nous rappellent que nous ne sommes jamais seuls. »

En écoutant Tifenn-Tiana, on comprend que les synchronicités ne sont pas des interruptions du réel, mais qu’elles en tissent la véritable trame, poèmes silencieux écrits dans les marges de nos journées. Et si l’on prend la peine de s’arrêter un instant pour les lire, alors un autre monde s’ouvre : un monde où chaque événement, chaque mot, chaque souffle devient message. « Ce n’est pas important de tout comprendre », conclut-elle. « Ce qui compte, c’est de sentir que tout a du sens. »

Ces contenus accompagnent un chemin personnel ; ils ne remplacent pas l’avis d’un médecin.

Dans le numéro 7

Octobre 2025

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